«Notre entreprise, c’est David contre Goliath»

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Erich Mosset, l’un des orateurs phares du 2e forum romand des décideurs chrétiens le 5 avril prochain, est un entrepreneur de conviction dans le très concurrentiel marché horloger. Entretien.

Vous avez dirigé le développement de Ronda durant plusieurs décennies. Comment votre entreprise a-t-elle pu se développer dans le marché si compétitif de l’horlogerie?
Notre entreprise a choisi d’évoluer dans la cour des grands sans pour autant les imiter. Trouver son propre positionnement, ne pas céder à la tentation de faire comme les concurrents, chercher constamment l’innovation sont autant d’éléments qui nous ont aidés à nous développer.

Quelle est la vocation de Ronda?
Ronda a été créée par mon père en 1946. L’entreprise a commencé par fabriquer des pièces d’échange pour les montres. Dans les années 60, elle a créé des mouvements horologers. Nous sommes aujourd’hui, à côté de Swatch et Eta, le plus important fournisseur en Europe. Ronda et ses 1500 collaborateurs en Suisse et en Asie permettent aux fabricants de montres indépendants d’éviter toute dépendance de concurrents pour fabriquer leurs montres. Nos clients sont Tag Heuer, Victorinox ou encore Gucci en Suisse ou Fossil en Asie.

Un «petit» acteur dans un marché animé par de grands et puissants groupes. Est-ce une force ou une faiblesse?
Il n’est pas nécessaire d’être parmi les plus grands pour réussir. Les fusions et les reprises conduisent très souvent à de gros groupes certes puissants, mais pas forcément plus efficaces. Elles doivent diviser ou organiser leurs activités en unités gérables.
Nos forces ont toujours été notre capacité et volonté d’innovation, notre rapidité décisionnelle et notre indépendance d’actionnaires qui attendent des résultats trimestriels plaisants. Nous avons par exemple investi 25 millions de francs dans notre nouveau mouvement mécanique. C’est une stratégie à long terme, possible dans notre structure familiale.

Une entreprise familiale, est-ce un atout?
On peut imaginer qu’une entreprise familiale est moins exigeante. C’est l’inverse. Pour réussir, nous devons effectuer un travail aussi professionnel que nos concurrents cotés en bourse. Notre force, c’est en revanche de pouvoir définir la stratégie ainsi que la vision de l’entreprise en famille. Dans notre cas, nous avons toujours été d’accord sur la stratégie à suivre.

Quel rôle votre foi joue-t-elle dans votre vie professionnelle?
Je suis reconnaissant de savoir que je ne suis pas la dernière instance. Je suis responsable de mon entreprise, je dois travailler et trouver des solutions. Mais je sais que Dieu est avec nous et qu’il nous écoute. Pouvoir parler avec le Créateur de l’univers, voir sa bénédiction, c’est un privilège. Là où des non-croyants nous disent que nous avons eu de la chance, nous voyons la main de Dieu agir en notre faveur. Toute l’histoire de Ronda est finalement celle de David contre Goliath.

Quels sont, selon vous, les principes à respecter pour prendre les bonnes décisions à la tête d’une entreprise?
Affronter la réalité en face et la prendre telle qu’elle est, pas telle qu’on aimerait qu’elle soit. Fixer des objectifs réalistes, se battre pour les atteindre, accepter que l’on va tomber une fois ou l’autre, se relever et enfin, compter sur la bénédiction divine.

Dans quelle mesure est-il plus facile ou non d’être un entrepreneur croyant?
J’ai un grand respect pour les entrepreneurs qui n’ont pas la foi. Assumer cette responsabilité sans pouvoir se confier en Dieu me paraît être un défi. C’est un privilège de trouver en Dieu un sens à notre activité. Un sens qui dépasse l’enrichissement personnel ou la satisfaction égoïste.

Propos recueillis par Christian Willi

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