Elles se réinventent, pour mieux servir

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Famille Je t’aime, Medair, Forum des Hommes et Phare FM: ces organisations fêtent trente ans en 2019. Entre évolutions, adaptations et défis rencontrés, leur vision est-elle restée intacte? Perspectives.

Depuis trente ans, ces organisations poursuivent un ordre de mission bien précis, au service de leur prochain.

Famille Je t’aime: soutien dans la détresse
L’association familiale protestante évangélique Famille Je t’aime (FJA) est créée en 1989 par plusieurs couples qui voyaient peu de soutien aux familles en détresse dans les Eglises en France. «Il y avait cette croyance très répandue que tout se règle par la prière, or ce n’est pas le cas», relate Pierre Ketterer, directeur de FJA depuis 2012.
Cet ancien thérapeute familial et éducateur a suivi de près les débuts de l’association, son épouse Cécile y étant très active, lui, rendant service de diverses manières lors des camps. «Les personnes à l’origine de FJA, dont Claude et Ginette Gaasch avaient constaté qu’il y avait beaucoup de couples et de familles chrétiennes en souffrance, souvent désemparées dans les Eglises.» Par ses camps de deux semaines, ses séminaires et ses week-ends, la mission a contribué à sensibiliser les Eglises à développer l’accompagnement des familles et des individus, «restaurer et équiper pour mieux servir».
Aujourd’hui, pour des raisons de coût pour les participants et par manque de bénévoles, les camps d’été, activité phare de FJA, ne durent plus qu’une semaine. Selon son directeur, l’association souffre aussi d’un manque de notoriété auprès des plus jeunes et n’a pas toujours les moyens financiers et les équipiers nécessaires pour mener à bien tous les projets dont elle rêve. Aux classiques week-ends trappeurs pères-fils, se sont ajoutés les week-ends mères-filles il y a quelques années.
Depuis les années 1990, la mission a développé un volet de formation à la relation d’aide avec des cycles sur trois ans, puis depuis 2008 également des cycles sur un an et enfin, une formation en ligne depuis 2014. «Nous constatons que ce sont souvent des personnes engagées dans le ministère qui ressentent le besoin de se former», indique Pierre Ketterer. L’association teste de nouveaux séjours, notamment pour les familles qui ont des enfants avec des troubles du spectre autistique.
Le but? Proposer un espace de repos et de réflexion, sans que les familles ne se sentent jugées ou mises à l’écart. FJA cherche à se renouveler et attend avec foi un second souffle pour mener à bien sa mission d’aide et de soutien aux familles.

Medair: aider là où les autres ne vont pas
En trente ans, Medair est venue en aide à des millions de personnes vulnérables dans trente-huit pays différents. L’ONG a été officiellement enregistrée en tant qu’association en Suisse en 1989. Les débuts ont néanmoins été modestes.
Le personnel était alors composé de bénévoles animés par des valeurs chrétiennes, qui trouvaient leur propre soutien. Aujourd’hui, Medair est une organisation humanitaire reconnue dans le milieu, comptant plus de 1200 salariés. La taille de l’organisation et le contexte de son action ont beaucoup évolué, mais la mission reste la même, assure le Dr Josiane Volkmar-André, l’une des fondatrices: assister des individus et des communautés affectés par les crises en tout genre. Elle vante le «soin et la personnalisation de l’aide apportée par l’organisation.» Pour David Verboom, son directeur général, la spécificité de Medair tient dans le choix de ses missions. «Nous nous rendons dans des endroits où d’autres ne vont pas, où il n’y a pas de routes et dont les accès sont limités, mais où se trouvent les besoins les plus grands.»
En 1989 les humanitaires étaient mieux acceptés, leur action moins questionnée, estime David Verboom. «Ils pouvaient plus facilement atteindre les bénéficiaires.» Aujourd’hui, le contexte dans lequel Medair intervient est «beaucoup plus complexe». «Les catastrophes sont de plus en plus fréquentes et le nombre de personnes affectées n’a jamais été aussi élevé.» Le niveau de formation du personnel est aussi devenu beaucoup plus exigeant, rendant plus difficile l’identification et la mobilisation de nouveaux humanitaires.
En 1995, l’Organisation non-gouvernementale prend un tournant en décidant de pérenniser son action dans des pays qui en ont besoin. C’est notamment le cas pour le Soudan du Sud, l’est de la République Démocratique du Congo, ou encore l’Afghanistan. «Les équipes de Medair restent désormais sur place tant que cela est nécessaire», assure David Verboom.
Pour faire face à des besoins inédits, l’ONG envisage un «remodelage complet du secteur humanitaire», pour faire mieux avec les moyens qu’elle a à sa disposition et répondre aux besoins croissants.

