En été, c’est l’occasion de...

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Le temps ralentit, l’esprit se relâche, l’été est là. Comment faire de cette période estivale un investissement à long terme? Idées. Dossier: Réflexions estivales

...fortifier ses amitiés
«Quand on est confronté aux questions de fin de vie, on ne regrette généralement pas de ne pas avoir travaillé davantage, mais plutôt de ne pas avoir passé davantage de temps avec sa famille ou ses amis. On est souvent absorbé par toutes sortes de choses, mais l’essentiel est là pour la plupart des gens: les relations», remarque la psychologue Sarika Pilet. La spécialiste en psychothérapie ajoute que dire à ses proches, amis, collègues, etc. qu’ils sont appréciés met des mots sur ce qui est important et a pour effet de renforcer les liens. «Entretenir de bonnes relations est un facteur de résilience, de longévité et de bonheur», poursuit-elle en citant une étude longitudinale de la Harvard Medical School.
Si l’été est propice pour dire son appréciation, c’est que le stress de nos vies trépidantes nous fait perdre le contact avec soi-même et ce que l’on ressent: «On est axé sur la performance et plus aussi disponible pour l’autre», détaille Sarika Pilet. Comment en sortir?
La psychologue suggère de mettre de côté ce qui préoccupe pour se poser et retrouver une disponibilité: «C’est l’idée de dégager son espace intérieur sans avoir dans la tête “en tâche de fond” qu’il faut encore faire ceci ou cela.» Mais elle avertit que cela ne se fait pas d’un coup de baguette, «car les hormones du stress mettent du temps à se dissiper».
Autre atout de l’été: du temps pour des moments récréatifs ou informels est libéré car un certain nombre d’occupations (comités, réunions d’Eglise) sont suspendues pendant cette période. C’est donc l’occasion pour des activités permettant le partage, comme des grillades, randonnées, sorties en bateau, visites de villes, note Sarika Pilet. Egalement pour faire ensemble des expériences nouvelles (stage de peinture, saut en parapente) et partager des émotions communes, ce qui participe au renforcement des liens. Et si les personnes auxquelles on souhaite dire qu’elles comptent pour nous sont loin, pourquoi ne pas prendre le temps d’écrire une carte ou une lettre «à l’ancienne»? Leur valeur affective sera supérieure à celle d’un simple WhatsApp ou SMS.

...replacer la prière au centre
On a beau en faire une bonne résolution, être assidu dans la prière est un défi. Et si on profitait des plages (au propre comme au figuré) libres que l’été offre pour (re)développer une discipline de prière? Dans La Prière (éd. CLE), Tim Keller analyse en effet que si la prière est une conversation avec Dieu, elle est aussi «un travail».
Selon l’auteur de renom, elle devrait être pratiquée chaque jour de façon résolue, même si nous n’en avons pas «envie» ou avons l’impression de ne rien en retirer. Car s’abstenir de prier, c’est comme être en colocation avec une personne et ne pas lui adresser la parole. «La prière nécessite un effort. Il faut choisir de prier même quand les émotions fluctuent», souligne-t-il.
Mais cette discipline est payante, car la prière nous offre une autre vision des choses, une force et la conscience de la présence de Dieu, poursuit Tim Keller. Selon lui, «le simple fait d’exprimer oralement à Dieu nos besoins, peurs, espoirs, préoccupations, questions, problèmes et péchés nous oblige presque immédiatement à les considérer autrement.» Et d’illustrer son propos avec l’image d’un randonneur qui, arrivant sur une colline, a une vision d’ensemble du chemin parcouru. Il développe encore que c’est par la prière que notre connaissance abstraite de Dieu devient une réalité tangible: «Nous ne nous contentons plus de croire en la gloire de Dieu, nous la sentons. Nous ne croyons plus abstraitement que Dieu nous aime, nos cœurs sont inondés de son amour.»
En dernier lieu, Tim Keller est convaincu que la prière nous amène à une meilleure connaissance de nous-même car elle nous pousse à être honnête. Il l’exprime en citant Peter T. Forsyth: «La prière authentique nous empêche de nous tromper nous-mêmes. Elle met à mal notre égo. Elle éclaire notre vision spirituelle.» Ainsi, nous ne pouvons réellement mieux connaître Dieu sans en venir à mieux nous connaître nous-mêmes: «L’inverse est également vrai. Si je nie mes faiblesses et mon péché, je serai également aveugle quant à la grandeur et gloire de Dieu.» Et pour finir, la prière induit une confiance et un espoir sans faille, ainsi que l’envie de soumettre notre vie entière par amour pour Dieu: «Si Dieu n’a pas la première place, nos prières seront égoïstes et dévastatrices», n’hésite pas à écrire Tim Keller.

