Quelle voix pour les chrétiens de la RDC?

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En RDC, les récentes élections posent problème. Les chrétiens sont appelés à faire entendre leur voix et à prendre position. Analyse.

Plus grand pays francophone au monde bien que toute sa population n’en parle pas forcément la langue, la République démocratique du Congo (RDC) vit une période troublée.

Des élections repoussées
De démocratique, la RDC en a certes le nom mais pas la nature. Initialement prévue fin 2016, l’élection présidentielle s’est finalement tenue le 30 décembre 2018. Félix Tshisekedi l’a emportée avec plus de 38% des suffrages devant un autre candidat de l’opposition, Martin Fayulu. Néanmoins, sa victoire a rapidement été contestée et elle continue de l’être. Ayant épuisé ses différentes voies de recours, Martin Fayulu vient de demander mi-février à refaire de nouvelles élections dans un délai de six mois maximum.
Responsable congolais d’une ONG chrétienne locale, Augustin explique: «Il y a eu des arrangements entre Kabila et Tshisekedi. Le président sortant Joseph Kabila avait besoin de garanties car il craignait de se retrouver devant des tribunaux.» Marie, missionnaire à Kinshasa, confirme: «Nous n’avons pas eu affaire à des élections mais à une négociation.» La situation est particulièrement tendue depuis deux ans. Elle raconte qu’«il est possible d’être arrêté dans la rue et envoyé en prison si on trouve des messages politiques dans votre téléphone».

Le rôle de l’Eglise catholique
Si certaines organisations comme l’Union africaine ont mis en doute le résultat de l’élection, c’est surtout l’Eglise catholique qui joue un rôle majeur de contre-pouvoir depuis 2016. A l’occasion des élections, la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) avait déployé plus de 40 000 observateurs. «Selon leur rapport, c’est Martin Fayulu qui a été élu», précise Emmanuel, un Congolais qui travaille avec les Eglises évangéliques. Cette mobilisation est d’ailleurs appréciée des évangéliques comme de l’ensemble de la population. «Nous devons admettre que c’est grâce à l’Eglise catholique qu’il y a eu un éveil des consciences et que les lignes ont bougé», reconnaît Augustin.

La position des évangéliques
Si l’Eglise catholique peut prendre autant de risques, c’est d’abord parce qu’elle a un poids démographique important: 50% de la population est catholique et 20% protestante. C’est aussi parce que sa diplomatie est puissante. «Lorsqu’un prélat est arrêté, tous les réseaux du Vatican s’activent et une solution est vite trouvée», explique Emmanuel. «Par contre, un pasteur protestant étant assimilé à n’importe quel citoyen, il est beaucoup plus exposé.» Il est donc plus délicat pour les évangéliques congolais de prendre ouvertement position sur les questions politiques. Du coup, Emmanuel exprime le désir que l’Alliance évangélique mondiale fasse davantage de diplomatie: «Si elle prenait position, ça nous arrangerait beaucoup!»
Avec près de 80% de chrétiens (si l’on inclut les kimbanguistes), la RDC est un pays où religion et politique sont profondément liées. D’ailleurs, les deux principaux candidats n’ont pas hésité à mettre leur foi en avant durant la campagne. En effet, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu fréquentent tous deux le Centre missionnaire Philadelphie, une Eglise rattachée aux Assemblées de Dieu au Congo. «C’est une Eglise phare dans la ville de Kinshasa», confie Marie, la missionnaire européenne. «Elle est très dynamique, rassemble beaucoup de jeunes et a une saine doctrine.» Augustin n’est pas du même avis. «Certes ils font des déclarations, mais on ne voit pas toujours l’influence de leur foi chrétienne dans les décisions politiques qu’ils prennent.»

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Et maintenant...
Fils d’un opposant historique, Félix Tshisekedi a officiellement prêté serment le 24 janvier comme nouveau président de la République démocratique du Congo. L’accord qu’il aurait passé avec son prédécesseur n’incite pas à l’optimisme. «Kabila n’est plus au pouvoir mais ses fidèles ont la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat», signale Augustin. «La population attend de voir ce qui se passera.» Il garde néanmoins espoir. Les changements prennent du temps. Le départ de Joseph Kabila est une première étape. Son compatriote Emmanuel explique que «le désir de la population était avant tout qu’il y ait une alternance». «Le résultat des élections n’a sûrement pas été respecté mais l’important c’est surtout qu’il y ait eu une transition et qu’elle ait été pacifique», ajoute-t-il.

Implication internationale
Les évangéliques congolais craignent l’indifférence de la communauté internationale. Ils jugent que le soutien des chrétiens occidentaux est le bienvenu. Augustin demande de «continuer à prier» voire de s’engager un peu plus. «S’il y a des structures chrétiennes qui peuvent faire pression, ce serait bien», complète-t-il. Cette mobilisation peut cibler les dirigeants congolais mais aussi des multinationales ou des gouvernants de nos pays. Un appel qui sera entendu?

Nicolas Fouquet

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