Hong Kong défend ses droits

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Polémique sur les réseaux

Mi-juin, Amazon a annoncé sa décision de retirer une série de livres écrits par des ex-homosexuels, notamment ceux d’Anne Paulk, de Joe Dallas et du psychologue catholique Joseph Nicolosi, auteur d’un programme de réorientation présenté comme une de ces «thérapies de conversion» potentiellement dangereuses. Un comité d’étude issu du Parti Républicain américain ou un collectif d’anciens homosexuels s’efforcent depuis d’obtenir que la plus grande librairie du monde fasse machine arrière.
L’an dernier, Facebook avait supprimé des publicités en faveur de programmes de réorientation. Elles apparaissaient sur les pages d’internautes homosexuels, à cause des algorithmes de publicités ciblées. Ils s’étaient plaints aux modérateurs.

Depuis début juin, la population de Hong Kong se mobilise pour défendre l’indépendance de la justice et la démocratie.

«Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu», a menacé un haut responsable chinois après la grève générale du 5 août et les violences en marge d’une nouvelle manifestation à Hong Kong. Depuis début juin, l’ex-colonie britannique de sept millions d’habitants traverse sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.
Les manifestations massives ont débuté contre un projet de loi ayant pour but d’autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Selon le principe «un pays deux systèmes», la mégapole est sensée garder une certaine autonomie jusqu’en 2047 et un système démocratique. Mais dans les faits, la réalité est autre.

Problème d’autonomie judiciaire
«C’est le scénario le plus pessimiste qui s’est réalisé», déplore Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School et spécialiste de la Chine. «Hong Kong est devenue une ville chinoise. D’une certaine manière on est passé d’une colonie britannique à une colonie chinoise.» Le chercheur souligne un grave problème d’autonomie judiciaire dans la région administrative spéciale de la République populaire de Chine (RPC).
«Depuis plusieurs années, les Hongkongais perçoivent une érosion des garanties inscrites dans la formule “un pays deux systèmes”, notamment du “haut degré d’autonomie” promis à Hong Kong: c’est l’une des raisons de la mobilisation actuelle», décrit Sebastian Veg sinologue et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. Cette remise en cause de l’indépendance de la justice pourrait avoir de fortes répercussions sur le statut de centre d’affaires et financier de Hong Kong, assure le sinologue. «Avec la mobilisation actuelle, l’érosion connaîtra peut-être un répit, même si à long terme il sera difficile de résister aux projets de Pékin. L’hypothèse la plus probable reste sans doute une érosion plus ou moins lente plutôt qu’une remise en question frontale.»
Et cela dans l’indifférence des principales démocraties occidentales. Philippe Le Corre pointe les problèmes multiples que soulève la superpuissance chinoise au niveau international: Taïwan, la lutte contre la contrefaçon, les nouvelles routes de la soie, les aides étatiques chinoises aux entreprises, le contrôle de la mer de Chine, le Xinjiang, etc. «Hong Kong n’est qu’un sujet parmi d’autres. Les pays occidentaux choisissent les sujets à aborder avec la Chine et privilégient les sujets économiques.»

«Sing Alleluia»
Cette lutte des Hongkongais serait-elle une cause perdue? «Je suis pasteur et évangéliste, mais pas prophète, je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir, mais nous nous mobilisons pour que nos droits soient garantis et que notre statut de région administrative spéciale soit respecté. Beaucoup de promesses ont été faites, elle doivent être tenues», déclare le pasteur baptiste Youngman Chan, mobilisé dans les manifestations en tant que «berger» et «citoyen».
Dès la mi-juin, la presse internationale a largement relayé des images des manifestants chantant le cantique évangélique «Sing Alleluia», composé par Linda Stassen en 1974. «Ne nous trompons pas, les chrétiens ne sont pas à l’initiative des manifestations», tempère Youngman Chan, déjà mobilisé lors du mouvement pro-démocratie de 2014, dit «Révolution des parapluies». «Les manifestants, ce sont d’abord des citoyens de Hong Kong qui sont contre la cheffe de l’exécutif (Carrie Lam, ndlr) et cette proposition de loi sur l’extradition qui n’a, à l’origine, rien à voir avec les chrétiens». Quand les manifestations ont commencé, avec un groupe d’autres pasteurs, Youngman Chan, et de nombreux chrétiens ont voulu prier pour la paix et «partager leur amour» aux manifestants comme à la police. «Il y a eu ce chant “Sing Alleluia” que tout le monde a repris par la suite», se réjouit le pasteur.

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La liberté religieuse pas (encore) remise en cause
Le sinologue Sebastian Veg relève l’implication de certaines confessions historiquement liées au mouvement démocratique, notamment les catholiques, avec le cardinal émérite Joseph Zen. «D’autres congrégations sont moins mobilisées, comme l’Eglise anglicane, davantage cooptée par Pékin: l’archevêque anglican Paul Kwong, siège à la Conférence consultative politique du Peuple chinois, la seconde assemblée au rôle consultatif de la RPC.» Selon lui, la question de la liberté religieuse sous le régime communiste chinois est néanmoins un facteur de mobilisation de la communauté chrétienne, qui représente près d’un Hongkongais sur dix.
Youngman Chan et Philippe Le Corre l’affirment: pour l’instant la liberté religieuse n’est pas remise en cause. Pourtant, pour le pasteur, les chrétiens doivent se mobiliser: «Je vois ces jeunes dans la rue et j’applaudis leur soif de justice. Je partage leur tristesse, je comprends leur colère mais je n’approuve pas la violence. Je veux être un berger pour eux et les encourager à manifester de la meilleure des façons.»
Selon lui, ces manifestations historiques, comme celles de 2014, ont secoué l’Eglise. «Cela nous a mis au défi de l’interprétation des Ecritures et de l’apprentissage d’une bonne théologie, notamment sur l’implication des chrétiens dans la société. Nous ne devons pas avoir une mauvaise lecture de la séparation des Eglises et de l’Etat. C’est différent de la séparation de la religion et de la politique, tel que c’est interprété par Pékin». Le pasteur appelle chacun à chercher à faire le bien et à persévérer dans la prière. 

David Métreau

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