Entre appel à servir et activisme, où placer le curseur?

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Le besoin est là, et nous avons les compétences pour le combler, jusqu’à l’épuisement. Comment ne pas sombrer dans l’activisme? Garder des motivations saines et servir Dieu avec sincèrité émanent directement de notre caractère. Il s’agit de concentrer nos forces au bon endroit, pour porter un fruit qui saura durer.

Plein de volonté pour servir Dieu, un chrétien peut verser dans l’activisme sans s’en rendre compte. Comment concilier l’invitation à être dans l’action d’Ecclésiaste 10, 9 et la réponse de Jésus à Marthe lorsqu’elle se plaint de l’inactivité de sa sœur: «Tu t’agites et tu t’inquiètes pour beaucoup de choses, Marie a choisi la bonne part»?

Devenir responsable
Pour Jonathan Ward, ce texte de l’Ecclésiaste n’est pas un appel à l’activisme, mais à la responsabilité. «C’est selon notre force que nous sommes appelés à servir, ni plus, ni moins. Cela ne signifie pas “jusqu’à l’épuisement de tes forces”», précise le directeur du Centre Entrepierres, pour l’accueil et l’accompagnement de personnes dans le ministère.
Il analyse que la personne activiste risque le déséquilibre car elle ne sait pas s’arrêter, alors que la personne responsable, consciente de ses capacités, sait cibler ses efforts et ses ressources. Directrice des ressources humaines (RH) dans une multinationale de 800 collaborateurs, Salvina Occipinti n’entend pas non plus un appel à l’activisme, mais à la temporalité de la vie: «La vie est courte, investissons juste.»

Entreprendre ou écouter
De même, les paroles de Jésus à Marthe ne sont pas une injonction à cesser de s’activer «mais à apprendre à le faire au bon moment et pour les bonnes raisons», selon Jonathan Ward. Relevant que ce texte a souvent été utilisé pour marquer la supériorité du spirituel sur le matériel, Salvina Occipinti y voit plutôt une invitation à vivre dans la cohésion avec soi-même, ancré dans le lien transcendant avec Dieu et horizontal avec les autres.

De bonnes œuvres préparées à l’avance
Ceci dit, comment trouver l’équilibre entre le trop et trop peu dans son service pour Dieu? Pour Salvina Occipinti, il ne faudrait pas opposer l’«être» et le «faire», car ce sont les deux facettes d’une même pièce: «Je ne sépare pas le service de Dieu du reste de ma vie. Celle-ci est sous son regard et au service de son Royaume quoique je fasse et où que je sois», note la directrice RH.
Pour Jonathan Ward, aucun chrétien n’est appelé ni équipé pour tout accomplir; il s’agit de discerner les œuvres bonnes préparées d’avance par Dieu (Eph. 2, 10). Comment? En étant à l’écoute de Dieu (face à tout ce qui est à faire, quelle est la part que tu me demandes?), à l’écoute des autres (as-tu les ressources pour accomplir cette tâche sans nuire à ta santé, tes relations, tes autres engagements?) et à l’écoute de soi (puis-je répondre à telle demande dans le respect de mes limites?). En effet, souligne Jonathan Ward, les besoins illimités du monde ne peuvent dicter notre engagement: «Le besoin n’est pas l’appel.»
D’où provient le fruit?
Un engagement démesuré peut résulter de la croyance que plus on en fait, plus on porte du fruit. Pour Jonathan Ward, ce n’est pas le cas: «Les chrétiens les plus occupés sont parfois les plus déconnectés parce qu’ils ne prennent pas le temps de “demeurer” en Dieu.»
Selon lui, les chrétiens emploient souvent l’expression «porter du fruit» pour «faire des choses pour Dieu», alors que la Bible l’utilise en référence aux qualités que le croyant est appelé à cultiver dans sa vie: l’amour, la patience, la bienveillance, etc. «C’est une question de caractère, pas de performances», précise-t-il.

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Les bonnes motivations
«Ce qui compte pour Dieu, c’est bien plus son œuvre en nous que nos œuvres pour lui», développe encore Jonathan Ward. A ses yeux, si les efforts que nous déployons pour Dieu ont pour but de prouver quelque chose et de gagner sa faveur, nos motivations ne sont pas saines. Salvina Occipinti confirme: «Les chrétiens occupés ne sont pas nécessairement occupés à porter du fruit. L’intention derrière leur occupation est primordiale.»

Plusieurs compétences?
Comme dans la parabole des talents, certains chrétiens ont reçu plusieurs dons. Sont-ils appelés à s’engager dans tous leurs domaines de compétences? «Avoir beaucoup de talents est un privilège, mais ce n’est pas parce que je sais faire que je dois faire», affirme Jonathan Ward. Il prend alors l’exemple de Jésus, qui aurait pu guérir plus de malades, former plus de disciples, parcourir plus de kilomètres, etc. «Même s’il restait des besoins à combler, Jésus a pu dire au Père: j’ai terminé ma mission» (Jn. 17, 4).
Salvina Occipinti complète en mentionnant que tout ce que l’on reçoit ou gagne (les dons, l’argent, la vie) est destiné à circuler, au bénéfice des autres. Et de conclure: «Dieu n’est pas un patron, mais un Père qui fait des dons, qui accorde toute sa confiance pour que nous puissions cueillir les fruits de sa joie.»

Sandrine Roulet

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