La transmission de la foi fait encore débat

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Les questions religieuses, maillon faible de la transmission? Un thème qui a été abordé les 2 et 3 mai à Genève lors d’un colloque.

On se souvient de l’affaire des subventions refusées aux organisateurs évangéliques de camps d’enfants en 2014. La question de la transmission de la foi continue à faire débat. Les 2 et 3 mai, scientifiques politiciens et étudiants sont venus de France, des Etats-Unis, d’Allemagne et des différents cantons suisses à Genève pour un colloque universitaire. Durant deux jours, ils ont partagé des résultats d’études et d’expériences de terrain sur la question des droits de l’enfant et des croyances religieuses.

Deux approches
Autant le dire d’emblée, ce colloque n’a pas permis de réconcilier les différentes approches. Entre l’ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny Jean-Pierre Rosenczveig, partisan d’une laïcité engagée et Céline Maye, cheffe du service de la cohésion mutliculturelle du canton de Neuchâtel, artisane d’initiatives de dialogue, il y avait deux mondes.
Le premier se réfère à la loi française de 1905 obtenue de haute lutte: «Elle est aujourd’hui menacée par les revendications communautaristes.» La seconde voit le rôle de l’Etat comme «un catalyseur d’une laïcité d’intégration, pas d’exclusion». Parmi les initiatives du canton, une animation pour les jeunes issus de l’immigration et du parlement des jeunes lors de l’édition 2016 de Neuchàtoi. Par groupes de six à huit, les jeunes ont été appelés à s’exprimer sur des affirmations telles que «le modèle neuchâtelois de laïcité qui reconnaît trois Eglises favorise la cohésion sociale».
«Les jeunes rejettent toute discrimination liée à l’appartenance religieuse; une adhésion de principe surtout. En effet, les crispations réapparaissent vite sur des questions concrètes. Mais on s’est aperçu que les perceptions négatives viennent souvent du discours des adultes et des médias», a indiqué Céline Maye.
Une perte d’influence
Sarah Scholl, maître-assistante en Histoire du christianisme à l’Université de Genève, a retracé l’évolution de la transmission des connaissances religieuses et de la foi au cours de ce dernier siècle. Avec Pierre-Yves Brandt, professeur de psychologie de la religion à l’Université de Lausanne, ils ont relevé la perte d’influence des Eglises dites historiques. Le second a démontré les influences multiples sur la construction religieuse et spirituelle de l’enfant, à l’appui d’une étude menée dans plusieurs pays sur les représentations du divin par le dessin.
En marge du colloque, le psychologue des religions confiait que l’Etat a pour mission de réfléchir à l’accompagnement de cette construction de l’enfant. «L’Etat doit prendre acte de la perte d’influence des institutions religieuses traditionnelles, comprendre que les familles n’ont pas toutes les ressources pour accompagner les enfants, en raison d’un manque de pratique, d’appartenances religieuses plurielles et de constructions familiales fragilisées.»

Et l’école?
En ce qui concerne l’école, le chercheur juge l’enseignement des connaissances religieuses dans les écoles inadéquat: «Il est prodigué par des enseignants formés en Histoire, donc avec un regard sur le passé. Ce dont nous avons besoin, ce sont des instituteurs formés dans les questions religieuses actuelles.»
«Ne suffirait-il pas d’engager des enseignants reflétant la mixité de la population, pour être des référents pour les enfants qui grandissent dans différentes traditions religieuses?», a demandé une participante de Berlin. Matteo Gianni, professeur de sciences politiques de l’Université de Genève, estime que la solution est ailleurs. «Par définition, les religions resteront en conflit. Le défi consiste donc à développer une capacité à exprimer des convictions religieuses fortes et les désaccords, à apprendre à les entendre, dans un “esprit citoyen” respectueux. C’est ce dernier qui doit être développé.»

Christian Willi

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