Le peuple aspire au changement

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Après un épisode violent d’émeutes, le Zimbabwe cherche ses marques. L’occasion pour les chrétiens de se faire entendre?

«En Afrique, si tu protestes, tu te fais tuer. Le gouvernement aime régner par la peur.» D’emblée, le ton est donné. Néanmoins Dan Izzett, pasteur retraité zimbabwéen à Harare, est soulagé de constater que le Zimbabwe se remet peu à peu de la crise dans laquelle il était plongé au mois de janvier.

Contestation pacifique
Du fait de l’instabilité économique et politique, le Zimbabwe a connu un sévère épisode de crise dans la semaine du 14 au 20 janvier derniers. «Ce n’était pas une guerre, mais plutôt une contestation civile», explique Dan Izzett. Une grève générale organisée par les syndicats et la société civile qui a peu à peu dégénéré et entraîné de violentes émeutes. La population est en colère et le fait savoir.
Evan Mawarire, un pasteur et activiste démocrate, est l’un des leaders de ces actions contestataires. A l’origine du mouvement #ThisFlag en 2017, qui cherche à renverser pacifiquement le gouvernement en place, il a été arrêté par la police et placé en prison. «Il a été accusé à tort d’être un semeur de troubles», détaille Dan Izzett. «Le pasteur Evan Mawarire a toujours souhaité une révolution pacifique.» En témoignent ses nombreux messages d’encouragement postés sur les réseaux sociaux. Son charisme et sa détermination à faire bouger les choses ont entraîné des milliers de fervents derrière ce père de famille déjà arrêté une première fois en septembre 2017 suite à des manifestations en 2016 contre la gestion économique du président Robert Mugabe.

Une voix pour les chrétiens
Après cette sombre semaine qui a plongé la population dans l’effroi, la situation semble s’être calmée. «A Harare, la capitale, certains endroits sont sûrs alors que d’autres sont encore des zones dangereuses», explique le pasteur retraité.
Et qu’en est-il des croyants sur place? «Le 7 février, plusieurs responsables chrétiens ont eu l’occasion de rencontrer le président du pays.» Une nouvelle qui réjouit Dan Izzett. «Cette rencontre avait pour but d’évoquer la situation actuelle au Zimbabwe ainsi que de donner une voix aux chrétiens. Nous espérons qu’elle entraînera des changements conséquents.»
Depuis la crise de janvier, le pasteur Evan Mawarire a été remis en liberté conditionnelle. Toutefois, sur les 700 personnes qui ont été arrêtées et placées en garde à vue, 500 d’entre elles se trouvent encore en prison. «Nous demandons aux chrétiens de prier pour les familles de ces personnes.» Le Zimbabwe, pays enclavé de l’Afrique australe, compte plus de 80% de chrétiens, selon l’Observatoire de la liberté religieuse.

Maude Burkhalter

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