Depuis 1989, que lisent les évangéliques?

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Loin d’être en déclin, le paysage littéraire évangélique se montre varié, riche et prolifique. Retour sur les trente dernières années.

L’édition évangélique fait mieux que résister. Chaque année, cinq cents nouveautés sont référencées à la CLC, l’un des deux plus importants diffuseurs. Depuis 1989, quelles ont été les nouveautés les plus marquantes?

La traduction a de l’avenir
Le paysage de l’édition francophone est marqué par une quarantaine d’éditeurs professionnels et plus de trois cents «micro-éditeurs». Cette foison reflète la diversité doctrinale et théologique qui coexiste dans le protestantisme évangélique.
Sur le plan des ventes, La Bible pour les nuls, publiée par une maison non confessionnelle, les éditions First, est probablement le titre le plus vendu d’un auteur évangélique francophone, avec 180 000 exemplaires vendus depuis 2005 et près du double si l’on compte les livres dérivés écrits par le Français Eric Denimal. Dernier né de la série, La Bible pour les Nullissimes constitue d’ailleurs son quarantième ouvrage.
Une écrasante majorité des titres publiés par les éditeurs évangéliques francophones sont en réalité des traductions. «Il existe environ 10 000 titres francophones contre 200 000 en anglais aux Etats-Unis. Le processus de traduction et d’édition est bien rôdé, peu risqué sur le plan économique», explique Hervé Lessous, directeur des librairies CLC en France.

Indémodable Chapman
Ainsi, Les Langages de l’amour (éd. Farel) de Gary Chapman, écoulé à 250 000 exemplaires, est l’un des titres majeurs de ces trente dernières années. C’est sans doute l’ouvrage évangélique qui a connu le plus grand rayonnement au delà d’un lectorat purement évangélique ou même chrétien. Le pasteur et conseiller conjugal a identifié cinq langages de l’amour qui permettent de comprendre comment notre interlocuteur (conjoint, enfant, collègue, voisin, etc.) exprime et comprend les marques d’amour, d’affection.

Des ouvrages controversés
L’œil du Tigre (éd. MB) de Tony Anthony, diffusé dans vingt-cinq langues, fait partie des meilleures ventes d’ouvrages de témoignages en français, avec 140 000 exemplaires écoulés. Mais plusieurs éléments de l’autobiographie de celui qui affirme avoir été un champion du monde de kung-fu ont été contestés. Son éditeur francophone a donc retiré le titre de son assortiment en 2013. Celui-ci n’est pas le seul à avoir suscité des remous. Ces dernières années, c’est Un moment avec Jésus (éd. MB) de Sarah Young qui caracole en tête des ventes en francophonie. Ces méditations inspirées de textes bibliques en sont à la septième réédition. Très diffusé, ce livre a fait couler beaucoup d’encre outre- Atlantique. En effet, plusieurs voix dénoncent la posture de l’auteure qui parle à la place de Dieu au lecteur.

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Au-delà du buzz, des livres qui durent
Une vie motivée par l’essentiel du pasteur Rick Warren fait également partie des titres bien vendus en francophonie avec plus de 135 000 exemplaires diffusés. Ce parcours pour un questionnement du sens de la vie a connu un succès grâce notamment aux nombreux séminaires organisés par et dans les Eglises.
Les ouvrages ayant trait à l’islam se sont aussi multipliés dans un passé récent. Ainsi, Jésus et Mahommet (éd. Ourania) a été diffusé à près de 90 000 exemplaires depuis sa sortie en 2007. Ce témoignage d’un musulman converti au christianisme et qui a fui sa famille et son pays est le plus vendu d’entre eux. Certains titres, bien qu’édités par des éditeurs séculiers, ont été très lus par les milieux évangéliques. C’est le cas par exemple de Le Roi, le Sage et le Bouffon, du pasteur réformé Shafique Keshavjee en 1998. Certains livres connaissent un succès depuis longtemps, comme Si tu veux aller loin (éd. Farel) de Ralph Shallis sur les bases de la vie chrétienne, sorti en français en 1973 et toujours vendu aujourd’hui, ou La prière des parents est efficace (éd. Vida) de Stormie Omartian ou encore Le Voyage du Pélerin (éd. CLC) de John Bunyan, un classique écrit en 1678.
Au rayon jeunesse, les différents tomes de La Bible en manga (éd. BLF) ainsi que les bandes dessinées d’Alain Auderset (autoédition) ont connu un succès retentissant. Ma Petite Bible (éd. Maison de la Bible) parue en 2001 a dépassé les 105 000 exemplaires diffusés.

