Une solution à la dette des pays démunis

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Il y a vingt ans, le G8 envisageait d’annuler la dette des pays les plus pauvres. Qu’en est-il aujourd’hui?

C’était il y a vingt ans! Le 19 juin 1999, le sommet du G8 se tenait à Cologne. A l’ordre du jour de cette rencontre: la question de l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. A cette occasion, de nombreux chrétiens se sont mobilisés. Rétrospective.

Situation internationale
Les causes de l’endettement des pays en développement remontent aux années 1960 et sont multiples. Pour Patrick Guiborat, directeur général du SEL, une ONG protestante de solidarité internationale, «prêteurs et emprunteurs partagent les responsabilités du fardeau démesuré de la dette». En effet, les premiers ont consciemment incité les dirigeants des pays du Sud, souvent corrompus, à s’endetter sans retenue; et les seconds n’ont pas toujours utilisé à bon escient les fonds reçus quand ils ne les ont pas tout simplement détournés à des fins personnelles. La situation s’est malheureusement dégradée au milieu des années 1970.
Docteur en économie appliquée, Antipas Touatam explique qu’à cette période «la conjoncture économique mondiale puis la politique d’ajustement structurel imposée aux pays en développement et la hausse des taux d’intérêt n’ont pas permis à la plupart des pays d’honorer leurs engagements». La spirale du surendettement était enclenchée!

La campagne Jubilé 2000
A la fin des années 1990, des chrétiens britanniques décident de se mobiliser car les plus pauvres sont les premières victimes de la situation. Ils lancent le mouvement Jubilé 2000. L’initiative dépasse rapidement les frontières géographiques et confessionnelles.
Le sommet du G8 de Cologne, qui a le sujet de l’annulation de la dette des pays pauvres à son ordre du jour, concentre alors la part la plus importante des mobilisations. Une pétition, remise à cette occasion, recueille 24 millions de signatures. «C’était la plus importante pétition jamais réalisée dans le monde jusque-là», précise Patrick Guiborat, qui était présent en Allemagne pour former avec des milliers de personnes une chaîne humaine dans les rues de la ville.

Un principe biblique?
Si la campagne Jubilé 2000 a porté ce nom, ce n’est pas pour rien. La référence au principe de l’Ancien Testament est évidente. Tous les cinquante ans, les Israélites étaient invités à remettre les compteurs à zéro. Pour Patrick Guiborat, «il n’est pas question de faire appliquer cette loi mosaïque en tant que telle à notre monde d’aujourd’hui mais nous serions bien inspirés d’en transposer la signification».
Dans ce contexte, il voit dans l’annulation d’une partie de la dette des pays pauvres la pertinence de ce principe biblique. Chrétien également, Antipas Touatam propose quant à lui, à défaut de pouvoir annuler les dettes, d’au moins en réviser les conditions pour qu’elles puissent être honorées. Toutefois, il reconnaît aussi qu’«il n’est pas possible d’exiger un remboursement si celui-ci se fait au détriment des populations démunies».

Problème encore actuel
Bien que quelques mesures bénéfiques aient été entreprises à l’époque, le problème de la dette des pays pauvres handicape encore et toujours le développement de nombreux pays du Sud. Le Fond monétaire international (FMI) se dit d’ailleurs de plus en plus préoccupé par la très forte croissance de l’endettement des pays pauvres qui a progressé de quatorze points en pourcentage du PIB entre 2013 et 2017. La dette «a une incidence directe sur l’économie réelle et sur les populations en détresse», indique Antipas Touatam. En 1999, la mobilisation a payé; à quand une nouvelle mobilisation?

Nicolas Fouquet

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