Sandrine Roulet

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...lire la Bible avec un ami
La période d’été peut être l’occasion de faire une coupure avec sa routine. Certains sont moins assidus pour lire leur Bible, le programme de l’Eglise tourne au ralenti. Pourtant, cela peut aussi être l’occasion de renouveler sa lecture de la Bible. Pourquoi ne pas se lancer dans l’aventure à deux? Nicolas, de région parisienne, est un vétéran de la lecture de livres de la Bible en «binôme biblique», ou en «un-à-un», comme on dit dans l’association des Groupes bibliques universitaires de France (GBU) où il est engagé, et qui promeut cette pratique. Au programme: prise de nouvelles, discussion biblique, prière. Il a pour habitude de voir son partenaire dans un café, une fois par semaine en principe.
Les motivations pour se lancer dans l’aventure sont variées. «J’ai commencé à lire la Bible avec ma copine pour lui faire découvrir l’histoire et essayer de lui faire comprendre certaines choses dans la religion chrétienne», raconte Matthias, qui étudie à Strasbourg. «On a toujours quelque chose à apprendre des autres pour grandir spirituellement», estime Nicolas. Gaëlle, étudiante en Suisse, a tenté l’expérience avec une amie: «Nous avions du mal à nous motiver à lire la Bible alors on s’est dit qu’ensemble, même chacune chez soi, cela nous permettrait de nous motiver et d’avoir des échanges par la suite.»
Le choix du livre et le degré de préparation varient. Joëlle, collaboratrice des Groupes Bibliques dans les écoles en Suisse, a lu Jacques et puis Zacharie par chapitres entiers avec deux ou trois collègues, après une première lecture à la maison. Pour ne pas se disperser, on peut tester la «méthode suédoise» où chacun des partenaires note un élément important du texte, une surprise, et un point d’application, dont ils peuvent discuter ensemble. Les GBU ont adapté cette méthode dans le livret d’accompagnement à la lecture de Luc et Actes, Lire I Love LA en binôme (éd. GBU), que Matthias utilise pour faire connaître la foi à son amie. S’ils conseillent d’être réalistes et souples, tous recommandent l’expérience.

Célia Evenson

...graver des versets dans son cœur
«J’aime mémoriser des versets qui me rappellent mon identité en Christ», partage Jean-Nicolas, 27 ans. Ayant découvert le salut en Jésus-Christ à 21 ans, il a par exemple appris Jn. 1, 12 et 1 Jn. 3, 1 «pour me rappeler que je suis un enfant de Dieu, aimé et pardonné». Jeanne, 39 ans, abonde dans ce sens. Sauf qu’elle choisit un verset pour ensuite mémoriser son contexte voire le chapitre entier. C’est ainsi que l’année dernière, elle a appris Héb. 11. «J’en ai profité pour étudier les vies de toutes les personnes mentionnées», confie-t-elle, ajoutant qu’elle s’est ainsi retrouvée avec les bases d’une future conférence pour les femmes.
Mais pour Jean-Nicolas, apprendre un verset n’est pas forcément synonyme de le croire. Il aime donc visualiser la signification d’un texte afin de le rendre vivant. Par exemple, pour le Ps. 91, 2, «j’ai dessiné un bonhomme allumette (moi) et une main qui me protège (Dieu) pour me souvenir que Dieu est là pour moi», surtout s’il vient de succomber à une tentation liée à ses dépendances passées.
Jeanne, quant à elle, place ceux qu’elle étudie au-dessus de l’évier dans la cuisine et sur son miroir dans la salle de bains. Ils imprègnent ainsi ses journées et ses décisions de vie. Mais mémoriser des versets permet aussi de surmonter les mensonges. Jeanne réfute ainsi rapidement les arguments des sectes, par exemple, car leur spécialité, c’est de citer des versets hors-contexte…
Jean-Nicolas relève également un autre type de mensonge, beaucoup plus subtil. Notamment des pensées intérieures telles que «je suis sans force, sans espérance, je ne peux rien faire». Car d’après lui, c’est en y adhérant qu’on se donne de faux refuges. Exemple: «Je suis tellement stressé que je vais jouer à des jeux toute la nuit.» Et de conclure: «Le seul moyen de voir ces mensonges pour ce qu’ils sont, c’est de les confronter à la vérité biblique». Dont on se sera rempli la tête, mais surtout le cœur, par la mémorisation.

