Accompagner une personne en crise avec bienveillance

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Comment accompagner une personne qui passe par une remise en question, voire une réelle crise de foi? Il s’agit déjà d’en comprendre les tenants et aboutissants. Entretien avec Marie-Thérèse Courtet, auteure de «Un modèle d’accompagnement» (éd. CLC). Dossier: Crise de foi

Comment définir une «crise» en ce qui concerne la foi?
Il y a plusieurs degrés dans une crise traversée par une personne quant à sa foi. En effet, celle-ci peut remettre en question le caractère de Dieu, notamment dans sa bienveillance et sa fidélité face à une épreuve; mais elle peut aussi douter de la puissance de Dieu devant l’absence d’intervention de sa part dans une situation donnée; ou encore se réfugier dans la colère et la révolte ou l’amertume, face à son silence apparent et ces dernières, si elles persistent, peuvent remettre en cause jusqu’à l’existence même de Dieu.

Une crise de foi se cantonne-t-elle vraiment au domaine spirituel? L’émotionnel et le physique sont-ils aussi touchés?
Puisque nous parlons de crise en matière de foi, il va sans dire que cela touche la sphère spirituelle de la personne; sa relation avec Dieu va être affectée. Mais il est rare de passer par une crise spirituelle sans un élément déclencheur à l’appui, lequel peut être à la fois d’ordre psychique, émotionnel (la perte d’un proche, d’un travail, d’une amitié, etc.) et/ou physique (une maladie, un accident). Il se peut toutefois qu’une personne en vienne à douter de sa foi simplement en ayant négligé de l’entretenir, ou par manque de fondements solides. En effet, il s’agit de vivre sa foi au quotidien dans une relation authentique et non pas d’avoir une pratique religieuse. Une foi vivante se nourrit dans la prière, la méditation de la Parole et la communion avec d’autres chrétiens engagés, faute de quoi elle va peu à peu s’étioler et aboutir ainsi à une crise de foi.

Comment détecter qu’une personne est en crise dans sa foi?
Un chrétien traverse une crise dans sa foi lorsqu’il commence à remettre en question les vérités bibliques de base comme le salut en Jésus-Christ, l’inspiration divine de la Bible ou la présence du Saint-Esprit en lui par la nouvelle naissance, notamment. Il se met à douter de tout ce qui concerne de près ou de loin la vie de foi et prend, dit-il, du recul. Cette position de retrait par rapport à Dieu et également souvent des chrétiens, est un indice certain d’un problème dans sa foi. La perte de paix intérieure et le manque d’enthousiasme voire d’intérêt vis-à-vis des choses de Dieu sont également des preuves.

Comment un responsable spirituel peut-il accompagner une personne en crise si celle-ci est provoquée par une déception engendrée par l’Eglise ou des chrétiens?
Le premier élément nécessaire à tout accompagnement d’une personne en crise est sa volonté d’être aidée. A défaut, il faudra se contenter d’intercéder dans la prière et d’essayer de garder le contact si possible. Si la personne est prête à être aidée dans sa confusion et son questionnement, il s’agira, avec son aide, de déceler les causes de cette crise dans sa foi.
Si cela vient de l’Eglise en général ou de certains chrétiens en particulier, il conviendra de démêler malentendus et quiproquos souvent à l’origine d’un refroidissement dans les relations et sa relation à Dieu. Dans le cas d’offenses ou de blessures réelles, ou supposées, mais vécues comme telles, une demande de pardon peut être nécessaire.
Ecouter et parler avec la personne sont alors essentiels pour comprendre et dénouer ce qui a provoqué cette crise. Cela n’exclut pas, bien entendu, la possibilité de recevoir, pour l’aider, un discernement venu directement du Seigneur par une révélation ou une parole de sagesse à propos.

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Et si la crise est liée à une promesse qui ne se réalise pas, à des circonstances qui heurtent sa conception de Dieu?
Si la crise est davantage le fait direct de la personne dans sa relation à Dieu, là encore, il faudra faire preuve de tact et de délicatesse, notamment lorsque celle-ci passe par une épreuve, des temps difficiles ou une attente déçue telle qu’une promesse reçue et non exaucée. Souvent derrière se cache une interprétation erronée des Ecritures telle que «Dieu guérit toujours», ou de faux enseignements qui poussent à croire que Dieu va satisfaire tous les désirs et répondre à toutes les demandes de ses enfants dans le sens souhaité.
Pour ce faire, il sera souhaitable de remonter le fil du temps pour arriver à la cause profonde de l’origine de la crise, en parler librement et démonter les systèmes de croyances contraires à la Parole de Dieu; la personne aura alors besoin de les confesser pour s’en détacher et s’aligner avec une perception plus juste de Dieu. Il se peut encore que la crise aboutisse à une saine remise en question si la personne réalise, au cours des échanges, que sa foi n’avait été jusque-là qu’une simple adhésion mentale et non un engagement du cœur; ou bien une confession du bout des lèvres sans implication profonde.

De quoi une personne qui vit une crise dans sa foi a-t-elle besoin? Et de quoi n’a-t-elle pas besoin?
Un chrétien en crise dans sa foi n’a pas besoin qu’on lui fasse la morale ou des reproches -un peu à la manière des amis de Job-, mais bien plutôt d’une écoute sans jugement. Il faudra certes lui dire certaines vérités pour l’aider à se remettre sur les rails, mais au moment opportun, choisi de Dieu, dans l’amour et avec beaucoup de tact. Se sachant dans une mauvaise passe, il a besoin que les personnes qui l’entourent ou l’approchent fassent preuve de compréhension et de patience à son égard; cela lui permettra de retrouver la confiance perdue: en soi, en Dieu et peut-être en les autres. Il a besoin de savoir que quelqu’un se tient à ses côtés, étant disponible, prêt à aider mais sans mettre de pression.

Faudrait-il plutôt s’adresser à son pasteur ou à un conseiller en relation d’aide, un psychologue?
Une personne en crise de foi s’adresse en général à son entourage ou à des personnes de confiance avec un profil en relation avec l’origine de la crise. Cela peut être le pasteur, un ami voire un non-chrétien. Il faudrait aller consulter si on sent que l’origine de notre crise remonte à plus loin que l’événement déclencheur.

Propos recueillis par Sandrine Roulet

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