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Quand le doute vient ébranler ma foi en Dieu

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Remettre en question sa foi est permis et pousse à grandir. Mais comment la vivre quand justement, elle nous semble inexistante? Quels sont les écueils à éviter? Ou encore, comment accompagner un proche en crise de foi? Dossier.

Contrairement à son homonyme, conséquence des excès de table; la crise de foi existe bel et bien. Elle touche de nombreux chrétiens. Elle peut être plus ou moins longue et ses causes sont multiples. Que faire quand le doute survient et que nos certitudes sont ébranlées? Et surtout, est-ce grave docteur?

En sortir grandi
«Douter c’est le contraire de croire, c’est manquer de foi, faire preuve d’incrédulité. De vilains défauts que vous ne rencontrerez jamais dans nos Eglises où les membres sont tous de fervents chrétiens zélés et spirituels», voici comment Thierry Hernando, alias Ike O’noclast définit le doute, avec un humour décapant, dans son Dictionnaire patois de Canaan (autoédition). Passé par des moments de crise «plus par rapport aux Eglises en tant qu’institutions et déçu par certains chrétiens», l’écrivain et coach littéraire certifie qu’une crise débouche souvent sur quelque chose de positif.
«Sur le moment c’est terrible, mais au sortir de cette crise, on se reconstruit. On est ébranlé, on est obligé de se remettre en question», témoigne l’ancien journaliste dans la presse protestante. «Passer par cette crise de foi m’a permis de m’accrocher à Dieu. Le Christ a été comme un rocher sur lequel j’ai pu m’accrocher.»

Beaucoup passent par là
Face à la crise de foi, Louis Schweitzer, pasteur et professeur d’éthique et de spiritualité à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, se veut également rassurant: «Non, ce n’est pas “mal” de douter, mais ce peut être une épreuve très douloureuse. Ce n’est pas mal car celui chez qui ce doute survient n’y peut le plus souvent rien. Le culpabiliser ne fera qu’aggraver sa situation.»
Selon lui, les crises sont nombreuses dans les Ecritures, et aussi chez les plus grands comme le prophète Elie. Les doutes se retrouvent fréquemment, que ce soit chez Jean-Baptiste (Mat. 11, 3) ou chez les disciples après la résurrection. «Jésus accueille les uns comme les autres», déclare le théologien. Selon lui, la crise de foi est souvent féconde, mais elle peut aussi être due à «un relâchement», ou «une sorte de laisser-aller spirituel». «Il est bon alors de se reprendre.»

Trouver une nouvelle approche
Les raisons à la crise peuvent être nombreuses: un échec, un deuil, un conflit, une sorte d’épuisement dans le service, etc. Pour Elodie, des difficultés dans son travail et ses échecs sentimentaux ont coïncidé avec sa crise de foi. «Je n’arrivais plus à prier. Et moins je priais et moins je lisais la Bible, moins j’avais confiance en Dieu et confiance en moi. Moins j’avais confiance, moins je priais.» Un cercle vicieux dont elle dit ne pas encore être complètement sortie.
«La crise va remettre en cause certaines de mes idées sur Dieu, sur la foi, sur la vie chrétienne», souligne Louis Schweitzer. «Et cela peut m’aider à grandir. Peut-être suis-je à un stade de ma vie où je dois changer certaines perspectives. J’en sortirai plus mûr, plus humble, plus disponible pour un meilleur service et avec, peut-être, un regard plus juste sur Dieu et sur moi.»
La personne en crise doit accepter d’entrer dans une sorte de nuit en abandonnant les repères qui avaient pu être précédemment utiles, mais qui se sont révélés dépassés, détaille le théologien. Il encourage à essayer de conserver une relation «avec ce Dieu qui nous trouble», un peu comme le psalmiste ou Job qui interroge et plaide. «Il faut peut-être simplement attendre en silence le secours du Seigneur (Lam. 3, 26). C’est souvent ainsi que nous grandissons.»

