Les attaques sont un appel au secours

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Comment interpréter les diverses attaques perpétrées contre les églises évangéliques et surtout, quelle réponse donner? Le point.

Les attaques contre les églises font l’actualité en France depuis le début de l’année. Le récent vol/vandalisme de l’église Espoir et Vie à Angoulême rappelle que les lieux de culte évangéliques ne sont pas épargnés par le phénomène. Sur le moment, l’émotion est forte mais l’on manque d’éléments pour en tirer des conclusions. Avec le recul, cependant, est-il possible d’en savoir davantage? Où en sont les enquêtes sur les atteintes envers les églises évangéliques? Peut-on parler de vague anti-chrétienne? Des pasteurs d’Eglises victimes ces dernières années ont accepté de témoigner.

Incendie et vandalisme
Le 12 juillet 2016, le local de l’Eglise évangélique des 2 Caps à Calais a subi un incendie dévastateur qui l’a contrainte à déménager. Le 2 avril 2017, le pasteur Gilbert Léonian de l’Eglise évangélique arménienne d’Alfortville a été réveillé par des flammes qui montaient le long de la façade de l’église et du presbytère, noircissant notamment la croix en bois qui l’ornait (photo).
En janvier et février 2018, l’église évangélique baptiste du Mée-sur-Seine a eu ses portes fracturées: «tout le matériel a été volé», raconte son pasteur, Jérémie Déglon. Dans la nuit du 31 décembre 2018, le bâtiment a été victime d’un vandalisme. Un carreau a été cassé, des chaises et la bibliothèque retournées.

Intentions criminelles?
L’enquête n’a abouti dans aucune de ces affaires. Au Mée, la police est venue et a relevé des empreintes digitales, «mais dans une église, il y en a beaucoup», rappelle le pasteur Jérémie Déglon. A Alfortville, l’incendie ayant été causé par un cocktail molotov jeté dans une poubelle que l’agresseur avait placée là, l’intention criminelle est bien établie. «Pendant trois semaines, les Renseignements Généraux ont placé une caméra cachée pour surveiller la rue, mais sans résultat», se souvient Gilbert Léonian.
Quant à l’église des 2 Caps, le mystère demeure: ni les pompiers ni la police n’ont découvert l’origine du sinistre. Le pasteur, Manou Bolomik, est arrivé dans l’Eglise deux ans après les événements, mais il a interrogé les personnes qui étaient sur place à l’arrivée des pompiers. «Je ne pourrais pas affirmer que c’est arrivé de manière criminelle», explique-t-il. Et d’ajouter: «C’est quand même bizarre que cela se soit déclenché avec une telle puissance. On n’a pas trouvé d’explosion de gaz de ville.» L’enquête n’est pas officiellement classée, mais elle reste au point mort.

La vigilance est de mise
Passé le choc, l’Eglise des 2 Caps s’est recentrée sur sa mission, «sauver des âmes». Pour Manou Bolomik, l’absence de signe hostile fait que le traumatisme a été plus facile à surmonter que si l’intention de nuire avait été établie, comme c’était le cas pour son collègue pasteur des Assemblées de Dieu à Angoulême.
Le couple Léonian, en revanche, a vécu le plus grand traumatisme de sa vie. Il faut dire que l’attaque est arrivée dans la foulée d’un caillassage des vitres du temple dans les jours suivant une conférence du pasteur arménien de Bagdad sur le thème «Jours sanglants à Bagdad». «Pendant longtemps, ce qui m’a travaillé c’était de ne pas savoir par qui et pourquoi cet acte odieux avait été opéré contre une Eglise», confie le pasteur Léonian.
De son côté, Jérémie Déglon distingue le vol comme mobile des premières atteintes - il soupçonne «des jeunes qui revendent le matériel pour se faire des sous» -, des dégradations du Nouvel An, dues sans doute à «des jeunes qui veulent s’amuser». S’il pense qu’il y avait une dimension de transgression contre le symbole du lieu, les membres n’ont «pas ressenti d’attaque contre notre foi». Toutefois, lorsque l’Eglise a annoncé sa conférence sur la Bible et le Coran sur Facebook, elle a reçu des menaces avec des émoticônes de bombes, qui ont aussi donné lieu au dépôt d’une plainte.
Tous les pasteurs saluent le soutien sans faille des élus, notamment des maires. L’église arménienne a renforcé sa collaboration avec la gendarmerie. «Le commandant m’a dit: “Pasteur, restez qui vous êtes mais soyez plus vigilant”», relate Gilbert Léonian. L’Eglise du Mée envisage d’installer des caméras de sécurité, mais ne veut pas transformer le bâtiment en bunker. Pour l’Eglise des 2 Caps, le déménagement forcé des locaux lui a même permis de trouver un nouvel élan en centre-ville.

Un pays en souffrance
Quelles conclusions tirer de ces dégradations? «C’est une réalité qui est là et qui a besoin d’être connue, sans tomber dans l’excès», pense Jérémie Déglon. Elle ne témoigne pas tant d’un climat anti-chrétien que d’une perte de repères. «Il n’y a plus de limite», constate-t-il. Dans ce contexte, il appelle les Eglises à ne pas jeter d’huile sur le feu dans leurs enseignements et à respecter les pouvoirs publics. Ainsi, Jérémie Déglon a été troublé en écoutant le message d’un pasteur qui parlait de la crise des Gilets Jaunes d’une manière qui entretenait la colère envers les autorités.
La vague d’attaques contre des églises chrétiennes doit d’abord être vue comme un appel au secours de la part d’un pays en souffrance. Une souffrance à laquelle les chrétiens devraient être en première ligne pour répondre.

Célia Evenson

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