Mieux entourer les épouses violentées

image: Mieux entourer les épouses violentées
© iStockphoto

Certaines femmes victimes de violences conjugales composent nos Eglises. Leur accompagnement est au cœur des préoccupations de la FEEBF, qui propose une formation destinée aux pasteurs. Une vision appelée à s'élargir. Perspectives.

«Nous devons encourager les Eglises à lutter contre les violences conjugales.» C’était le premier vœu exprimé par le pasteur Thierry Auguste en mai dernier, lors du Congrès annuel de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes (FEEBF) qu’il préside. Avec une formation pour venir en aide aux victimes de violences au sein du couple, destinée aux pasteurs, la FEEBF apporte une première réponse. Celle-ci se déroulera sur deux fois deux jours en avril et en mai 2019.

Donner un bagage
Ce projet est né d’une rencontre entre la théologienne baptiste Valérie Duval-Poujol, présidente de l’association «Une place pour elles» - qui œuvre contre les violences faites aux femmes - et Thierry Auguste. «Nous nous sommes rendus compte que nos pasteurs et nos membres de conseils d’Eglises, malgré toute leur bonne volonté, ne sont pas formés sur le sujet de la violence conjugale», relate la théologienne. L’idée est venue de les sensibiliser par la formation. «A son issue, nous avons l’essentiel de ce qu’il faut savoir. On ne devient pas psy, mais on sait ce qu’est la violence conjugale, quels sont les signes, et comment accompagner les victimes.»

Une mauvaise interprétation favorise la violence
Dans la société, le sujet est devenu moins tabou, pas encore complètement dans les Eglises, observe la théologienne. «On pourrait penser que les Eglises sont à l’abri, or ce n’est pas le cas. Nous devons prendre conscience que nous avons aussi des victimes et des auteurs de violences conjugales dans nos milieux. Et c’est un choc.»
Pour la docteure en théologie, chez les évangéliques, certaines lectures des textes bibliques «ont préparé un terreau» favorable à ces violences, avec des textes mal compris sur la soumission sans limite ou l’amour qui pardonne tout. Selon elle, la femme, enfermée dans un tabou, pense qu’il faut qu’elle porte sa croix et qu’elle accepte tout, même des choses inacceptables. C’est pourquoi une partie de la formation est consacrée à la tragédie des violences conjugales dans les milieux chrétiens avec étude des textes.
Un livre sur ces questions sera rédigé puis publié dans les mois à venir. «Il y aura tout un travail de délégitimation, pour ne plus pouvoir justifier au nom des textes bibliques ces comportements violents. Rien dans la Bible ne permet de légitimer la violence d’un mari sur son épouse», assure Valérie Duval-Poujol.

Formation indispensable
Le pasteur, confronté à ces violences, aura alors un travail de discernement à faire pour savoir quelles sont les actions à mener. Cela commence par une vraie écoute de la victime, insiste la théologienne.
«Dans nos milieux, on saute assez vite l’étape de l’écoute et de l’accompagnement pour nous diriger tout de suite vers le pardon. Afin de réagir de manière appropriée, c’est comme pour les premiers secours, la première chose à faire est de se former.» Ce que ne proposent pas (encore?) les formations en théologie. «En plus de la violence physique, nous apprenons à discerner la violence psychologique - ces paroles dépréciatives qui finissent par anéantir la confiance en soi - la violence économique et la violence sexuelle», indique Valérie Duval-Poujol.
Si cette première formation est destinée aux pasteurs baptistes, elle pourrait à l’avenir être ouverte aux autres membres du CNEF ou de la FPF dont la FEEBF est membre. «Quand une union d'Eglises amie prépare des outils, nous pouvons tous en être au bénéfice. Il y aura sans doute des synergies», se réjouit par avance l’historienne des religions.

Jésus a connu l'abus
Elle rappelle que Jésus, dans les heures qui ont précédé sa crucifixion, a été lui-même «victime de violence et d’abus», quand il a été dénudé et frappé dans la cour par les soldats romains. «Si Jésus est victime d’abus, c’est que son incarnation est allée jusque-là, c’est littéralement Emmanuel, Dieu avec nous», atteste Valérie Duval-Poujol. «Ainsi, même dans la plus profonde des détresses, Dieu peut être présent et être témoin de justice.»

David Métreau

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°