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Dernière récréation: Un déguisement de princesse (6)

Marie Theulot, auteure notamment de Le plongeon interdit (éd.Ourania) et Quais d’exil (éd. Ourania) vous propose la nouvelle Dernière récréation.

Carnaval, Mardi gras... des mots dansants, colorés et gourmands qui résonnent chaque année de loin en Clémence, du creux de son enfance, car à Dunkerque on ne plaisante pas avec Carnaval. C’est donc avec la tradition chevillée au corps que déguisée, elle accueille les carnavaliers de ce Mardi gras qui ne ressemblera à aucun autre.
Les Superman, Goldorak et Spiderman débarquent en force dans la classe bouillonnante d’excitation. Clémence a gagné son pari. Ce sont les garçons les plus turbulents qui ont choisi d’être dans cette seconde peau. Le monde des animaux à poils et à plumes n’est pas en reste. Les fées et les princesses font toujours autant rêver les petites filles et elles arrivent en un seul cortège rose et blanc. Soudain, un ricanement sordide, déclenché par le plus imposant des Goldorak, devient contagieux. Le doigt moqueur d’un Spiderman pointe la plus raffinée des princesses, tandis que Superman se met à hurler:
- Oh, Ludovic s’est déguisé en princesse, oh la fille, oh la honte!
Jennifer s’empresse de rajouter:
- Les grands l’ont traité de petit...
- Stop, inutile de répéter les insultes, a intimé Clémence, certaine que celles lancées à la tête de Ludovic étaient assassines. On se déguise comme on veut, moi je suis bien en pirate.
- Moi en marin, a renchéri Margot.
Mais rien ne semble consoler Ludovic. Toute sa joie d’être dans son déguisement préféré vient de s’effondrer comme un soufflé raté! Il est subitement pâle et se mordille les lèvres. Il ne tape plus en rythme pour accompagner la samba tant répétée. En revanche, il se jette sur les beignets et en mange deux fois plus que les autres. Les garçons l’évitent. Le malaise persiste. Les filles sont encore plus gentilles avec Ludovic qu’elles ne le sont à chaque récréation, car il est celui que les garçons ne choisissent jamais pour une partie de ballon prisonnier. La fête est ternie. L’heure de la sortie sonne comme une délivrance.
Troublée par la souffrance particulière de l’enfant, Clémence a veillé tard. Elle a cherché une parole restauratrice pouvant délivrer du tourment le corps en recherche de son identité et l’a trouvée dans l’Evangile de Jean: «Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne.» La paix pour elle, la paix pour chaque enfant, les ados de demain, ce fut la prière de Clémence ce soir-là.

(suite au prochain épisode)

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