Ils agissent contre la traite des êtres humains et changent des vies

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La traite des êtres humains les révulse et ils ont décidé de se lever pour défendre et aider les plus faibles. Portraits de trois initiatives. Dossier: Esclavage moderne

Perla, ranimer la flamme de la vie dans le regard des prostituées
Le projet Perla a débuté en 2013 avec deux chrétiennes désireuses d’aller à la rencontre des prostituées dans les rues de Lausanne. Après deux mois de visites hebdomadaires, Elisabeth, juriste de quarante-deux ans, a fait cette prière à Dieu: «Je continuerai tant que tu enverras des bénévoles.»
Six ans plus tard, une quarantaine d’hommes et de femmes se relaient pour visiter entre cent et deux cents prostituées soit dans la rue, soit dans des salons/cabarets dans six villes romandes. Munies de leur badge avec le nom de l’association, les équipières abordent les prostituées avec une boisson ou du chocolat, parfois un cadeau: «Nos attentions sont une façon de démontrer l’amour de Jésus. Nous nous intéressons à elles, les écoutons, leur disons combien elles ont de la valeur et leur demandons quels sont leurs besoins», détaille Elisabeth. Ainsi, Perla accompagne une dizaine de prostituées avec des aides ponctuelles (cours de français, recherche d’emploi, CV) et en soutient aussi une financièrement.
Pour Elisabeth, exploiter un autre être humain est le sommet de la méchanceté. Mais ce qui encourage cette mère de quatre enfants, c’est de savoir qu’avec Dieu, il y a toujours de l’espoir; et de voir des personnes prêtes à donner de leur temps et de leur argent pour faire une différence.
Lorsque les équipières rencontrent une prostituée pour la première fois, celle-ci est comme éteinte: elle n’a plus aucun sentiment de dignité. Mais un regard suffit pour ranimer la flamme de la vie! «Voir une femme redevenir fière et retrouver le courage de se battre pour sa vie, c’est la plus grande récompense. Le Psaume 2 prend tout son sens. Les ennemis n’ont pas le dernier mot, c’est Dieu. Même dans les situations désespérées. Ces femmes ont besoin de l’entendre et c’est là que notre travail est important», développe la Suissesse.
Elisabeth consacre une grande partie de son temps à la lutte contre la traite des êtres humains. Toutefois pour l’instant, Perla ne parvient pas encore à aider les femmes prises dans les réseaux, faute de lieux protégés pour les accueillir. «Mais nous faisons un gros travail de prévention auprès de ces femmes, afin qu’elles sachent que la loi suisse les protège. Et lorsque nous soupçonnons un cas de traite des êtres humains ou rencontrons une mineure, nous avertissons la police qui se charge de faire les investigations nécessaires.»

