Petit groupe de presse devenu trentenaire: une histoire de foi

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Le 27 avril, Alliance Presse fête ses trente ans. Retour sur les débuts d’une vision au service de l’actualité chrétienne, qui doit sa pérennité à des coups de pouce souvent divins. Rétrospective. Photo: John Hasler, Michel Béghin, Lucien Vouillamoz, Bruno Jordi et Christian Willi en 1992.

Les médias d’Alliance Presse sont aujourd’hui bien inscrits dans le paysage de la presse protestante. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. L’évolution de ses différents magazines depuis le lancement de ce qui allait devenir ce groupe de presse dès 1989 est significative. Elle montre aussi qu’en francophonie, à la fin des années 80, on ne connaissait pas encore grand-chose du journalisme spécialisé dans l’actualité évangélique.
A l’époque, sauf de rares exceptions, les journaux évangéliques se résumaient à la publication de prédications et des nouvelles d’Eglises. La plupart des titres appartenaient à des unions ou fédérations d’Eglises.
Le projet du pasteur Lucien Vouillamoz, fondateur de L’Avènement, était de créer un pendant à L’Express, Le Point ou L’Hebdo: une idée inspirée, mais encore fallait-il inventer le journalisme qui allait avec ! Au début de L’Avènement, le premier magazine lancé par Alliance Presse, les articles étaient principalement signés par des pasteurs et des évangélistes, des personnalités telles qu’André Adoul, Francis Bailet, Briand Tatford, Alain Choiquier, Alain Normand, Henri Gras, Pierre Despagne, Daniel Liberek, Paul Ranc ou encore Paul Arnéra. L’approche était théologique ou eschatologique, dans le registre de la prédication.

Professionnalisation progressive
Très vite, Lucien Vouillamoz a vu les limites de cette approche. Il a alors engagé Michel Béghin, ancien chef d’édition, présentateur à France Info et coordinateur à France Inter. Petit à petit, les articles ont pris la forme d’analyse de l’actualité «Bible en main» et de journalisme d’opinion. C’est également en 1990 que le soussigné a rejoint l’équipe, avec la mission de développer le côté commercial.
Avec l’aide du publicitaire Antoine Bader (qui continue à conseiller Alliance Presse), le slogan «Un repère dans l’actualité» est venu souligner l’objectif de L’Avènement.
Année après année, la petite équipe fait ses expériences, affine la ligne éditoriale et professionnalise le projet. Mais dans le paysage protestant évangélique, l’approche de plus en plus journalistique ne convainc pas tout le monde. Certains reprochent au média d’information de traiter des sujets «qui ne sont pas un bon témoignage» comme par exemple le divorce de stars de la musique chrétienne. D’autres s’insurgent que l’on puisse faire figurer des articles donnant la parole à des représentants de sensibilités théologiques plurielles, surtout lorsqu’elles diffèrent des leurs. Aussi, les désapprobations sont invariablement sanctionnées par des désabonnements.

