Implanter une Eglise est plus attrayant

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Les jeunes pasteurs préfèrent devenir des pionniers plutôt que d’intégrer une Eglise déjà établie. Pour quels enjeux? Le point.

L’implantation d’Eglise attire de plus en plus d’étudiants en théologie (et tant mieux). Des initiatives innovantes et de nouveaux événements voient régulièrement le jour. L’esprit d’entreprise semble en vogue dans le milieu évangélique mais il ne manque pas de soulever des questions. Enquête.

Un désintérêt pour les Eglises établies?
Philippe Fauveau est pasteur à la retraite depuis trois ans d’une Eglise Perspectives à Paris. Sa communauté n’a encore trouvé personne pour prendre sa suite. Parmi les pressentis, certains se sont finalement tournés vers l’implantation d’Eglise. Devant ce constat, le pasteur s’interroge: «Faut-il penser que les jeunes aujourd’hui ne veulent pas reprendre une Eglise locale mais préfèrent faire leur business seuls?» Le jeune retraité se sait caricatural et convient de la nécessité d’établir de nouvelles Eglises mais la situation le préoccupe.
Terminant son master à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, Clément Blanc se trouve inversement au début de son ministère. En discutant avec les autres étudiants, il ressent surtout qu’il existe aujourd’hui une forme de «désamour pour le ministère pastoral traditionnel» qu’il définit comme le fait d’être «seul, à temps plein, dans une Eglise locale». En conséquence, il estime qu’il y a un regain d’intérêt qui se porte soit vers l’implantation, soit vers des ministères plus spécialisés en équipe.

Des pistes d’explication
A défaut d’une étude évaluant précisément la situation en France, chacun émet ses hypothèses. Philippe Fauveau a l’impression que rejoindre une Eglise établie, avec un passé et éventuellement des histoires, n’intéresse plus vraiment les jeunes qui sortent de formation. Il reconnaît également que prendre un poste pastoral revient, quoi que l’on fasse, à rentrer dans un moule. «Est-ce que les jeunes préfèrent une forme d’indépendance?» interroge-t-il. «Dans l’implantation, on a moins de compte à rendre.»
Pour Clément Blanc, l’enjeu va plus loin que la seule question de la liberté d’action. S’il a eu l’occasion de faire des stages dans des Eglises classiques durant ses études, il opte finalement pour une implantation sur le plateau de Saclay avec les Assemblées de Dieu. Pour lui, «une difficulté avec beaucoup d’Eglises établies est qu’elles attendent d’abord du pasteur qu’il fasse fonctionner la “machine” qui existe déjà». Il y a une différence de conception du rôle du pasteur. De facto, dans une implantation, «il y a la nécessité de s’interroger sur ce qu’est la mission de l’Eglise et la tâche du pasteur est alors d’équiper et de fédérer les gens autour de cette vision».

Une volonté d’évangéliser
Une Eglise établie est forcément un peu centrée sur elle-même. C’est normal. Clément Blanc rappelle qu’«une bonne partie de l’énergie d’une Eglise existante consiste à prendre soin des gens qui sont à l’intérieur». Les projets pionniers permettent à ceux qui s’y engagent de concilier davantage leur vie communautaire avec leur aspiration à annoncer l’Evangile. Ces questionnements ne concernent pas seulement les pasteurs des Eglises mais aussi leurs membres. Marion Bithoun accompagne ainsi un projet d’implantation dans le Vieux Lyon. Si elle n’était pas mécontente de son Eglise précédente, sa foi se nourrit aujourd’hui d’une dimension nouvelle. «Dans une Eglise établie, l’évangélisation est une activité. Dans une implantation, c’est un mode de vie.» Souvent plus locale et plus communautaire, la façon d’y vivre l’Eglise n’est pas la même et les communautés existantes tireraient profit à s’en inspirer.

Un certain effet de mode
Si la figure du pionnier a actuellement le vent en poupe, c’est aussi parce qu’elle est davantage mise en avant depuis quelques années et qu’elle peut éventuellement faire écho à des phénomènes de société comme celui des start-up, par exemple. Clément Blanc ne voit pas là un problème en soi mais relève quand même un possible enjeu d’aiguillage au niveau des choix de ministère: «Il ne faudrait pas que des personnes se dirigent vers l’implantation par défaut.»
Le pasteur traditionnel souffre-t-il de nos jours d’un déficit d’image par rapport à des ministères plus pionniers? C’est ce que semble penser Philippe Fauveau pour qui «l’implanteur est un peu considéré comme une vedette, surtout s’il est innovant». Pour autant, il reconnaît leur réelle utilité et la difficulté de leur ministère. Par rapport à l’aspect d’innovation, Marion Bithoun, dont l’Eglise fait office d’espace de coworking en semaine, voit les nombreux avantages: un éventuel gain financier, l’obligation pour l’implanteur d’étudier préalablement et soigneusement le terrain, l’apport d’un service utile pour les habitants du quartier, etc. Néanmoins, elle tient à rappeler que «l’Eglise doit rester le but premier de l’implantation». Innover pourquoi pas mais toujours avec sagesse et au service de l’Evangile!

Nicolas Fouquet

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