«Knockin’ on Heaven’s door»: Bob Dylan

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Bob Dylan: Knockin’ on Heaven’s door

Maman, enlève-moi cet insigne
Je ne peux plus m’en servir
La nuit tombe, je ne vois plus rien
J’ai l’impression de cogner à la porte du paradis

Toc toc toc, à la porte du paradis
Toc toc toc, à la porte du paradis

Maman, creuse un trou pour mes armes
Je ne peux plus m’en servir
Un gros nuage noir fonce sur moi
J’ai l’impression de frapper à la porte du paradis

Ces Hits entrés dans l'histoire.

Deux opinions s’affrontent quant à l’interprétation de cette chanson qui clôt le film Pat Garrett and Billy the Kid, sorti en 1973. D’un côté, certains n’y voient que la bande-son de la fusillade finale d’un western. En face, une armée de fans de Bob Dylan considèrent ce titre comme un sommet de l’art du célèbre prix Nobel de littérature.
Les premiers soulignent que la victime mourante de la fusillade est un shérif justicier. Il est normal qu’à l’approche de la mort, il rejette son insigne et son arme, piètres défenses contre le petit bout de plomb qui l’expédie aux portes du paradis. Les seconds affirment trouver dans ce texte, pourtant bref et simple, une évocation de toute la complexité morale et spirituelle qui tourmente l’être humain en quête de valeurs absolues et éternelles.
Compte tenu de l’œuvre de Bob Dylan dans son ensemble, cette seconde interprétation est certainement légitime, et expliquerait le succès de la chanson, y compris lors de reprises par d’autres artistes comme U2 ou Guns n’Roses. En effet, pas besoin d’être mourant pour frapper à la porte du paradis. D’une manière ou d’une autre, c’est ce que font la plupart des artistes, et c’est ce qui pousse l’être humain, depuis le début, à s’interroger sur ce qui l’attend «de l’autre bord». Bob Dylan souligne l’impuissance ultime de l’autorité légitime (l’insigne du shérif) autant que de la force brutale (les armes du pistolero). Au moment final de la vie, les accoutrements du pouvoir sous ses différentes formes perdent leur sens devant cette question: si le paradis existe, la porte me sera-t-elle ouverte? Le constat: «La nuit tombe; je ne vois plus rien» exprime l’angoisse de l’agonisant, mais aussi la perte de repères qui obscurcit la vision morale et spirituelle de nos contemporains. Et la phrase «Un gros nuage noir fonce sur moi» nous rappelle à quel point la peur du lendemain empoisonne la vie moderne.
En pensant à ce qui nous attend, quand apprendrons-nous à mieux écouter celui qui a dit au brigand repentant «Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis»?

Jonathan Hanley

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