Quitter l’Eglise, une réponse à la crise?

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En pleine remise en question, quitter son Eglise pour un temps ou définitivement, est-ce sage? Regards croisés. Dossier: Crise de foi

La vie spirituelle n’est pas un long fleuve tranquille. Tout croyant connaît des hauts et des bas et il peut lui arriver d’envisager de quitter son Eglise. Qu’en penser?

Libre de partir
Richard Gelin est pasteur retraité de la fédération baptiste. Il a écrit un article pertinent sur la question du départ de l’Eglise dans un numéro des Cahiers de l’école pastorale. Quand on l’interroge sur le sujet, il commence par rappeler une évidence qui peut parfois être un peu oubliée: «Une Eglise n’est pas une secte. La quitter relève de la liberté de chacun.» Son collègue dans le ministère, Gordon Margery, abonde dans le même sens. «Les gens appartiennent à Jésus, pas au pasteur. Il a pu y avoir parfois des abus.»

Changer de regard
Les raisons qui poussent à quitter une Eglise sont de différents types. En tout cas, ce n’est jamais quelque chose d’anodin et il est important de s’interroger sur les motivations. Parmi celles-ci, Richard Gelin précise que «la crise de foi n’est pas nécessairement négative». Il poursuit: «Le vécu de la foi peut nous amener, à certains moments, à changer de type d’Eglise. Ça peut être profitable de fréquenter d’autres formes de spiritualité.»
La fidélité à son Eglise doit néanmoins rester la norme et le départ une exception. Le malaise que l’on ressent parfois au sein d’une communauté peut aussi être lié à une mauvaise conception que l’on se fait de l’Eglise. Auteur du Guide pratique du travail pastoral (éd. Clé), Gordon Margery explique que «c’est une question de degré». Il détaille: «Il y aura toujours quelque chose qui nous chiffonne dans notre Eglise. Il faut aussi nous en accommoder tant que ça n’atteint pas un certain palier.» Richard Gelin complète cette analyse en évoquant une illusion courante à propos de la notion de fraternité: «Aujourd’hui, on conçoit l’Eglise comme étant composée d’amis mais on ne choisit pas ses frères dans la foi.» Cette mauvaise conception peut alors engendrer des frustrations.

Des départs silencieux
Les deux pasteurs se rejoignent pour déplorer que la majorité des départs de l’Eglise se font dans le silence. Richard Gelin relève deux raisons principales: «D’un côté, il peut y avoir un manque de courage de ceux qui partent sans rien dire. D’un autre, la communauté ne permet peut-être pas d’exprimer son mal-être.»
Si les pasteurs ont leur part de responsabilité, Gordon Margery souligne aussi que c’est loin d’être facile pour eux. «Souvent, les gens partent sans dire un mot. Et s’ils viennent à en parler, ce n’est malheureusement pas pour consulter mais pour annoncer leur décision.»

Ne pas rester isolé
«N’abandonnons pas notre assemblée» (Héb. 10, 25). Cette injonction est-elle valable en cas de crise de foi? Pour Richard Gelin, ce verset doit nous encourager à la persévérance. Mais il met davantage en garde contre le fait de quitter l’Eglise de manière générale que spécifiquement sa communauté locale. «Les dénominations n’existaient pas à l’époque.» Côtoyer d’autres croyants est essentiel dans le cheminement des chrétiens. Gordon Margery rappelle alors que «l’Eglise fait partie du plan de Dieu». «Quitter pour aller nulle part, c’est surtout ça qui est problématique.»

Nicolas Fouquet


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