Formations bibliques: la loi du plus fort?

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Dans un contexte de plus en plus élitaire, les petits instituts bibliques ont-ils encore leur place? Analyse. Dossier: Formations bibliques

En Europe francophone, la trentaine de formations bibliques et théologiques recensées en pages 25 et 27 du dossier témoigne de la diversité de l’offre proposée à celles et ceux qui désirent approfondir leur connaissances et/ou se mettre au service dans les Eglises. Mais à l’heure de la professionnalisation des contenus et des ministères, toutes les structures ont-elles leurs places?

Qui sont les «gros» de la formation?
«Dans la francophonie, le besoin de pasteurs est si grand que l’on ne pourrait qu’être heureux si tous les lieux de formation biblique et théologique affichaient complet. Cela suffirait à peine au renouvellement», assure Jean Decorvet, docteur en théologie, recteur et professeur à la Haute école de théologie en Suisse (HET-PRO), située à Saint-Légier près de Vevey.
S’il souligne les avantages de son école - «qui vise une approche intégrée des dimensions intellectuelle, spirituelle et professionnalisante», «interdénominationnelle car ouverte aux évangéliques de toutes tendances comme aux réformés confessants», «avec un accent porté sur l’interdisciplinarité» - le recteur refuse de parler de «marché» de la formation biblique à se partager. La HET-PRO fait néanmoins partie des «gros» de la formation en théologie au même titre que la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, la faculté Jean-Calvin d’Aix-en-Provence, l’Institut biblique de Genève, ou l’Institut biblique de Nogent. Sans offense pour les autres.

Les écoles ne sont pas en concurrence
«La diversité existe, elle est là, c’est un fait. Si les petits instituts fonctionnent et croient qu’ils ont leur mission à faire devant Dieu, qu’ils la fassent», déclare Michel Texier, pasteur de l’Eglise évangélique de la Grâce à Paris et président de l’Institut théologique du soir (ITS). Lui non plus ne voit pas la formation biblique en termes de parts de marché. «Il y a deux niveaux à concilier: le côté pragmatique, business, et l’œuvre de Dieu.» Il prône la liberté de choisir. «C’est la même chose que pour les Eglises. Quand une nouvelle Eglise s’implante dans une ville ou un quartier déjà pourvu de lieux de cultes, cela ne doit pas être vu comme de la concurrence. Parfois, il faut une densité plus importante pour qu’il y ait un réveil.» Selon Michel Texier, «le problème n’est pas le trop-plein de formations, c’est plutôt que pas assez de personnes choisissent de se former». L’enjeu est de savoir pourquoi.

L’offre répond à une demande
Son institut propose des cours du soir sur un cursus de quatre ans assurés par des bénévoles, à des tarifs attractifs. «Est-ce que nous formons des théologiens à la Henri Blocher, non! Nous n’avons pas la même exigence académique que d’autres lieux de formation.»
Le pasteur révèle que l’ITS forme en partie des personnes qui ne se retrouveraient pas dans les autres offres. «Nous avons par exemple des responsable d’Eglises ethniques africaines ou haïtiennes. Sincères dans leur démarche, ils se rendent compte qu’ils ont besoin de formation biblique mais, pour des raisons financières, académiques ou théologiques, ils n’iront pas à Nogent ou Vaux.» Un exemple parmi tant d’autres que cette diversité au niveau des formations est nécessaire et bienvenue. En effet, chaque structure répond à des besoins bien précis.

David Métreau

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