Les «thérapies de conversion» en sursis

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Polémique sur les réseaux

Mi-juin, Amazon a annoncé sa décision de retirer une série de livres écrits par des ex-homosexuels, notamment ceux d’Anne Paulk, de Joe Dallas et du psychologue catholique Joseph Nicolosi, auteur d’un programme de réorientation présenté comme une de ces «thérapies de conversion» potentiellement dangereuses. Un comité d’étude issu du Parti Républicain américain ou un collectif d’anciens homosexuels s’efforcent depuis d’obtenir que la plus grande librairie du monde fasse machine arrière.
L’an dernier, Facebook avait supprimé des publicités en faveur de programmes de réorientation. Elles apparaissaient sur les pages d’internautes homosexuels, à cause des algorithmes de publicités ciblées. Ils s’étaient plaints aux modérateurs.

Plusieurs organismes chrétiens et Eglises proposant un suivi aux personnes en cheminement sur leur identité sexuelle craignent pour leur liberté.

Une année après que le Parlement européen s’est prononcé contre les «thérapies de conversion», les pays leur emboîtent le pas. La France comme l’Allemagne envisagent une interdiction. Dans l’Hexagone, la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon planche sur un projet de loi; début juillet, cette dernière se réjouissait de l’ouverture de «la mission d’information sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle d’une personne». En Allemagne, le dossier devrait être débattu au Bundestag avant la fin de l’année. En Suisse, deux parlementaires ont déposé une motion pour interdire ces fameuses thérapies chez les mineurs.

Bien définir ce qu’on veut interdire
Pour Nancy Lefèvre, de la Commission juridique du CNEF, l’enjeu de la proposition de loi réside dans la définition de ce qui sera interdit. «Le terme de thérapie de conversion n’est pas une notion juridique. Avant d’interdire une pratique par la loi, il faudra la définir précisément afin qu’elle vise des actes que les victimes, la police et la justice peuvent identifier comme pénalement condamnables», déclare la juriste. Or pour son projet de loi, Laurence Vanceunebrock-Mialon a retenu la définition suivante: «Pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre et ayant pour effet l’altération de la santé mentale ou physique», tout en regrettant que la législation soit démunie face aux «thérapies qui prônent la chasteté».

Le droit actuel suffit
Selon Nancy Lefèvre, le droit actuel est déjà suffisant pour sanctionner les faits en question. A ses yeux, «proposer une nouvelle loi sur ce sujet, avec un nouveau délit à la clé, spécifiquement prévu pour le changement forcé de l’orientation sexuelle est de la “surenchère” juridique visant un effet médiatique et politique». Pour appréhender légalement le phénomène des thérapies de conversion, la commission juridique du CNEF préconise l’usage de délits de droit commun (violences, exercice illégal de la médecine, abus de faiblesse, etc.), éventuellement avec une circonstance aggravante liée à l’orientation sexuelle, plutôt que d’entrer dans l’inflation législative.

La même liberté d’évoluer que revendiquent les LGBT+
Si la loi était adoptée, qu’en serait-il de la liberté d’une personne en proie à un mal-être identitaire de solliciter une aide extérieure? Pour Nancy Lefèvre, c’est en effet le caractère «forcé» de la thérapie de conversion qui doit être le critère d’interdiction: « Si une personne désire de son plein gré être aidée, assistée, soutenue dans sa démarche de changement, elle doit disposer de cette liberté. Et ce, qu’il s’agisse d’un accompagnement spirituel, psychologique ou médical».
La juriste précise qu’interdire un tel accompagnement serait même contradictoire avec ce que les militants LGBT+ demandent, c’est-à-dire le libre choix de leur orientation sexuelle et de son évolution tout au long de la vie. «Il est donc nécessaire de conserver un cadre autorisé pour un accompagnement au changement d’orientation sexuelle volontaire, qu’il soit de l’homosexualité à l’hétérosexualité ou vice-versa», plaide la juriste.

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Le consentement, nœud du débat
C’est donc le consentement à la «thérapie de conversion» qui semble primordial et qu’il faudra prouver en cas de litiges. Or, comme le souligne Nancy Lefèvre, un point sensible du débat sera celui des mineurs soumis à l’autorité parentale. «En grignotant sur cette autorité parentale, les militants LGBT+ désirent amoindrir le poids de l’éducation religieuse dans le domaine de l’identité sexuelle». Car les grandes religions comme le catholicisme et l’islam, mais aussi le protestantisme évangélique, prescrivent une moralité sexuelle axée sur l’hétérosexualité.
Sur la question des mineurs, il ne semble pas nécessaire à Nancy Lefèvre de récrire la loi. En l’état du droit actuel, des parents ne seraient pas légitimés de forcer un adolescent à passer entre les mains d’un thérapeute aux méthodes violentes ou traumatisantes. «A contrario, à l’heure actuelle, un adolescent chrétien pourrait tout à fait exprimer le souhait, accompagné de ses parents, d’être soutenu dans une démarche de conseil et d’accompagnement concernant son orientation sexuelle», remarque la juriste.

Les associations spécialisées visées
Dans les colonnes du Figaro, Laurence Vanceunebrock-Mialon se dit prête à interdire l’existence d’associations chrétiennes comme Torrents de Vie ou Courage. Pour Nancy Lefèvre, il est impératif de sauvegarder la liberté des personnes homosexuelles ou d’autres orientations de trouver dans l’Eglise un soutien, si elles le désirent: «La liberté de religion inclut la liberté de choisir la prière, la confession, la relation d’aide et toutes activités spirituelles, dans le cadre religieux qui leur convient», note la juriste. Un fidèle doit rester libre de solliciter l’aide de son pasteur ou d’une association dans une démarche de résister à des attirances dont il ne veut pas et de vivre selon l’éthique sexuelle biblique.

Le dialogue est apaisé, selon le CNEF
Afin d’anticiper les débats que suscitera la future proposition de loi, le Service Pastoral du CNEF auprès de parlementaires a engagé depuis près d’un an un dialogue constructif auprès des députés associés à cette initiative. Cette démarche a permis, côté évangélique, de mieux comprendre les craintes que suscitent ces «thérapies» rares dans l’Hexagone, mais présentant de réelles dérives sur l’intégrité humaine dans certains pays. [Les témoignages parus dans les médias français ou en lien avec le film américain Boy Erased étaient de cet acabit ndlr.]
Pour leur part, les parlementaires ont intégré la dimension de «relation pastorale» légitime qu’une personne homosexuelle peut solliciter auprès d’un pasteur ou d’un accompagnateur spirituel. Du côté du CNEF, on espère aboutir à un texte de loi équilibré, respectueux des libertés de croyances individuelles. «Une meilleure information et une politique pénale cohérente suffirait à endiguer ces “thérapies de conversion” forcées et violentes que nous condamnons tout en préservant la liberté des personnes de choisir leur orientation sexuelle et l’accompagnement qui leur convient, notamment auprès de l’Eglise et des organisations chrétiennes», conclut Nancy Lefèvre.

Sandrine Roulet

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