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Forum des Hommes: une inquiétante démission
Les Journées masculines du Forum des Hommes (FH) ont été une véritable institution en Suisse romande. Dans les années 90, jusqu’à 1600 hommes se sont retrouvés le 1er samedi du mois de novembre pour parler de masculinité, d’identité, de prière, de responsabilité, de redevabilité.
Une année, en 2001, cette journée s’est ouverte aux femmes, pour la venue du professeur Henri Joyeux. 3000 personnes avaient alors fait le déplacement jusqu’à Martigny pour parler de sexualité. Forte d’une vision reçue par des femmes, dont Meya, l’épouse de Philippe Corthay, fondateur du Forum des Hommes en 1989, cette association ambitionnait de lever une nuée d’hommes de prière, «prêts à se mobiliser selon les instructions divines».
Au milieu des années 2000, la Suisse romande comptait 280 groupes de prière d’hommes, où cette vision a pris forme et où l’encouragement mutuel et la redevabilité n’étaient pas de vains mots. Aujourd’hui, les événements du FH rassemblent au mieux deux à trois cents hommes. Et si certains groupes d’hommes ont persévéré, bon nombre d’entre eux ont disparu.
La préoccupation de Philippe Corthay demeure brûlante, comme au premier jour: «Les hommes seront-ils prêts, motivés et capables de mettre leur famille et ceux qui leur seront confiés à l’abri des turbulences du siècle présent, en étant conduits par le Saint-Esprit et la Parole? Ou se contenteront-ils de suivre la majorité en demeurant dans la figuration?» lance-t-il. Il déplore la démission des hommes «qui font face à une société qui les épuise par ses exigences». Le FH avait adopté les sept promesses d’un homme de Dieu. Sans aucune concertation, ces dernières coïncidaient avec celles des Promise Keepers, mouvement d’hommes qui a connu un succès retentissant dans la même période outre-Atlantique, avant de connaître une même lente mais constante érosion. (CW)

Phare FM: transmettre l’Evangile
Fraîchement élu président de la République française, François Mitterrand met fin au monopole de l’Etat sur les radios le 9 novembre 1981. Des milliers de stations de «radios libres» sont créées dans la décennie qui suit. Parmi elles, Radio Phare voit le jour à Mulhouse le 1er juin, sous l’impulsion du pasteur Bruno Léonardi et d’une équipe de bénévoles. L’ambition de la station est d’être un repère chrétien «dans un monde agité et de plus en plus sombre».
En 2001, la radio associative devient Phare FM. Elle se spécialise dans la musique mais garde sa volonté de transmettre l’Evangile. Un groupement de radios indépendantes «réseau Phare FM» prend forme à partir de 2006 avec des antennes à Grenoble, Montauban, en Normandie, etc. La radio s’implante également en Belgique. La tentative de greffe en Suisse ne prend pas. Après trois ans, l’antenne de Phare FM Romandie s’émancipe du réseau et devient Radio-R. Phare FM, qui vit principalement de dons entend bien la trentaine venue conserver son identité: une radio musicale protestante évangélique qui veut avoir un impact dans les médias.

David Métreau

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