Une frêle liberté d’expression

En Suisse, la nouvelle loi qui pénalise l’homophobie au même titre que le racisme sera soumise au vote du peuple. Le 8 avril, le petit parti suisse d’inspiration chrétienne, l’Union démocratique fédérale (UDF), déposait le nombre de signatures nécessaires pour son référendum contre «l’extension de la norme antiraciste à l’homophobie». Comment comprendre ce combat? Est-il motivé par l’homophobie latente - c’est-à-dire la crainte et le rejet des homosexuels et de l’homosexualité - de personnes à rebours de la grande Histoire, comme le suggèrent une grande partie des médias et de la classe politique?
Ou alors n’est-il pas plutôt justifié par la peur d’une restriction disproportionnée de la liberté d’expression et de conscience, comme l’indique l’UDF? Chacun est libre d’avoir son avis sur la question. Pourtant, une récente actualité confirme les craintes de l’UDF, non pas en Suisse mais en Australie! Israel Folau, star du rugby australien, vient d’être viré par sa fédération et a probablement signé sa fin de carrière après des publications jugées homophobes sur les réseaux sociaux. Le 10 avril sur Instagram il publiait une image où il est écrit: «Attention! Alcooliques, homosexuels, adultères, menteurs, fornicateurs, voleurs, athées, idolâtres, l’enfer vous attend. Repentez-vous! Seul Jésus sauve.» Ce à quoi le joueur ajoutait: «Jésus-Christ vous aime et vous donne le temps de vous détourner de votre péché et de venir à lui», basant ses dires sur de nombreux versets bibliques. Mais alors vient naturellement une question: la source, la Bible, est-elle homophobe? Faut-il donc aussi la censurer?
Certes, il y a sûrement de meilleurs moyens d’apporter l’Evangile aux non-croyants que d’agiter la peur de l’enfer. C’est certain. Rappelons cependant - sans cliché aucun sur ce sport - qu’Israel Folau est un arrière de rugby, pas un théologien ni un évangéliste. Au-delà de l’anecdote, il semble important de réaliser que dans nos pays souvent si prompts à vanter la liberté d’expression et de conscience, celles-ci puissent être remises en question.

David Métreau

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