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Les chrétiens blessants
Cette crise peut même toucher des pasteurs. Jonathan Hanley en témoigne dans son ouvrage Une Eglise rayonnante – le témoignage de la grâce (éd. Farel). Jeune pasteur dans les années 90, des tensions dans son Eglise l’avaient amené à démissionner.
Il écrit: «Dans la tempête des questions, je fus interloqué quand je réalisai que les pires blessures de ma vie m’avaient été infligées par des gens qui n’étaient ni communistes, ni homosexuels, ni athées. Non, ceux qui m’avaient blessé étaient des chrétiens qui lisaient leur Bible tous les matins et ne manquaient jamais un culte, sauf pour cas de force majeure. (...) Cette prise de conscience ébranla mes certitudes. Tout chrétien devenait objet de méfiance.»

Retour à l’essentiel
Pour Thierry Hernando, l’humour et le rire ont été et sont encore une «excellente thérapie» contre la crise de foi. «L’écriture de mon dictionnaire humoristique a été thérapeutique en m’aidant à prendre de la distance vis-à-vis des déceptions que j’ai vécues dans les Eglises.»
Du côté de Jonathan Hanley, sa «crise» a alors été l’occasion pour lui de faire «le ménage dans le fatras spirituel accumulé au fil des années». Il fut renvoyé à l’essentiel: Jésus. «J’accordai plus d’attention à ses gestes et ses paroles dans l’Evangile. Je réalisai d’une façon nouvelle la constance de son amour dans ma vie. Au fil des semaines et des mois qui passaient, je vis poindre une lueur au bout du tunnel. Un mot revenait de plus en plus souvent, comme un refrain. La grâce.»

Déceler le trouble
Il n’est pas rare que des membres actifs dans les Eglises, parfois depuis des dizaines d’années, remettent en cause leur foi. «Cela nous choque en effet», déclare Louis Schweitzer, avant de rappeler que derrière la façade lisse de bien des chrétiens ou chrétiennes engagés, il y a souvent des épreuves ayant pu les bouleverser. «Cela a été parfois vécu à l’insu de tous.»
Et arrive la dernière épreuve qui va tout remettre en cause, comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. «Notre liberté d’expression et l’ambiance générale font que de tels changements peuvent aujourd’hui se dire et se savoir plus facilement», déclare le théologien.

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Dieu ne s’enferme pas
Le professeur d’éthique et de spiritualité émet une autre hypothèse pour expliquer ce phénomène: «Peut-être n’avons-nous pas mis une marge suffisante autour de notre manière de penser Dieu. Si nos conceptions sont strictement définies, une remise en cause peut faire vaciller la foi entière.» Selon lui, se souvenir que Dieu est toujours au-delà de ce que la meilleure doctrine peut en dire est cette marge qui peut permettre de supporter certains chocs. Il compare cette foi aux immeubles trop rigides qui supportent moins bien les séismes que d’autres qui sont capables d’être un peu déplacés.

Confiance ébranlée
Quid de la perte de la foi? «Il s’agit bien souvent de la remise en cause de certains points de notre théologie, ce qui est différent. Abraham est un grand modèle de la foi. Or le contenu de sa théologie était très restreint. Il y a une différence entre les idées que nous avons sur Dieu et la confiance que nous pouvons avoir en lui», assure Louis Schweitzer.
Il admet que c’est parfois la confiance elle-même qui est touchée. Peut-on alors en aller jusqu’à perdre son salut? Le professeur préfère «laisser cela entre les mains de Dieu car il est toujours risqué de se prononcer sur le salut ou la perdition de qui que ce soit.» Il confie néanmoins ne guère craindre pour le salut de quelqu’un qui passe par une crise qui l’ébranle et dont il souffre.
Face aux personnes en crise de foi, le théologien préconise davantage un amour compréhensif et fraternel que des exhortations. «Elles seront sensibles à quelqu’un qui restera à leur côté dans la traversée du désert.» Et de conclure: «Que cela nous aide à nous souvenir de la parole de Paul: “Que celui qui croit être debout fasse attention à ne pas tomber”» (1 Cor. 10, 12).

David Métreau

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