Rideau sur Game of Thrones

Erratum Une confusion s’est introduite dans la chronique à propos de Game of Thrones: le trône de fer ayant été détruit, Bran Stark n’y montait pas physiquement (mais bien à la tête des royaumes). En plus, la description qui accompagnait son ascension était celle de Jon Snow. Néanmoins, Bran le brisé est lui aussi une figure christique. Que les fans de la série nous excusent ces imprécisions.

La chronique mensuelle d'Hugues Not, qui jette un regard doux-amer sur le protestantisme et la société.

Le tout dernier épisode de Game of Thrones a été diffusé le 19 mai dernier, mettant un terme à une saga de tous les superlatifs. Phénomène culturel, la quête du Trône de fer aura tenu en haleine des millions de fans pendant huit ans et marqué l’avènement d’une nouvelle ère dans les productions télévisuelles, dont on ne peut plus dire désormais qu’elles sont moindres par rapport au cinéma.

Game of Thrones, comme toutes les épopées, s’est déployée dans un univers très moral ou plus exactement immoral. On n’aurait pas imaginé une telle débauche de scènes de viols, de tortures, de meurtres et d’incestes il y a encore dix ans. Les temps ont changé. Personnellement, je garde en mémoire ce que le Christianisme Aujourd’hui publiait lors de la première saison - la seule que j’aie suivie, après, le dégoût a pris le dessus -: «Game of Thrones nous donne une idée de ce que serait un monde sans la révélation biblique.» On aurait pu dire «sans Dieu», sauf que des dieux et même des religions, la série en contient à gogo. Le plus choquant, et c’est typique voire prophétique de notre âge finissant, aura été la confusion entre le bien et le mal; tout n’était qu’instinct, intérêt, calcul, sang et fracas, les crapules régnaient et les bons étaient emportés.

Or il reste un sens de la justice, de l’équité et de la lumière si fortement chevillé à l’âme humaine que le bien doit finir par triompher - et cela se traduit en termes économiques aussi. Les films qui finissent mal ne font pas recette. En tuant Ned Stark, son héros apparent, à la fin de sa première saison, puis Robb Stark, deux saisons plus tard dans la scène la plus traumatisante au monde, les producteurs ont pris un sacré risque. Mais ils ont dû rentrer dans le rang pour finir.

Car voilà que - attention spoiler - c’est un Stark qui montera sur le Trône de fer. Une véritable figure christique, brièvement mort après s’être sacrifié, revenu à la vie et dont la quête est unique par sa modestie et son irréprochable équité, parmi tous ces protagonistes avides de pouvoir. Chassez la morale et le réel, ils reviennent au galop. On se consolera de la sorte en attendant la prochaine série plus sombre encore.

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