Vivre et initier la réconciliation, pour la paix dans nos relations

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Demander pardon à Dieu lorsque nous sommes en tort est une chose, mais chercher la réconciliation avec la personne blessée ou blessante en est une autre. Comment la vivre au quotidien, comme Jésus lui-même nous invite à le faire? La réconciliation peut s’apprendre et s’entraîner, pour vivre une confiance retrouvée.

Imaginez la scène. Lors de votre service d’accueil ou de louange un dimanche, cette personne avec laquelle vous êtes en froid vous vient à l’esprit. Vous laissez en plan ce que vous faites, allez lui parler puis revenez à votre service, le cœur apaisé. Un scénario irréaliste?
C’est pourtant ce à quoi Jésus nous appelle: «Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande» (Mat. 5, 23-24). Comment mettre en pratique cette invitation?

Quel impact avons-nous?
«Dans nos journées, il faudrait s’accorder du temps pour se demander si on a blessé quelqu’un, surtout dans le cadre de l’Eglise. Il y a une corrélation entre la relation à Dieu, verticale et celle, horizontale, avec notre prochain», commente le pasteur Jean-Jacques Meylan, membre de la Commission théologique de la FREE et auteur du texte Le pardon, mission impossible? Un itinéraire en douze points.
Toutefois, dans le stress de nos vies chargées, nous ne sommes pas toujours conscients de l’impact de notre comportement. Pour le pasteur, «se souvenir» dans ce contexte, c’est être vrai, ne pas banaliser ses paroles ou actes; également prendre en compte le besoin de l’autre et la manière dont il peut entendre ce qu’on lui dit. Mais que faut-il comprendre par «se réconcilier»? «Le mot grec alaso signifie “changer, échanger”, ce qui correspond à renouer la parole, retrouver un vrai échange», développe le pasteur Jean-Jacques Meylan. Il ajoute que cela englobe encore la notion de vivre une confiance retrouvée et un sentiment d’appartenance.

Les entraves
Ceci dit, la réconciliation n’est pas un chemin facile. Qu’est-ce qui l’entrave? Jean-Jacques Meylan relève d’abord la tendance à confondre pardon et réconciliation.
Le premier, qui se vit entre le chrétien et son Dieu, implique de laisser l’offense au pied de la croix, un lâcher prise primordial car «ce que je retiens à l’autre me retient moi». Se réconcilier, par contre, nécessite la bonne volonté des deux protagonistes: «Si l’offenseur ne s’est pas repenti, l’offensé aura peur de revivre l’offense», pointe le pasteur.
Pour se réconcilier, il s’agit donc de s’interroger sur son propre comportement: même si l’autre est susceptible, suis-je aussi vertueux que je le crois? «Si l’on ne comprend pas ses propres torts, il peut être nécessaire de questionner l’autre personne: qu’est-ce que j’ai bien pu te faire? Où s’est-on mal compris?», suggère Jean-Jacques Meylan. Et de commenter que les courriels et autres messageries instantanées ne favorisent pas la relation car ils induisent des processus d’évitement. C’est le cas lorsqu’une personne écrit par message «je m’excuse» et que son interlocuteur répond «pas de soucis». «Ces processus creusent encore un fossé, alors qu’il faudrait se parler face à face. Mais il est vrai que cela demande davantage d’énergie.»

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Les étapes à franchir
Comment initier la réconciliation? Jean-Jacques Meylan propose plusieurs étapes. La première est d’opter pour un positionnement intègre, en ne cultivant pas des attitudes agressives ou qui poursuivent l’offense. «Cela demande du courage et de la dignité. Mais on peut les puiser en Dieu. C’est le grand privilège des croyants. Ils ont reçu le cadeau du pardon et peuvent se l’offrir à eux-mêmes et aux autres.»
Ensuite, prendre conscience de l’ampleur de l’offense et des positionnements psychologiques cachés: «Nous nous positionnons souvent dans des rapports de force. Je suis ton chef, tu n’as qu’à m’obéir, je suis ton mari, tu n’as qu’à te soumettre ou encore, je suis du camp des gagnants, toi des perdants. Si on repère l’aspect toxique que peuvent prendre nos rapports de subordination, on peut s’en dégager et leur donner une dynamique plus constructive.» Puis il s’agit de redonner à la personne offensée de l’estime et de la considération, ainsi que d’accepter de quitter ses certitudes (j’ai toujours raison). Si ces démarches sont trop difficiles, le pasteur encourage à solliciter un médiateur, à l’instar de Paul qui demandait à son «fidèle collègue» d’aider Evodie et Syntiche (Phil. 4, 3).

Sensibilités différentes
Parfois, l’origine de tensions et blessures se trouve dans la différence de sensibilité. Jean-Jacques Meylan convient que la relation peut être difficile entre les personnalités «peau de rhinocéros» et celles à la «sensibilité émotionnelle d’un oiseau». «Parfois, si on est trop sensible, il faut prendre de la distance vis-à-vis des rhinocéros», estime le pasteur. Et de souligner que même Paul et Barnabas ont ainsi dû se séparer. «Mais ce qui est beau dans l’histoire de Paul et Barnabas, c’est qu’ils se sont retrouvés. L’important est de se séparer dans la paix.»

Sandrine Roulet

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