Le libéralisme défie les Eglises hongroises

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Les chrétiens se connectent peu à peu les uns aux autres en Hongrie et tentent de combattre une pensée trop libérale. Photo: L’ancienne synagogue de Kobánya à Budapest est aujourd’hui le lieu de culte de l’Eglise pentecôtiste Eglise de tous.

La «révolution conservatrice» amorcée par le président hongrois Viktor Orban passe par une rechristianisation du pays. Le gouvernement rompt peu à peu avec la neutralité religieuse de l’Etat et favorise les établissements d’enseignement confessionnel, notamment catholiques. Les Eglises évangéliques bénéficient-elles de la même bienveillance du pouvoir envers les confessions chrétiennes?

Croissance
Assurément oui, selon Áron Bayer, secrétaire général de la MEKDSZ, l’association hongroise des étudiants chrétiens évangéliques hongrois: «Le gouvernement offre d’énormes opportunités pour vivre et partager sa foi», se réjouit-il. Si le responsable du mouvement étudiant note une croissance des Eglises évangéliques dans le pays, cette hausse demeure relativement faible. «Les chrétiens ne sont pas bien connectés entre eux, bien que certaines initiatives aient été prises récemment pour les réunir.»
Une version hongroise du European Leadership Forum a notamment vu le jour. «A Budapest, par exemple, un cercle d’implanteurs d’Eglises évangéliques a été créé; tandis qu’à Pécs, douze pasteurs évangéliques se réunissent tous les mois pour prier», décrit Áron Bayer. Selon lui, les réseaux sociaux jouent un rôle non négligeable dans le dialogue entre les chrétiens avec par exemple le groupe Facebook traduit «Centre des protestants» et un groupe de dialogue entre théologiens orthodoxes et évangéliques.

Perte des convictions
«Néanmoins, les Eglises évangéliques ont du mal à garder leurs membres», déplore Áron Bayer, «même si assurément ce n’est pas ce qu’elles cherchent». Mais cette situation est sans commune mesure avec les Eglises luthériennes et les Eglises réformées en net déclin.
Les premières ayant «abandonné leurs convictions originelles, suivent la voie libérale occidentale et perdent beaucoup de fidèles, de manière très rapide», quand les secondes sont «en train de rétrécir, mais conservent beaucoup mieux leurs croyances».

L’Eglise doit s’adapter
Le développement de la pensée libérale occidentale, les changements rapides dans la société, l’effondrement des communautés traditionnelles, l’urbanisation et le fossé générationnel (une grande partie de la jeunesse a émigré vers l’ouest de l’Europe pour travailler) sont autant de défis pour l’Eglise qui doit s’adapter, estime Áron Bayer.
Au plus fort de la crise des migrants, beaucoup de chrétiens sont allés aider les réfugiés quand ils étaient à Budapest, mais aussi aux frontières et au-delà. Pourtant, dans les Eglises, peu de voix se sont faites entendre contre le gouvernement pour avoir construit la clôture à la frontière, note Áron Bayer. «Sauf les luthériens et les jésuites de l’Eglise catholique.» Des luthériens qui voient un lien entre le fait de critiquer le gouvernement et la baisse de leurs dotations de la part de l’Etat. De manière générale, la Hongrie conserve une longue tradition de liberté religieuse.

David Métreau

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