Sandrine Roulet

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Hope and Joy, une magnifique réciprocité
«On peut monnayer leur corps, les déplacer d’un pays à un autre, mais ce qu’elles ont au fond de leur âme, personne ne peut l’atteindre», assure Anne, l’une des vingt-cinq équipières de l’association Hope and Joy, qui vient en aide aux personnes en situation de prostitution à Montpellier, Béziers, Nîmes, Avignon et parfois jusqu’en Espagne. Une équipe inter-Eglises s’est constituée il y a six ans, à l’initiative du pasteur Daniel Mattioli, pour apporter une aide sociale et spirituelle et montrer à ces femmes - mais aussi aux personnes transgenres - qu’elles ont de la valeur. A Montpellier, où a démarré l’association, le travail est très inséré dans le tissu associatif local, en lien avec la préfecture, l’hôpital, le planning familial et des associations comme la Cimade ou Médecins du Monde. Des maraudes permettent de distribuer des vêtements, de la nourriture et des préservatifs.
Ces visites régulières le soir sont le moyen de porter un «vrai regard et une attention aux besoins matériels et affectifs», souligne Anne. «Nous accompagnons également ces femmes et ces hommes en sortie de prostitution vers leur reconstruction.»
A Montpellier, 95% des personnes rencontrées par Hope and Joy sont victimes de trafic, et viennent principalement d’Afrique sub-saharienne. Beaucoup sont des adolescentes qui arrivent de pays comme le Nigéria. D’autres sont des mamans isolées. L’association les accompagne. «Elles n’ont pas toutes l’occasion de venir à l’Eglise, c’est à l’Eglise d’aller vers elles.» Plusieurs se sont converties et ont demandé le baptême. «C’est tellement cru, ce qui se passe dans la rue, c’est violent. J’apprends beaucoup», assure Anne. Elle fait part de sa joie d’accompagner ces femmes. «A Noël, nous sommes allés chanter et distribuer des cadeaux, vers la fin je n’en avais plus. Plutôt que de ne rien donner, j’ai offert à l’une de ces femmes un paquet de post-it qui trainait dans ma voiture. Quelle surprise quand elle m’a dit qu’elle avait écrit un sujet de reconnaissance sur chacun des post-it
Anne s’est dite bouleversée qu’une jeune fille esclave trouve des sujets de reconnaissance. «Ces femmes m’apprennent énormément. Il y a une telle réciprocité qui est magnifique.» La lecture de l’Evangile selon Matthieu au chapitre 25 l’encourage: «Malades, affamées, étrangères, en prison: ces femmes ont toutes les caractéristiques.» Leur venir en aide, n’est-ce pas une magnifique façon d’honorer Dieu?

David Métreau

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Made in hope, une aide pour les survivants du commerce sexuel
Depuis plus de dix ans, l’association Made in hope vient en aide aux femmes et enfants «survivants» du commerce sexuel mondial et de la traite des êtres humains aux Philippines. Michelle Tolentino est cofondatrice et présidente de l’association. Née dans un bidonville de Manille, dans une famille plongée dans un cycle de pauvreté et de prostitution, elle a été parrainée par l’ONG Compassion dès ses six ans et a rencontré Jésus à huit ans. «J’étais pauvre, sans espoir, sans avenir, mais ma façon de voir les choses a changé, j’ai pris conscience de l’amour de Dieu.»
Aujourd’hui, avec Made in hope, elle accompagne les femmes survivantes de trafics et d’exploitation sexuelle. L’association les forme pour qu’elles deviennent des responsables et des mentors pouvant aider à leur tour les plus jeunes qui sont encore exploitées. Des programmes et des formations leur permettent d’avoir du travail et de subvenir à leur besoins sans recourir à la prostitution.
«Beaucoup de femmes se prostituent parce qu’elles doivent nourrir leurs enfants. Ce sont les plus pauvres parmi les plus pauvres», décrit Michelle Tolentino. «Nous voulons aimer ces personnes comme nous souhaiterions être aimés. Nous leur montrons qu’elles ont de la valeur et agissons pour être une communauté qui guérit.» Un programme est également destiné aux enfants victimes d’exploitation sexuelle dans le pays. Ils seraient 100 000 chaque année.
Made in hope accompagne deux cents femmes et cinquante enfants «survivants». 5000 enfants «à risque» ont été sensibilisés au trafic d’être humains, par des spectacles de marionnettes. «Nous ne pouvons pas toujours extraire les enfants de leur milieu, mais nous pouvons les rendre résilients», assure Michelle Tolentino, pleine d’espoir. «Ces femmes et ces enfants, Dieu peut les aider, quelles que soient leurs difficultés passées. Ce sont plus que de simples victimes.» Etudier les personnages féminins de la généalogie de Jésus est un moyen de faire passer le message. «Tamar a une lourde histoire, Rahab était une prostituée, Ruth était pauvre, veuve et étrangère, Bethsabée était adultère, pourtant Dieu les a utilisées. Quand ces survivantes entendent cela, elles sont touchées!»

Rébecca Reymond et David Métreau

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