De l’utilité du journalisme
Aujourd’hui plus que jamais, Alliance Presse est convaincu que le journalisme est un apport utile et constructif pour le protestantisme évangélique dans sa diversité. Dans une société dominée par la culture médiatique, les enquêtes, interviews et articles publiés dans ses différents magazines sont une contribution à la réflexion de cette sensibilité du protestantisme, à sa visibilité et sa lisibilité.
Chaque jour, le journaliste hiérarchise l’information en décidant de l’importance qu’il va accorder aux faits d’actualité retenus (taille de l’article, manière de traiter et présenter l’information, etc.). Les journalistes d’Alliance Presse n’échappent pas à ce travail de sélection, pour choisir l’actualité qui intéressera les lecteurs et pour la traiter selon les intérêts particuliers du protestantisme en général et du protestantisme évangélique en particulier. Alliance Presse s’intéresse à l’actualité protestante évangélique et plus largement à la spiritualité, aux valeurs chrétiennes et à l’éthique dans la société. De par sa vocation, il appartient donc à la presse dite «spécialisée».
Mais pourquoi alors parler d’actualité internationale dans le Christianisme Aujourd’hui? A la tendance communautariste, de «repli sur soi», le groupe de presse répond comme l’apôtre Paul que les chrétiens n’ont pas été retirés du monde: «A quoi sert-il de mettre la lumière sous le boisseau?», questionne l’Evangile. «A quoi sert-il de détenir un trésor si on ne parvient pas à être en dialogue avec la société?» Une meilleure compréhension de l’actualité constitue une première étape pour demeurer en dialogue avec la société et avoir une présence chrétienne cohérente et compréhensible dans la société.
Repérer les personnes qui réfléchissent à la société et à ses développements, identifier les idées chrétiennes pour affronter les défis actuels, valoriser les espaces de dialogue entre la culture, la pensée contemporaine et la doctrine chrétienne et le faire en toute indépendance: telle est la vocation d’Alliance Presse. Mais certains effets de ce journalisme ne sont révélés que dans un second temps. Ainsi, le Christianisme Aujourd’hui constitue pour certains observateurs une «vitrine sur le mouvement évangélique» comme le relevait une personnalité catholique engagée dans le dialogue œcuménique.

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Trente ans de providence
Les débuts n’ont pas été faciles, surtout sur le plan financier. Le fondateur de L’Avènement a «mis le paquet» pour faire connaître son journal. Moins d’un an après le lancement du magazine, l’association était déjà surendettée, conséquence d’une diffusion trop généreuse et d’un prix d’abonnement trop bas. Le passage en septembre 1991 à une formule bimensuelle, destinée à augmenter les rentrées, aggrave la situation. Un comité de crise est constitué. Il est alors décidé de revenir à la mensualité et d’augmenter le tarif d’abonnement. La casse est limitée.
En 1992, Lucien Vouillamoz décide de quitter la direction et la propose au soussigné. Dans une logique de survie, une réduction drastique des coûts est entreprise. Décision difficile, puisque plusieurs postes sont supprimés. Les années suivantes ont été aussi charnières que chahutées.
Cependant, la commercialisation en Suisse romande d’agendas haut de gamme en parallèle de l’activité presse a permis de rembourser une partie des dettes. Et les surprises divines ne se sont pas arrêtées là. Des dons de particuliers et une remise de dettes de plusieurs investisseurs permettront de solder un demi-million de francs suisses de dettes. Le soutien fidèle des annonceurs et la confiance de nombreux lecteurs-donateurs ont permis de poursuivre, là où d’autres médias, avec des tirages supérieurs, ont cessé de paraître.

Des hommes et des femmes
Bruno Jordi a joué un rôle clé dans le développement d’Alliance Presse. Membre du comité, puis président de l’association, il a proposé de partager des locaux à Lausanne en 1994. Deux ans plus tard, il propose que son imprimerie se charge de la gestion administrative d’Alliance Presse (salaires, TVA, comptabilité). Plus tard, il reprendra également la gestion des abonnements. Un soulagement pour une petite équipe qui peut désormais se concentrer sur l’essentiel: l’information.
Les encouragements de Bruno Jordi ont donné au groupe de presse le courage de prendre les premiers risques, comme la reprise du magazine féminin Concepts Femmes en 1995. Le lancement de nouveaux titres dont Just 4U en 2000, Quart d’heure pour l’essentiel et Trampoline en 2006, Family en 2011, Evangeliques.info en 2015, le plus souvent en collaboration avec d’autres organisations, ont ensuite ponctué l’itinéraire d’Alliance Presse.
Ce petit tour d’horizon serait incomplet sans un coup de chapeau aux femmes et aux hommes qui ont œuvré souvent avec une belle générosité pour que les journaux paraissent: les collaborateurs et rédacteurs pigistes.

Christian Willi

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