Accompagner la spiritualité personnelle

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Les accompagnants spirituels ont remplacé les aumôniers au CHUV. Avec quel impact? Entretien avec François Rouiller, responsable du service aumônerie du CHUV.

Pourquoi le CHUV a-t-il remplacé la terminologie «aumônier» par «accompagnant spirituel»?
Le changement formel a eu lieu en 2015 et témoigne de l’évolution de l’aumônerie: autrefois principalement dévolue à l’accompagnement de coreligionnaires, elle s’adresse aujourd’hui à tous les patients, quelles que soient leurs (non)croyances ou leur (non)appartenance communautaire. Il s’agit de permettre aux patients de (re)visiter leur spiritualité au sens large du terme.
Ce qui est au centre de la rencontre, c’est avant tout le patient lui-même, ses propres croyances, son vécu unique et singulier. Lorsqu’elle n’était pas associée à l’idée de la fin de vie, la notion «d’aumônier» évoquait souvent pour les patients, et pour le personnel de l’hôpital, un rattachement à une religion dont ils ne veulent plus forcément aujourd’hui. Le terme «d’accompagnant spirituel» permet une compréhension plus large du service offert à tous, et rend compte plus clairement de ce que nous faisons réellement: de l’accompagnement spirituel!

Quelle est sa mission?
Le travail de l’aumônier était très important pour celles et ceux qui demandaient son réconfort. Une minorité de patients le demande encore, et l’accompagnant spirituel doit naturellement répondre à ce besoin. Mais il se préoccupe aussi de la grande majorité des personnes qui ne se réclament plus d’une communauté ou d’une foi «traditionnelle».
Il s’agit de permettre à chacun d’exprimer ce qui, dans sa spiritualité propre, est source de détresse ou, au contraire, est une ressource mobilisable pour mieux vivre le temps de l’épreuve. En ce sens, notre travail fait partie des soins: il s’inscrit désormais dans l’interprofessionnalité, où tous les regards professionnels spécifiques se complètent et s’enrichissent pour la meilleure prise en soin possible du patient.

Quel bilan tirez-vous de ce changement?
La nouvelle dénomination nous permet d’être mieux intégrés dans les soins, et la communication sur ce que nous faisons est plus simple, tant auprès des patients que des autres professionnels.

Les accompagnants sont-ils encore formés par l’Eglise? Et à l’avenir?
Au CHUV, la majorité des accompagnants spirituels sont mis à disposition par les Eglises. Une formation universitaire de base, en théologie, science des religions ou équivalent, est requise. Depuis 2018, nous avons mis en place un CAS en accompagnement spirituel en milieu de santé, avec l’UNIL, afin de renforcer les compétences spécifiques attendues.

Quel changement une reconnaissance des évangéliques au niveau de l’Etat apporterait-elle?
Nous avons déjà dans l’équipe une collègue évangélique en vertu d’accords entre la FEV et l’EERV. Les règles de bonnes pratiques exigées pour tous les professionnels de l’aumônerie demeureraient inchangées.

Quelle réponse donnez-vous à un malade chrétien ou musulman demandant la prière?
Le spirituel englobe le religieux, il ne l’exclut pas. Si une demande religieuse est formulée nous y répondons aussi. Si elle provient d’une personne chrétienne et que notre propre ancrage chrétien nous permet de le faire, alors nous prions avec elle. Si le souhait est de rencontrer un représentant d’une autre religion, alors nous faisons appel à lui.

Propos recueillis par Sandrine Roulet

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