Ces nouveaux mouvements qui bousculent

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En Suisse, en France et ailleurs, de jeunes mouvements viennent dépoussiérer les habitudes des Eglises traditionnelles, leur lançant un appel à l’action. Avec quels enjeux? Analyse.

Ces dernières années, de nouveaux mouvements d’annonce de l’Evangile ont vu le jour sur le vieux continent: Europe shall be saved, The last Reformation, The Turning, etc. «On constate depuis quelques années que les Eglises de toutes dénominations sont traversées par un désir de progresser dans leur vocation d’Eglises missionnelles: annoncer l’Evangile en parole et en actes et faire des disciples qui font des disciples», déclare Michael Mutzner, secrétaire général adjoint du Réseau Evangélique Suisse (RES).
Selon lui, ces Eglises passent de la «maintenance» à la «mission». «Je crois que ces mouvements s’inscrivent dans cette dynamique, et ça c’est une bonne nouvelle!» Matthieu Gangloff, pasteur CAEF à la Roche-sur-Yon (Vendée), reconnaît une certaine facilité à regrouper ces mouvements. «Ils cultivent tous un côté visible, celui d’aller dans la rue à la rencontre des gens. Dans leur communication, ils s’adressent essentiellement aux jeunes. Mais dans le fond théologique, beaucoup de choses les séparent.»

Un outil pour les Eglises
«Certains disent que l’Eglise est en train de mourir en Europe. Nous croyons que Dieu a un autre plan. Le temps de l’espoir est venu», annonce la vidéo d’introduction d’Europe shall be saved (L’Europe doit être sauvée ou ESBS). Le mouvement veut transformer l’Europe par l’Evangile et permettre à des millions de personnes de se tourner vers Jésus dans les prochaines années en Europe, par la mobilisation de toutes les confessions chrétiennes. ESBS, dont la vision a été définie en mai 2016, entend travailler sur quatre axes dont le premier commence en mars 2019: «Prier et déclarer», «équiper et envoyer», «discipuler et implanter» et enfin «célébrer et louer». Si légalement ESBS est une fondation dont les membres sont quatre Suisses; les personnes impliquées viennent des quatre coins de l’Europe (Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, France, etc.) et même au-delà. Tous de contextes confessionnels et dénominationnels variés.
Pour Michael Mutzner, ESBS est un mouvement qui se met au service des Eglises et leur propose des outils pour entrer dans un cycle de croissance et de multiplication. «On ne peut que se réjouir d’une telle vision.»

TLR fait polémique
Contrairement à ESBS qui revendique son œcuménisme, The Last Reformation (La dernière réforme ou TLR) rejette cette approche «qui consiste souvent à s’adapter au dénominateur commun». Ce mouvement fondé par le Danois Torben Søndergaard en 2011 semble faire un peu polémique dans certaines Eglises. En attestent différents articles de blogs qui mettent en garde contre celui-ci. David Pierron qui habite dans le Sud de la France et converti depuis une vingtaine d’années, est très impliqué dans le mouvement, qu’il défend. «Le nom peut paraître un peu orgueilleux, mais il y a une vraie idée de réforme pour revenir à l’Evangile tel qu’il était annoncé dès le début. Nous sommes dans une logique de faire des disciples.»
Proches des évangéliques charismatiques, TLR insiste sur quatre aspects que sont la foi en Christ, la repentance, le baptême d’eau et le baptême du Saint-Esprit. Les croyants sont encouragés à se faire baptiser le jour même de leur conversion, dans la mesure du possible. Les participants actifs se déplacent dans la rue pour prier pour les malades. «On voit réellement une “activation” et une foi renouvelée des personnes que nous envoyons dans la rue.»

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Collaboration?
Face aux critiques portant sur la frilosité du mouvement à l’égard des Eglises «traditionnelles», David Pierron répond: «Il nous est arrivé de travailler avec certaines Eglises. D’être validé ou pas par elles ne nous empêche pas d’avancer. Nous ferons des disciples avec ou sans les Eglises», assure le jeune père de famille. «Nous souhaitons avoir une attitude bienveillante à l’égard des nouveaux mouvements au service de l’Evangile», assure Michael Mutzner.
«Parce qu’il y avait parmi nos membres beaucoup de questions voire des inquiétudes concernant ce mouvement parfois assez critique envers les Eglises existantes, nous avons proposé une analyse des forces et des faiblesses de TLR en essayant d’être le moins jugeant possible. En tant que RES, nous essayons d’encourager ces nouvelles initiatives à entrer en relation avec les œuvres et les Eglises existantes.» Pour Matthieu Gangloff, à plusieurs niveaux, TLR se distingue d’une théologie évangélique dite «classique». «Torben Søndergaard a une formule choc: sauvés, sauvés et sauvés. Un salut en trois étapes en quelque sorte: par la grâce, par le baptême et par la persévérance.»

La foi sort dans les rues
The Turning (Le virage) de son côté, né en 2016, est le fruit d’une campagne d’évangélisation menée par une Eglise à Reading en Angleterre. Les membres étaient encouragés à témoigner de leur foi aux personnes rencontrées dans la rue. L’impact avait été considérable, assurent les responsables de l’Eglise qui dénombrent 1850 personnes ayant répondu favorablement aux propositions des membres, dont 50 sont aujourd’hui engagés dans l’Eglise. Un mouvement était né. Une campagne d’évangélisation menée à Lille en 2017 «a apporté des fruits similaires», soulignent les organisateurs.
Fin octobre 2019, une équipe de responsables évangéliques organise deux semaines d’évangélisation dans le nord et dans le sud de la Suisse romande avec ce mouvement. Le but: «donner aux responsables des Eglises locales les moyens de voir leurs communautés équipées en évangélisation et en formation de disciples.»

Une réponse aux Eglises établies
Ces mouvements s’accompagnent d’une créativité renouvelée qui réjouissent Michael Mutzner: «Nous avons un Dieu créateur qui aime le beau et nous sommes faits à son image. J’imagine qu’il prend plaisir à nous voir utiliser la créativité dont il nous a dotés pour trouver des manières nouvelles et belles de présenter sa Bonne Nouvelle!»
Matthieu Gangloff salue pour sa part le «côté interpellation des Eglises établies» qui lui semble porteur. «Ces mouvements questionnent une forme d’encroûtement des Eglises.»

David Métreau

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