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Le chrétien appelé à être un bon gestionnaire de la Création

image: Le chrétien appelé à être un bon gestionnaire de la Création
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Surpopulation, pollution, changements climatiques, etc. En matière d'écologie, le monde semble courir à sa perte. L'année 2018 a été la plus chaude en France et en Suisse depuis la fin du 19e siècle. Pourtant, Frédéric Baudin refuse le catastrophisme. Entretien. Photo: Toutes les deux secondes, une tonne de plastique finit dans l'océan.

Environ 60% de la population des animaux sauvages dans le monde a disparu en cinquante ans, selon l’ONG de protection de l’environnement WWF. Toutes les deux secondes, une tonne de plastique finit dans l’océan. La question est souvent posée: «Peut-on encore sauver la planète?» Frédéric Baudin, pasteur des Eglises évangéliques libres en France, conférencier et écrivain, offre une réponse nuancée à cette question délicate. Membre fondateur d’A Rocha France, une organisation chrétienne internationale de conservation de la nature, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La Bible et l’écologie (éd. Excelsis).

Pollution, changement climatique, disparition d'animaux sauvages et de plantes: la planète est-elle à ce point en danger?
Les phénomènes que vous avez évoqués et bien d’autres peuvent en effet nous laisser imaginer le pire. Mais je me méfie des prévisions trop catastrophistes, ou celles résolument optimistes!
La dégradation de notre environnement s’accélère depuis environ deux siècles. La forte croissance de la population (1 à 6 milliards d’habitants entre 1800 et 2000), a conduit l’humanité à développer l’agriculture, l’industrie et les infrastructures afin de nourrir et d’équiper au mieux le plus grand nombre d’individus. Or ce «développement», indispensable pour relever le défi imposé par la croissance démographique, est aussi la principale cause de pollution de notre planète. Certains déclarent alors sans nuance que «le monde court à sa perte!» Cette vision de l’avenir est excessivement pessimiste. Une réforme est toujours possible, les chrétiens sont bien placés pour le savoir!
Nous sommes désormais conscients de la nécessité de modifier notre façon de vivre, de mieux gérer nos ressources naturelles, mais nos bonnes résolutions ne sont pas si faciles à mettre en pratique. L’avidité des êtres humains, producteurs et consommateurs de biens, les passions qui nous entraînent au-delà de nous-mêmes, ne se maîtrisent pas seulement avec des textes de loi et des déclarations solennelles, ni avec des menaces redoutables.

Que préconisent les optimistes faces à ces crises?
Il ne sert à rien de se lamenter sur les erreurs du passé, hélas bien réelles, ni de craindre le pire à l’avenir. Une vision du monde plus réaliste voire optimiste nous encourage à pratiquer un développement durable, à long terme.
Nous devons donc trouver des solutions agricoles, industrielles, urbaines et énergétiques pour mieux nourrir, abriter et équiper une population qui pourrait atteindre 9 à 10 milliards d’habitants d’ici un demi-siècle environ. Ces solutions permettront de respecter au mieux l’environnement, sans freiner un certain progrès dans tous les domaines, scientifique, technologique, économique et social.

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Comment donc éviter le catastrophisme?
On a volontiers suscité la peur pour nous inciter à préserver notre environnement, mais je ne pense pas que ce soit une bonne motivation. D’un point de vue biblique et chrétien, la peur, c’est l’inverse de la foi, la confiance! Au début du 19e siècle, Thomas Malthus, économiste et pasteur anglican, redoutait que la croissance de la population soit supérieure à celle des ressources pour subvenir aux besoins de l’humanité.
Deux siècles plus tard, la situation reste préoccupante, les richesses sont inégalement partagées, mais il s’avère possible de nourrir convenablement la population mondiale et les conditions de vie se sont globalement améliorées. Dieu veille sur sa création et les êtres humains ont accompli des prouesses: l’intelligence et la raison nous sont données pour bien gérer ce monde. Ceux qui placent leur confiance en Dieu n’ont pas tort, mais il devraient alors être de meilleurs témoins, entre autres pour prendre soin de la création.

Quel est justement le rôle du chrétien?
Nous déclarons croire en un «Dieu créateur du ciel et de la terre». L’évidence s’impose: respecter le créateur, c’est aussi respecter ce qu’il a créé. Imaginons que l’on soit un peintre célèbre et que l’on voie des enfants détruire l’un de nos tableaux pris comme cible par leurs fléchettes! L’artiste serait furieux, de même que le conservateur du musée! Notre foi chrétienne nous fait réfléchir aux moyens de préserver notre monde, pour la gloire du Créateur et notre bien.

Certains écologistes reprochent aux chrétiens d'être davantage préoccupés par la mission de sauver les âmes que par le bien commun. Est-ce justifié?
En partie. Nous sommes conscients que la foi en l’Evangile de Jésus-Christ reste «prioritaire» pour notre «salut», pour être délivrés du mal et pour recevoir la vie véritable, dont nous goûtons dès à présent les premiers fruits. Mais cet Evangile, lorsqu’il est reçu et mis en pratique, conduit à changer notre façon de vivre, afin de mieux aimer Dieu et notre prochain. Or si nous contribuons à dégrader notre environnement, nous portons aussi atteinte à notre prochain qui y vit. On ne peut pas séparer la dimension «spirituelle» de la dimension «matérielle».

Comment manifester cette bonne gestion?
La Bible nous donne au moins un principe qui est toujours actuel: le respect de certaines limites, à l’exemple du «sabbat» qui mettait un frein à l’exploitation de la terre. C’était aussi une mise en pratique de la foi: il fallait compter sur Dieu qui pourvoit aux besoins, même lorsque nous nous reposons!
La confiance en Dieu, la liberté et la responsabilité qu’elle implique pour chacun de nous, le partage et la modération, me semblent également des principes utiles pour vivre une «croissance saine et raisonnable».

Propos recueillis par David Métreau

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