Qui dit local ne dit pas toujours bio

image: Qui dit local ne dit pas toujours bio
© Istockphoto

Consommer local, c’est tendance. Mais est-ce le meilleur choix? Comment consommer de manière responsable? Dossier: Paysans croyants

Roger Zürcher gère des projets agricoles avec différentes ONG et est responsable des programmes de Food for the Hungry (FH) Suisse. L’organisation prépare un film sur le thème de «la réconciliation avec la terre» dont la sortie est prévue en automne. Entretien.

Quel impact la consommation locale a-t-elle sur l’agriculture?
C’est fondamental de favoriser une agriculture familiale. L’idée est d’aller vers une agriculture avec des circuits courts, favorisant le contact producteur/consommateur et plus rentable pour le paysan. Je suis apiculteur: quand je sors mon miel, j’ai tout vendu avant d’être au bout de ma rue!
Les gens veulent avoir ce lien à la terre et sont prêts à payer plus cher. C’est ça le cercle vertueux. Il faut trouver des solutions créatives pour que le paysan reçoive un prix correct.
L’Etat pourrait favoriser une restauration collective en produits bio et de proximité. Cela ouvrirait des débouchés pour les paysans dans un rayon de cinquante kilomètres. Ce qu’il faut éviter, ce sont les transports internationaux par avion, bateau ou longue distance en camion.

Le choix entre local et bio est-il nécessaire?
Le local n’est pas forcément bio. Le bio, c’est d’abord éviter les pesticides de synthèse, très nocifs. Après, certains cultivent bio sans avoir le label, car il est assez contraignant. Au marché, on trouve des «produits naturels/cultivés sans produits chimiques».
C’est une histoire de confiance avec les marchands. Et puis, chacun peut cultiver chez soi des herbes aromatiques ou encore des tomates sur son propre balcon. On peut aussi réintroduire l’agriculture dans la ville. A Lausanne, toute personne en appartement qui le demande obtient un carré de jardin. D’autres villes s’y mettent également. Et pourquoi ne pas demander à des voisins n’utilisant pas leur propre terrain de nous prêter un petit carré?

Comment se montrer solidaires avec les agriculteurs de notre pays?
En aidant les jeunes agriculteurs à se lancer, car les banques ne leur prêtent pas toujours. On peut investir dans une structure chrétienne comme alliance-ch.ch ou sur des plateformes participatives comme yeswefarm.ch et terredeliens.org, pour subventionner différents projets d’aide aux paysans. Et certaines Eglises possèdent des terrains!
Commencer un jardin communautaire aurait un impact positif pour l’intergénérationnel. De plus, cela permettrait de fournir une occupation aux chômeurs et de donner une éducation nutritionnelle aux enfants: «Une Eglise, un jardin», ça devrait donc être possible.

Propos recueillis par Sandrine Roulet

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°