Une réponse christique aux harceleurs du net

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Vigilance réfléchie

Pour éviter d’être lui-même dur ou blessant sur les réseaux sociaux, par email ou SMS, Christian Kuhn s’applique une règle: «Je ne publie jamais quoi que ce soit que je ne serais pas capable de dire face à la personne. Au début, je faisais des maladresses, mais le fait de relire la publication et de me poser la question: est-ce que j’oserais le dire devant la personne, permet d’éviter une certaine agressivité.» Et cela, il l’enseigne aux jeunes qu’il accompagne.

En marge des agissements d’un groupe de harceleurs sur internet, connu sous le nom de la Ligue du LOL, la question du pardon se pose. Comment imiter l’exemple de Christ, à l’ère du tweet? Quelle réponse donner à cette violence virtuelle et sans merci? Perspectives.

C’est une révélation qui entache une partie de la presse française. A partir du début des années 2010, une trentaine de journalistes jeunes et fringants qui travaillaient dans la presse «progressiste et branchée» parisienne, réunis dans un groupe Facebook privé appelé Ligue du LOL se sont livrés à des faits de harcèlement ciblé sur les réseaux sociaux, profitant de leur notoriété.
Leurs victimes étaient surtout de jeunes consœurs journalistes, mais aussi quelques hommes. Pour certains observateurs, ce serait le début d’un #MeToo de la presse francophone. Les personnes harcelées ont fait part de leur souffrance psychologique, qui ont eu parfois des répercussions sur leurs vies professionnelles.

Attaques sur les plus faibles
Ces victimes des attaques groupées ont reçu pendant des années des messages malveillants, allant de simples moqueries à des montages à caractère pornographique en passant par des railleries ou des canulars téléphoniques. Léa Lejeune et Florence Porcel, deux des victimes, se sont exprimées sur l’affaire de la Ligue du LOL dans une vidéo diffusée par Brut. Léa Lejeune résume l’affaire: «Ce sont les gens “cool” qui s’attaquaient aux personnes qu’ils jugeaient plus faibles.» Florence Porcel déclare ne pas oublier ni les faits graves, ni les humiliations. Léa Lejeune souhaite que ses harceleurs prennent conscience de la gravité de leurs actes, mais qu’ils évitent à leur tour d’être pris pour cibles. La plupart des faits de harcèlement concernés par cette affaire sont prescrits, le délai de six ans étant passé.
Après les révélations de cette affaire par le journal Libération le 8 février - dont deux collaborateurs sont impliqués - Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes a assuré travailler sur un allongement des délais de prescription dans les affaires de cyberharcèlement. La législation avait déjà évolué récemment: depuis août 2018, une nouvelle disposition permet de pénaliser les «raids», c’est-à-dire les actions de harcèlement concertées sur internet.

Vers la repentance
Christian Kuhn, secrétaire général du Réseau Evangélique Suisse (RES) connaît bien la thématique du cyberharcèlement, en tant que consultant en technologies de la communication. «Le harcèlement sur internet est particulièrement lâche, c’est très facile d’envoyer des salves depuis un bunker virtuel. Les victimes de harcèlement se sentent souvent démunies. Les attaques sont plus dures, plus corrosives, que des échanges dans la vie réelle. Il n’y a pas de possibilité de se défendre, de réagir, de comprendre.» Selon lui, les débuts de Twitter à l’aube des années 2010 étaient très piquants et ce genre d’attaques fréquentes. «Je trouve intéressant de voir, chez ces personnes harcelées, comme Léa Lejeune, le réflexe du pardon, comme résultant d’un héritage familial.» Cette thématique du pardon émerge à plusieurs reprises dans cette affaire de Ligue du LOL. Après la révélation des agissements - et avant d’être mis à pied ou licenciés - plusieurs journalistes impliqués ont exprimé des regrets, présenté des excuses et/ou demandé pardon. Trop facile après tout ce temps, répliquent certains.
Pour Jonathan Vaughan, pasteur de l’Eglise évangélique du Pré-Saint-Gervais (Paris), «dans les conflits, quand il y a reconnaissance de son erreur, émerge l’idée de repentance. Dans le cas de harcèlement sur les réseaux sociaux, la victime et les témoins sont en droit d’attendre la preuve d’une repentance sincère et non une demande de pardon pour éviter les conséquences sociales et judiciaires de ses actes.»

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Pardonner comme Christ
Le pardon est différent de la réparation, assure de son côté Stéphane Kapitaniuk, pasteur près de Lyon et blogueur sur Toutpoursagloire. «Si on prend un exemple extrême, un jeune qui se suicide après un harcèlement, la réparation est impossible, mais du côté de la famille, ce pardon l’est. Une des choses qui me choque souvent, c’est que pour que les personnes aillent mieux, le coupable doit payer.»
Or ce n’est pas le pardon tel que le Christ le met en pratique. Le pasteur poursuit: «Dans les Eglises, nous faisons parfois la confusion entre pardon et justice. Or la responsabilité du pardon est sur nous, pas la justice.» Une justice qui est légitime pour les victimes.

Gare aux coups bas
Comment répondre à ce genre de faits - à ces calomnies, ces tentatives d’intimidation - quand on est croyant? «L’approche chrétienne est simple: toute forme de discrimination est anti-christique», rappelle Christian Kuhn. «Accompagner les personnes qui ont subi des formes de cyberharcèlement en tant que pasteur prend plus de temps que des harcèlements dans la vraie vie.» Le harceleur n’est pas forcément connu, ce qui entraîne une forme de confusion.
Le secrétaire général du RES parle de «coups bas», souvent sous couvert d’anonymat. «Par rapport aux harceleurs, le Christ a été inclusif et a accueilli aussi ceux qui font du mal.» Il incite ceux qui ont été victimes de tels agissement à exprimer une forme de pardon et de grâce sans mettre de côté la vérité et la gravité des faits.

David Métreau

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