Jean Vanier, l’ami des plus grands

image: Jean Vanier, l’ami des plus grands
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Jean Vanier, fondateur des communautés de l’Arche, est décédé le 7 mai à l’âge de 90 ans. Hommage.

Un géant nous a quittés. Un géant en taille, un géant par son action. Mais un géant qui avait découvert que les petits sont les plus grands, qu’ils révèlent la fragilité des grands et leur enseignent l’humilité et l’authenticité comme chemin vers la paix et la joie.

Une vie dévouée
Né en 1928 à Genève dans une famille catholique canadienne, d’abord officier de marine dans l’armée au sortir de la guerre, puis philosophe, le jeune trentenaire brillant, en recherche spirituelle, découvre, près de Compiègne, la réalité des personnes avec un handicap mental. Il visite un asile psychiatrique, découvre l’horreur de ces lieux à l’époque, et est bouleversé par la rencontre avec les personnes handicapées dont il sent cette attente: «Est-ce que tu m’aimes? Veux-tu être mon ami? Pourquoi m’a-t-on abandonné?»
L’expérience est fondatrice. En 1964, il emménage à Trosly-Breuil et se met à vivre avec Raphaël Simi, atteint d’une méningite et Philippe Seux, victime d’une encéphalite et paralysé d’une jambe, les deux premiers membres de l’Arche de Jean Vanier, en référence au bateau de Noé. «Au fond», raconte Jean Vanier, «ils voulaient un ami. Ils ne voulaient pas d’abord mes connaissances, mes capacités de faire des choses, mais mon cœur et mon être.»
L’intuition est d’une fécondité étonnante. Des lieux de vie naissent en France, puis dans d’autres pays et sur d’autres continents, des jeunes qui deviennent des assistants partagent le quotidien et la vie commune avec des personnes handicapées. On y vit ensemble, on y travaille, on y pleure, on y souffre, on y rit, on y mange, on y prie, on y chante, on y fait la fête.
«Le génie de l’Arche, c’est d’avoir mis la rencontre au centre», écrit Christian Salenson, prêtre et théologien catholique. La rencontre à égalité, la rencontre de réciprocité. Car Jean Vanier a compris qu’il ne s’agissait pas tant d’aider les personnes avec un handicap, comme d’en haut, mais d’être avec, de recevoir, et d’être mutuellement transformé.
Le célibataire Jean Vanier a mis en œuvre le principe évangélique: l’amour reçu et donné restaure, l’autre et soi. C’est le geste du lavement des pieds des disciples, par le Maître, qui l’exemplifie et qui est au cœur de la spiritualité de Jean Vanier. Un geste qu’il exigeait dans les célébrations œcuméniques comme voie alternative de rencontre. Aujourd’hui, on compte 152 communautés de l’Arche dans 37 pays, rassemblant plus de 5000 membres. Selon les mots d’un évêque lors des obsèques de Jean Vanier, ces communautés manifestent la «révolution de Jésus»: les derniers sont les premiers.

Michel Sommer

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