Aussi de la théologie
Mais comme le relève Philippe Meyer, directeur de la Librairie la Clef de Sol à Vevey, «ce ne sont pas forcément les livres les plus vendus qui ont été les plus significatifs». Et c’est là que l’exercice de mettre des titres en avant se complique. Notons tout de même certaines contributions importantes, comme Une Eglise centrée sur l’Evangile (éd. Excelsis) de Timothy Keller, qui propose une réflexion approfondie du rôle de l’Eglise aujourd’hui.
Sous la direction d’Alain Nisus, Pour une foi réfléchie (éd. MB) est aussi remarquable. Cette théologie pour tous propose des repères théologiques pour le quotidien. L’Evangile selon Jésus (éd. Publications chrétiennes) paru en 1998 et qui a fait connaitre le théologien américain John McArthur en francophonie se démarque lui aussi. Plus confidentiel en termes de ventes mais avec une influence sur la perception de la psychothérapie dans les milieux évangéliques, L’équilibre psychologique du chrétien (éd. Empreinte) de Jacques Poujol et ses nombreux autres titres méritent d’être cités ici. Dans le même rayon, à noter les livres de Bruce Thompson (éd. JEM) consacrés à la relation d’aide.
Certaines personnalités ont connu leur «heure de gloire littéraire francophone», comme Frère André avec Dieu changea ses plans (éd. PO), Franck Peretti et Ce monde de ténèbres ou Tim Lahaye et sa série Left Behind, traduits par les éditions Vida. Parmi les auteurs francophones, Michelle d’Astier de la Vigerie a figuré dans les meilleures ventes aussi. Plus récemment et sans dresser une liste exhaustive, Philippe Decourroux ou Eric Célérier se sont bien vendus aussi.

Ressources et mentions
Dans un tout autre rayon, plusieurs livres ont documenté la réalité évangélique. Cela a été le cas de Les Eglises évangéliques de Suisse du sociologue Olivier Favre, ou encore Du ghetto au réseau, de Sébastien Fath, tous deux parus chez Labor et Fides, ou encore Les évangéliques à la conquête du monde et Soldats de Jésus, deux enquêtes journalistiques de Patrice de Plunkett (éd. Perrin) et Linda Caille (éd. Fayard).
Mais les titres sortis depuis 1989 ne sont pas ceux qui ont toujours connu les plus grands succès sur le plan des ventes. D’autres auteurs comme Loren Cunningham, George Verwer, Nicky Cruz, David Wilkerson, Merlin Carothers ou encore John Alexander publiés avant le tournant des années 90 ont longtemps figuré en tête des ventes.
A cet égard, impossible de terminer ce tour d’horizon sans mentionner Alfred Kuen, auteur le plus prolifique de l’édition évangélique francophone. On lui doit de précieux ouvrages de vulgarisation biblique: une traduction de la Bible et plus de 80 titres, dont de nombreux commentaires bibliques. Pierre-Yves Zwahlen a lui aussi rédigé plusieurs dizaines de livres.
Enfin, au rayon de la Bible, le pari audacieux de la Société Biblique de Genève est à relever. Avec sa révision Segond 21, elle a lancé la Bible à bas prix, dont trois millions d’exemplaires ont été vendus depuis 2007.

Christian Willi

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