Et si l’Eglise entrait enfin dans le game?

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Le jeu vidéo, un nouveau terrain de mission? De quoi se nourrissent nos contemporains? Perspectives.

«Le jeu vidéo est un art, il a donc toute sa place dans le Pass Culture», affirmait le 1er février sur Twitter le ministre français de la Culture Franck Riester. Si cette prise de position en a surpris plus d’un - surtout les têtes grises et blanches - elle soulève une vraie question: le jeu vidéo est-il un produit culturel comme un autre? Mais aussi, comment analyser cela avec une perspective chrétienne?

Noble, le jeu vidéo?
«Je compare assez facilement ce qui se passe aujourd’hui avec le jeu vidéo avec ce qui s’est passé pour le manga et la bande dessinée. Il y a cinquante ou soixante ans, c’était considéré comme de la sous-littérature», analyse Jean-François Comba, pasteur à Angoulême et féru de jeux vidéo. Selon lui, la culture est souvent vue comme quelque chose de noble. Or le jeu vidéo, qui a une dimension de loisir, est parfois dénigré «comme si l’amusement ne l’était pas assez».
Pourtant avec des cinématiques de plus en plus léchées, des musiques spécialement composées et des intrigues bien ficelées, certains jeux vidéo n’ont rien à envier au prestigieux septième art, par exemple. Pour le pasteur, les Eglises auraient à gagner à s’intéresser à cette culture. «Avoir un rapport de rejet pour tout ce qui est culturel - et donc pour les jeux vidéo - ce n’est pas un rapport de sagesse. Il y a rarement des choses bonnes ou mauvaises en elles-mêmes», insiste-t-il, en soulignant que l’apôtre Paul s’était servi de la poésie et de la philosophie pour atteindre les Athéniens et leur curiosité pour le divin.

Une tâche comprise dans le devoir
«Les Eglises ont beaucoup éduqué les personnes qui ont grandi avec la notion de devoir qui a fortement marqué notre société. Aujourd’hui, la notion principale est l’épanouissement, l’accomplissement. La Bible fait le lien entre les deux», estime Jean-François Comba. «Pour certaines Eglises, toujours marquées par le devoir, on a l’impression que la culture en général n’entre pas dans ce cadre-là.» Pourtant, à en croire Laurent Dang Vu, étudiant en école d’ingénieur à Paris et actif sur le blog de la Rébellution, s’intéresser à ce qui existe dans la société fait partie des devoirs du chrétien.
«Pour comprendre comment nos contemporains voient le monde, c’est important de s’intéresser à ce dont ils se nourrissent.» C’est ce qui s’appelle «l’apologétique culturelle». «On peut lire des livres d’apologétique, mais jouer avec nos amis aux jeux vidéo, par exemple, peut compléter notre tentative de comprendre ce qu’ils vivent», le but étant de mieux connaître leurs croyances et leurs aspirations. Naïmé, qui se présente comme une «geekette, gameuse, mais avant tout chrétienne» et présidente de l’association In-Game Avec Jésus (IGAJ) va plus loin. Selon elle, l’Eglise et les chrétiens doivent «s’adapter à la société, s’adapter aux nouvelles technologies, aux codes de la jeunesse», (jeux vidéo, manga, comics, pop culture, etc.) qui composent une nouvelle culture, «mais sans changer le message de l’Evangile». Tout cela afin de «communiquer et de transmettre notre amour de Jésus, nos valeurs tout en n’étant pas dépassé.»

A l’exemple de Jésus
Pour la jeune femme, l’Eglise se mobilise encore assez peu pour atteindre les joueurs et cette industrie en pleine expansion (4,9 milliards d’euros pour la France en 2018, 234 millions de francs pour la Suisse en 2017), «avec l’amour, la créativité et la patience de Jésus-Christ». Un appel pour de nouveaux missionnaires?

David Métreau

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