Un rap inspiré pour des artistes engagés

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© DR, Melibelon

Longtemps mal vu par les milieux chrétiens, le rap est aujourd'hui bien investi par des artistes qui assument leur foi et leur style.

«Aujourd’hui, plusieurs centaines de chrétiens chantent dans des groupes de rap dans la francophonie. Avec mon frère, nous étions les premiers. Je bénis Dieu qu’il y ait autant de chrétiens qui partagent leurs convictions à travers cette musique», se réjouit le bien nommé Patriarche du groupe Leader Vocal qui sortira un nouvel album, «Terre promise», le 21 mars.

Rap chrétien ou chrétien rappeur?
Le groupe de rap, originaire de Clermont-Ferrand - aujourd’hui basé en Suisse - créé par les frères François et David Furtade, est actif depuis 1991. Depuis leur conversion à Jésus-Christ en 1993, leur musique s’est remplie du message chrétien et témoigne de la foi qui les anime. Comme dans le rock chrétien, certains artistes se félicitent d'être appelés «artistes chrétiens» - à l'instar en francophonie des rappeurs Meshak ou Manou Bolomik. D'autres, qui s’expriment et se montrent ouvertement chrétiens, ne veulent pas être enfermés dans le qualificatif «musique chrétienne». C’est le cas de François Furtade qui juge l’expression «rap chrétien» péjorative à deux niveaux: «Dans le milieu séculier, le rap chrétien est considéré comme ringard ou de mauvaise qualité, dans les Eglises il est parfois vu d’un mauvais œil, ou pris de haut.» Plutôt que de se revendiquer comme artiste de rap chrétien, François Furtade préfère dire qu’il est «un chrétien qui fait du rap».
«Je suis chrétien, je suis fier de l’être et de parler de la Parole de Dieu et de mon amour pour Christ. Pour autant, je fais du rap comme les autres rappeurs.» Il ajoute: «Les artistes Kerry James et Médine, n’ont jamais été classés dans la catégorie “rap musulman” alors que le message de certaines de leurs chansons l’est clairement.»

Un public cible précis
Le rappeur Elijah, de Mulhouse, fait la même distinction. «Pour moi le rap chrétien est un style consacré pour les chrétiens. Ce n’est pas mon but ni ma cible. Je vise plutôt ceux qui ne connaissent pas Jésus ou qui ont grandi dans des familles chrétiennes et ont décroché de la foi. Je souhaite que mes textes puissent les faire réfléchir sur Dieu, et qu’ils aient envie de le découvrir», déclare-t-il. La musique d’Elie Wirtz (Elijah), est dans le style cloud trap. Ses paroles sont ponctuées de nombreuses références à la Bible et à sa foi.
Avec son label «Family First», il refuse de faire une musique «qui déshonore Dieu» ou des clips incitant à l’immoralité. Celui qu’une génération sépare des frères Furtade - il est né la même année que les débuts du groupe Leader Vocal - sort son album «Katharsis» fin février.

Reflet de la société
François Furtade comme Elie Wirtz - qui ne se connaissent pas - ont une vision lucide sur le milieu du rap. «C’est un milieu malsain», assure Elijah. Le rap est pratiqué par beaucoup de personnes impliquées dans des trafics et qui pensent à tort que cette musique est leur seule échappatoire. Alors que la seule solution à tous leurs problèmes, c’est Jésus.»
Pour le Patriarche, le succès du rap vient du fait qu’il reflète la société et ses travers. Il déplore une forme de censure que son groupe a pu subir dans certains médias spécialisés à cause des paroles faisant référence à l’Evangile.

De plus en plus accessible
François Furtade regrette que le rap généraliste ait «perdu en âme», devenant une musique fast-food, tout en se réjouissant de voir des chrétiens se lever pour témoigner du Christ, avec une qualité certaine. «On ne le sait pas beaucoup, mais dans les chœurs qui accompagnent les morceaux de rappeurs connus, beaucoup sont chrétiens!» Lui-même est pasteur «autodidacte» et «antisystème». L'Eglise qu'il a implantée à Mutrux, en Suisse, a connu quelques divisions et lui a valu nombre de critiques.
Si la scène dite aussi «rap gospel» a parfois eu du mal à dépasser les bancs des Eglises, internet et les réseaux sociaux changent la donne. Le rap est très écouté par la jeune génération qui utilise de moins en moins les supports physiques que sont les CD, ou plus vintage, les vinyles. Le coût important que représentait leur fabrication n’est plus un obstacle à sa diffusion. «Aujourd’hui on peut faire un beat avec un smartphone», indique le Patriache qui a connu les faces B à ses débuts. Cette tendance générale profite aussi donc aux artistes chrétiens et à la diffusion de chansons à la gloire de Dieu.

David Métreau

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