Devenir un soutien pour les Juifs

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Les actes antisémites sont en croissance, et les chrétiens semblent démunis. Comment encourager les Juifs?

Le 5 avril, à Bourdon dans la Somme, un jeune homme de dix-huit ans a poignardé son voisin de cinquante-huit ans parce qu’il voulait «tuer un Juif». Ce dernier s’en sort miraculeusement. Chaque semaine, de nouveaux actes antisémites sont recensés en France. Par rapport à 2017, ceux-ci ont augmenté de 74% en 2018. Face à cette haine, les évangéliques et leurs représentants sont prompts à manifester leur soutien à la communauté juive. Mais comment cela est-il perçu par les principaux intéressés?

Les amis d’Israël
«Je pense qu’encore une fois, les attaques contres les Juifs sont des voyants qui alertent sur ce qui va se passer par la suite pour l’ensemble de la société», constate Charles Sulman, vice-président du consistoire central israélite de France et président du consistoire des Hauts-de-France. D’après ses dires, les gestes de soutien des protestants évangéliques sont globalement assez peu perçus au sein de la communauté juive, «mais quand c’est le cas, ils sont très appréciés». Si les catholiques sont les interlocuteurs privilégiés des relations judéo-chrétiennes en France, Charles Sulman témoigne «d’excellentes relations» avec la Fédération protestante de France (FPF) dont il a côtoyé l’actuel président François Clavairoly quand il était pasteur à Lille. «Nous connaissons surtout les évangéliques américains très proches d’Israël et des Juifs. Ce sont nos amis», assure le président du consistoire des Hauts-de-France.
Les liens avec les évangéliques français se font davantage au niveau des relations interpersonnelles à l’échelle locale que de manière institutionnelle. «La compassion c’est bien, mais nous avons surtout besoin d’une plus profonde connaissance de l’autre», assure-t-il. Cela peut passer par l’organisation conjointe de camps de jeunes et une «éducation à la différence», appelle de ses vœux le Lillois.

Démontrer un intérêt concret
«Le monde évangélique ne se mobilise pas assez pour rencontrer le monde juif», regrette de son côté Guy Athia, directeur du journal messianique Le Berger d’Israël. Ce chrétien alsacien - qui n’a jamais renié son identité et ses attaches juives - donne des pistes pour témoigner d’une solidarité concrète envers la communauté juive: «Quand il y a des agressions ou des profanations, un simple coup de fil au rabbin sera le bienvenu.» Il suggère également de s’intéresser aux fêtes, «d’affirmer son soutien, d’aimer de manière désintéressée et de prier».
En France, «où les Juifs sont arrivés dans les valises de Jules César il y a 2000 ans», en plus d’un antisémitisme «historique» d’extrême droite, se développe un antisémitisme «islamo-gauchiste» sous couvert d’antisionisme, dépeint Charles Sulman. Cet antisionisme ne serait que «le cache-nez» d’un antisémitisme virulent et très dangereux. «On ne peut pas dissocier l’Etat d’Israël du peuple Juif, c’est quelque chose dont il faut être conscient», martèle Guy Athia.
Il voit dans l’expression publique d’un «amour inconditionnel pour Israël», de la part des chrétiens, la meilleure façon d’encourager et de manifester son soutien à la communauté juive de France. «Sans ces marques de soutien, de plus en plus de synagogues se replieront sur elles-mêmes.»

David Métreau

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