L’affaire Lambert révèle les limites humaines

image: L’affaire Lambert révèle les limites humaines
© iStockphoto

Après un énième rebondissement en mai, le cas de Vincent Lambert, en état végétatif depuis 2008, pose des questions de fond.

L’affaire Vincent Lambert a alimenté bien des débats. Mais alors qu’en France des milliers d’autres patients sont dans ce même état pauci-relationnel, pourquoi est-il si difficile de trancher dans le cas de cet infirmier de quarante-trois ans? Puisque personne n’est en mesure de savoir ce qu’il ressent, la sagesse ne pousserait-elle pas à appliquer le fameux principe de précaution? Choisir pour lui, n’est-ce pas franchir les limites de notre humanité?
«Si la décision est difficile, c’est que d’une part on ne peut demander son avis à Vincent Lambert, qui bien que dépendant, n’est pas en fin de vie: il est autonome du point de vue respiratoire», analyse Luc Olekhnovitch. «Et que d’autre part, il y a un conflit familial alors que dans la plupart des cas similaires, familles et médecins arrivent à un consensus», poursuit le président de la commission d’éthique protestante évangélique.
Pour Frank Meyer, président du CPDH, c’est une grave erreur d’utiliser la situation de Vincent Lambert comme prétexte pour débattre des questions de fin de vie, puisqu’il ne l’est pas: «Ce que révèle “l’affaire Lambert”, c’est le regard sociétal sur le handicap, les ingérences médiatico-politiques et les tensions intrafamiliales. Sinon comment comprendre que Vincent Lambert n’ait pas déjà été transféré dans un service médicalisé qui s’est proposé de l’accueillir? Il est l’otage inconscient d’une société qui se déchire.»

L’effet d’un changement de loi
Avocate de formation et directrice d’un établissement prenant en charge des enfants handicapés mentaux, Nathalie Gounel estime qu’il n’y a pas lieu de trancher: apporter une assistance médicale à une personne dépendante pour son hydratation et sa nutrition relève d’un minimum vital: «La femme de Vincent Lambert, au lieu de demander le divorce pour rupture de la vie commune, demande l’arrêt de son hydratation et alimentation et donc sa mort.» Cette demande n’aurait pas été recevable avant la loi Clayes-Leonetti de 2016, relève Nathalie Gounel, «car notre société est fondée sur le principe d’assistance aux plus faibles». Or depuis cette loi, l’assistance à l’hydratation et à l’alimentation est assimilée à un traitement médical. «Au nom de la lutte contre l’acharnement thérapeutique, elle permet de débrancher la machine», déplore la directrice.

Acharnement ou assistance?
Or, rappelle Nathalie Gounel, l’acharnement thérapeutique consiste à poursuivre un traitement médicamenteux alors qu’aucun n’espoir n’est plus permis. Alors que cesser l’assistance condamne à une mort lente par la soif. «Une euthanasie active», selon elle. Luc Olekhnovitch réfute ce terme d’euthanasie: «Dans ce cas Lambert, il s’agit d’arrêt de moyens artificiels de maintien en vie encadré par la loi.»
Toutefois, il reconnaît que celle-ci «est une loi frontière dont l’équilibre, pour ne pas basculer dans une euthanasie masquée, dépend de l’intention des soignants et des modalités de mise en œuvre», comme le notent les éthiciens et médecins évangéliques auteurs de la déclaration «Affaire Vincent Lambert, un regard évangélique». Bien que chaque cas soit singulier, «la loi doit faire respecter l’interdit de tuer et permettre en revanche d’éviter l’obstination médicale et des moyens déraisonnables par rapport aux bienfaits réels apportés au patient», ajoute le président de la commission éthique.

--PAGE--

Deux conceptions de la dignité
Autre enjeu, la notion de dignité humaine, qui n’est pas la même pour tous: «Les pro-euthanasie ont tendance à réduire la dignité à l’autonomie», constate Luc Oleckhnovitch. Rappelant que pour les chrétiens, tout être humain est digne parce qu’il est en image de Dieu: «Le concept laïc de droit humain repose sur ce fondement». Nathalie Gounel, elle, définit la dignité humaine comme l’affirmation et la réalisation du premier droit de l’homme, celui à la vie: «Donner la mort passivement ou activement pour que les souffrances d’un patient soient abrégées est contraire à la dignité humaine. En effet, ce serait mettre dans l’échelle des valeurs le “bien-être” au-dessus de “la vie”.»

Un besoin de contrôler
L’affaire Vincent Lambert ne montre-t-elle pas les limites humaines et le besoin de se référer à plus grand? «Ceux qui refusent la foi n’ont plus confiance en rien ni personne et cherchent à tout contrôler, même la vie et la mort», constate Luc Olekhnovitch, «mais c’est une quête illusoire. Nous aurons beau écrire des directives anticipées, nous ne pouvons pas tout prévoir.» Pour lui, suivre l’exemple de Jésus face à la mort est source de paix: «Père, je remets mon esprit entre tes mains.» Nathalie Gounel observe que les avancées médicales amènent à se positionner sur ce qu’est le droit à la vie et à la mort: «Ce sont des questions centrales dans notre société car tôt ou tard, chacun est confronté à la faiblesse, ne serait-ce que par la vieillesse.» Elle est convaincue qu’«une vie diminuée par la maladie ou le handicap vaudra toujours la peine d’être vécue et défendue».
Luc Olekhnovitch relève avec les signataires de la déclaration «Vincent Lambert, un regard évangélique» qu’il faut prendre garde que le recours à des moyens extraordinaires de maintien en vie ne crée pas un «fardeau de vie».
Frank Meyer invite à aborder les questions posées par les avancées médicales avec des repères éthiques rappelant les interdits à préserver: «Les repères bibliques nous aident. Mais il faut un regard, une analyse et des décisions collégiales. Les comités d’éthiques doivent jouer leur rôle en réunissant sciences et foi.»

Sandrine Roulet

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°