Rachel Gamper

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...s’engager dans une ONG ou une association caritative
Pour certains, la période des vacances est l’occasion de partir loin. Pourquoi ne pas tenter l’aventure avec une ONG ou une association caritative? Elise, éducatrice spécialisée en région parisienne, sensibilisée à la mission et à la pauvreté des années auparavant, souhaitait faire un voyage humanitaire. Elle a finalement sauté le pas avec l’association Rescof international, qui propose des voyages encadrés pour soutenir des missionnaires. Sécurisée par le cadre, elle est donc partie quinze jours au Cambodge en avril 2018. Le groupe d’Elise soutenait le témoignage de chrétiens locaux dans des villages en installant des filtres à eau et en jouant avec les enfants.
De son côté, Daniel, un cadre suisse, est parti il y a quelques années dans un pays du Moyen-Orient dans le cadre d’une rencontre internationale avec des partenaires locaux durant ses congés d’été. Son but: «Mesurer les difficultés que vivent les minorités religieuses dans un pays structuré par une forte culture religieuse ambiante majoritaire.»
Pour bien profiter du voyage, les deux recommandent de se préparer, de se renseigner, et d’être motivés plutôt que de partir par obligation. Elise redoutait la fatigue, mais la prière a fait des miracles: à son retour, malgré les conditions de vie spartiates, elles s’est sentie «fatiguée mais reboostée». Quant à Daniel, qui partait avec la bénédiction de son épouse mais sans elle, il affirme: «Les temps de repos en famille ne sont pas uniquement une question de durée mais de qualité. De ce côté-là, je suis béni!»
Les deux ont été bouleversés par leurs rencontres avec des chrétiens d’un autre monde. Elise a été touchée par la richesse intérieure des Cambodgiens contrastant avec leur pauvreté matérielle. Elle a aussi apprécié un service davantage tourné vers la présence plutôt que l’activisme. Une prise de conscience qui lui donne envie d’aborder autrement son service à l’Eglise comme animatrice de groupe d’adolescents.
Daniel a quant à lui reçu «la confirmation de prier pour les minorités en précarité et le devoir d’information en commençant par nos communautés». Les deux sont prêts à renouveler l’expérience. «Nous avons plus à recevoir qu’à donner», se réjouit Daniel.

Célia Evenson

...développer son art pour Dieu
Pourquoi ne pas profiter de cette saison pour développer sa créativité pour Dieu? «Comme l’art est un langage, un moyen d’expression, il est l’occasion pour moi de dire ce que je crois, de partager ce qui m’est précieux», observe Emeline Ferron, illustratrice.
Pour la jeune femme, il ne s’agit toutefois pas de restreindre son art à une cause étiquetée comme «religieuse» mais de l’utiliser au service de son prochain, là où on se trouve. «A partir du moment où je suis à Dieu, mon art l’est aussi, qu’il se développe dans la sphère “chrétienne” ou “laïque”». Comment déployer son art, concrètement? Pour l’illustratrice, d’abord dans un dialogue avec Dieu, pour écouter et exprimer ses désirs (le désir peut être un germe de rêve du cœur de Dieu planté dans le cœur de l’homme) Et puis oser se lancer, se former, saisir ou provoquer des opportunités, proposer ses services, tout en acceptant l’échec, tremplin pour réussir. «Dans mon cas, l’Eglise m’a été bénéfique pour démarrer, proposer d’illustrer ou raconter des histoires. C’est un terrain où l’on peut se permettre d’oser et expérimenter, car il est généralement bienveillant et encourageant», relève l’illustratrice.
Des expériences ont confirmé à Emeline Ferron que l’art est aussi une moyen d’appropriation d’un texte biblique, de même qu’une façon d’aider à la prise de parole. Lors de la semaine de la Bible, on lui a demandé de diriger l’étude d’un passage au travers du dessin. «A la fin, j’ai demandé aux participants de tout âge ce qu’ils avaient découvert de ces versets par cette technique. C’était enrichissant de les écouter, car chacun avait quelque chose à dire.» Art-thérapeute dans un centre de relation d’aide, Noémi Vuilleumier estime que nous pouvons tous nous connecter à notre créativité. Si l’art n’est pas thérapeutique en soi, «il permet d’exprimer notre intérieur, afin d’intégrer cette expérience et de l’assimiler au niveau de notre corps, âme et esprit». En d’autres mots, d’effectuer la transition entre un passé moins satisfaisant à un futur plus harmonieux.

Sandrine Roulet

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