Mon prochain vit dans la maison d’en face

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La Fête des voisins célèbre vingt ans en mai. L’occasion d’oser enfin tisser des liens? Entretien avec Atanase Périfan.

En vingt ans, la Fête des voisins a rapproché les voisins de toute la francophonie et même au-delà. Atanase Périfan, conseiller municipal à Paris, explique sa vision.

Il y a vingt ans, vous avez lancé «Immeuble en fête - la Fête des voisins». Quel bilan tirez-vous de cette initiative?
C’est une merveilleuse aventure humaine qui a pris une ampleur considérable, dans quarante pays. C’est surtout des centaines de milliers de situations d’entraide, de solidarité, de meilleure connaissance. Cela a permis de voir le voisin autrement, pas seulement comme celui qui crée des nuisances, et qui le transforme même en ami. Dans toute l’Europe, il y a une souffrance relationnelle. On peut être seul même en couple ou avec plein d’amis sur Facebook. L’enjeu, et la Fête des voisins y répond, c’est comment réapprendre à tisser une qualité de relation avec l’autre. Un autre enjeu est le suivant: comment transformer notre lieu d’habitation en lieu de solidarité et de partage?

En quoi les relations de voisinage sont-elles déterminantes?
Les lieux communautaires tendant à disparaître, la dimension collective en prend un coup. Du coup, on a tous intérêt à entretenir de bonnes relations, à faire de nos voisins des alliés: ma fille est malade et je dois aller travailler? Je demande à la grand-mère de palier de la garder. Et quand il fait froid et neige, je vais lui chercher ses médicaments. Notre société évolue dans la défiance, le repli sur soi. A cause des mauvaises nouvelles en continu, ce qui est naturel devient suspect. Pourtant il y a des gisements de générosité. Comme le Petit Prince et le renard, il faut s’apprivoiser peu à peu. Chacun de nous peut favoriser le vivre ensemble en disant bonjour, prenant des nouvelles, en proposant son aide, en étant attentionné, en organisant une fête.
C’est important pour la cohésion sociale. Dans nos pays, on a un bon système social, mais il y a moins d’argent. On ne peut pas mettre une assistante sociale derrière chaque personne âgée. Alors cette solidarité de proximité/de voisinage devient complémentaire à la solidarité institutionnelle, familiale ou associative. Ce sont des centaines de millions d’euros économisés quand des voisins s’occupent d’une dame âgée et lui permettent de rester chez elle plus longtemps. C’est à la fois un enjeu public et de sens: être utile et s’entraider donne du sens à la vie. Je remarque que de nombreux élus qui adhèrent au projet Fête des Voisins/Voisins solidaires sont des gens qui ont la foi et c’est réjouissant.

Comment trouver le temps nécessaire?
On dit qu’on n’a pas le temps, mais en réalité, on n’a jamais aussi peu travaillé. Quand on travaillait six jours par semaine, on avait moins de temps et pourtant on était plus solidaires. C’est une question d’état d’esprit. On n’a peut-être plus les bons repères: quand il n’y a que le matériel et l’«avoir» qui comptent, il faut retrouver un équilibre avec «l’être». C’est vrai que nos vies sont compliquées, mais ça fait du bien de parler, échanger, les gens ne sont jamais aussi heureux que quand ils prennent le temps de se découvrir. Ce sont des valeurs très évangéliques.

Comment une Eglise peut-elle favoriser les rapports de bon voisinage?
Pour créer des liens au sein de ma paroisse, je passe mon temps à présenter les gens les uns aux autres à la fin de la réunion: «François, connais-tu Martine?» Parfois, ça fait vingt ans qu’on est dans la même Eglise sans se connaître. On y va parfois en consommateur, comme au supermarché. Où est la vie relationnelle de la communauté? Des pasteurs, curés ou rabbins encouragent les fidèles à organiser une Fête des voisins et ils sont aussi invités. Les gens de l’immeuble peuvent les rencontrer. C’est aussi un moyen d’évangéliser, ça ouvre des discussions. Certaines paroisses organisent aussi la Fête des voisins. C’est un bon outil d’animation locale.

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Quel genre de voisin Jésus était-il à votre avis?
Pas trop bruyant car toujours sur les routes. Il aimait les gens et avait un regard bienveillant sur chacun, il était «voisin» partout où il allait. C’était le voisin qu’on aurait tous voulu avoir car il nous aurait aidé à grandir. Jésus a dit «ce que tu fais pour ce plus petit, c’est à moi que tu le fais». Il aurait pu dire «ce que tu fais à ton voisin...»

Quelle place votre foi prend-elle au quotidien?
La politique, c’est d’abord un combat contre soi-même, contre la recherche d’honneur, de gloire, de pouvoir qu’on a tous en nous car nous sommes pécheurs. L’Evangile peut nous aider à garder le cap, à se relever et avancer. Ma foi dicte mon engagement, même si je suis loin d’être parfait. Toutes les solutions qu’on cherche dans notre société sont dans l’Evangile.

Quels sont vos projets?
Définir des stratégies de mobilisation des habitants pour développer les solidarités de proximité. Elles sont la solution à la fragilisation du système social, au vieillissement de la population et à la solitude. J’ai proposé à la conseillère du président Emmanuel Macron de recevoir à l’Elysée 1000 héros du civisme ordinaire, qui aident leur prochain au quotidien. On les nomme «bénévole» «aidant familial», mais quand on est un voisin sympa, il n’y a pas de nom. On va créer un label «voisin solidaire». C’est une belle ambition!

Propos recueillis par Sandrine Roulet

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