Quel est mon impact sur le travail forcé?

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Le chrétien a un rôle à jouer contre l’esclavage moderne, à commencer par l’information. Le point. Dossier: Esclavage moderne

Si on parle de chaîne de sous-traitance, de migrations et réseaux de prostitution, le simple citoyen peut se sentir dépassé et avoir le sentiment d’avoir peu de moyens d’action pour lutter contre les diverses formes d’esclavage moderne. Des leviers existent pourtant, chacun pouvant apporter sa contribution à un changement.

Poser des questions
«La première chose à faire est de s’informer. Il faut être sensibilisé sur ces questions de traite des êtres humains», insiste Beatrice Käufeler, responsable des projets de lutte contre la traite de femmes et d’enfants au sein de la Mission chrétienne pour les pays de l’Est. «Souvent, la réaction des gens est de se dire “ça ne me concerne pas”. Pourtant nous pouvons parfois, malgré nous, soutenir des systèmes iniques.»
L’information précède l’action. «Si on ne sait pas que ça existe, on ne peut pas lutter contre», abonde Azziz Ahammout, de l’ONG Ressources Humaines Sans Frontières (RHSF). Il encourage les citoyens à se poser des questions et à développer un esprit critique.
Comment se fait-il que le prix de cette tomate soit si bas? Et ce t-shirt? Qui l’a fabriqué? Qu’est-ce qui se cache derrière? «Au-delà de l’aspect économique ou écologique, c’est important de se poser ces questions. Oui, des gens, dont des enfants, travaillent parfois dans des conditions inhumaines.»

Le milieu de la pornographie
Pour Beatrice Käufeler, si les chrétiens ne se sentent pas toujours concernés par la prostitution, ils le sont peut-être davantage par la pornographie. «Il y a beaucoup de personnes exploitées sexuellement dans le milieu de la pornographie. Comme le monde séculier, l’Eglise est concernée.» Elle insiste sur le besoin d’informer les chrétiens de cela. «J’ai rencontré un chrétien qui me disait avoir consommé beaucoup de pornographie, au point d’en être dépendant. Il m’a confié être allé voir un thérapeute quand il a compris que cela avait un effet sur la traite des êtres humains. Depuis il est libre!» Pas question de moraliser, assure Beatrice Käufeler, mais elle encourage les personnes à avoir conscience que certains actes peuvent avoir des conséquences sur les autres. «Soutenir les organisations qui font quelque chose pour agir contre ces crimes, c’est déjà agir.»

La prière et le vote sont des moyens
Dans la lutte contre l’exploitation sexuelle, Laureine, engagée auprès de femmes prostituées à Paris et Nantes, souligne qu’il y a de la place pour des engagements en tant qu’individus et en tant qu’Eglises. «Nous avons besoin de bénévoles sur le terrain pendant les sorties de nuit mais aussi des personnes qui pourraient faire le suivi de certaines jeunes femmes, les accueillir, lire la Bible avec elles.»
Certaines d’entre elles ne parlent pas le français et ont besoin d’aide pour les démarches administratives. «La prière, même s’il elle n’est pas visible, est extrêmement importante», atteste Beatrice Käufeler. «Dans certaines situations d’exploitation, on se trouve aussi dans un domaine spirituel. La prière a un potentiel, c’est une ressource qui a un impact.» La responsable de mission met en avant un moyen d’action qu’ont les citoyens, suisses en particulier: «Nous pouvons être actifs en politique et signer des motions. Il y a quand même des lois qui manquent.» D’où la pertinence, selon elle, d’un engagement citoyen contre toutes formes de servitude.

David Métreau

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