Ethique: enjeux sans fin pour les chrétiens

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Les questions éthiques intéressaient peu les milieux évangéliques en 1989. Quelle évolution constate-t-on au cours des décennies? Analyse.

«La perte de consensus moral au sein de la société explique l’intérêt croissant des évangéliques pour les questions éthiques. Dans les années soixante, quelques personnes ont commencé à se mobiliser contre l’IVG. Ensuite, des comités et commissions ont été créées par la société et les Eglises. En 1996, les Eglises baptistes et libres françaises lançaient la leur», analyse Luc Oleknovitch, pasteur et président de la Commission d’éthique protestante évangélique.

Et avant?
En 1989, les questions éthiques étaient assez peu au centre de l’intérêt des pasteurs évangéliques «davantage tournés vers la vie de l’Eglise et l’évangélisation», estime Daniel Rivaud, fondateur du Comité protestant évangélique pour la dignité humaine (CPDH). Malgré tout, 1989 a été l’année du «Manifeste de Manille». Celui-ci est un document dans lequel les représentants évangéliques mondiaux ont exprimé leurs préoccupations éthiques, dénonçant les «maux incompatibles avec la proclamation du Royaume de Dieu».
Parmi ceux-ci, on dénombre la violence sous toutes ses formes, la corruption politique, l’exploitation des personnes et l’usage abusif des ressources terrestres, la destruction de la famille, l’IVG, le trafic de drogues, le mépris des Droits de l’homme, etc. Le sujet très sensible dans les Eglises évangéliques en 1989 était celui de l’avortement, assure Daniel Rivaud. «L’euthanasie, l’homosexualité, on n’en parlait presque pas. Toute la bioéthique non plus, qui a émergé il y a une quinzaine d’années.»

Et maintenant?
Qu’en est-il aujourd’hui? Pour Franck Meyer, actuel président du CPDH, les préoccupations de 1989 demeurent. «Celles autour de la “destruction de la famille” et du respect de la vie sont toujours très prégnantes. Les sujets relatifs à l’assistance médicale à la procréation sont une préoccupation majeure pour les évangéliques et pour de très nombreux citoyens», déclare-t-il. Daniel Rivaud juge de son côté que la première question éthique qui se pose aujourd’hui est celle de l’homosexualité qui «détrône largement la question de l’avortement».
Si la grande majorité des évangéliques est plutôt silencieuse sur ces questions éthiques, Franck Meyer souligne le succès de leur engagement en France, aux côtés des catholiques, sur la question de l’accompagnement de la fin de vie et du refus de l’euthanasie. «Le slogan “Soulager mais pas tuer” s’est imposé», se réjouit-il. Chez les évangéliques en France, la loi pour le «mariage et adoption pour tous» en 2013 a été un «électrochoc», note Daniel Rivaud. Franck Meyer abonde dans ce sens: «L’émergence d’un droit à l’enfant se fait toujours plus précise. C’est un vrai sujet sur lequel les évangéliques doivent travailler leurs argumentaires afin de bien éclairer les pouvoirs publics sur les conséquences de leurs choix», citant notamment le cas de la gestation pour autrui (GPA). Pour lui, la prévention contre toutes les violences et tous les abus doit demeurer une préoccupation permanente des chrétiens.

Et ensuite?
Et à l’avenir? Pour Franck Meyer, les enjeux futurs seront d’abord dans le domaine de la bioéthique avec la recherche sur les embryons et l’assistance à la procréation; au niveau du respect des droits de l’homme avec la protection des migrants et la lutte contre la traite des êtres humains.
Enfin, la liberté d’expression et de la liberté de conscience pourraient selon lui se réduire en Occident dans les prochaines années, notamment pour les chrétiens «car les positions éthiques qu’ils défendent deviennent de plus en plus éloignées des lois promulguées ces trente dernières années». Daniel Rivaud s’inquiète pour sa part de l’émergence de la question transhumaniste «qui va devenir de plus en plus cruciale».

David Métreau

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