Jeûne fédéral, une ressource négligée

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Aujourd’hui, le Jeûne fédéral garde-t-il son sens dans une société séculière? Comment le reprendre au sérieux?

Comme chaque année depuis 1832, les Suisses s’apprêtent à commémorer le Jeûne fédéral le 15 septembre prochain. Pour la plupart des concitoyens, cette date ne se résume qu’à un week-end prolongé. «On a perdu la signification biblique du Jeûne qui s’est rétréci, pour ce jour-là, à l’habitude de consommer de la tarte aux pruneaux!», se désole Jean-Pierre Besse, pasteur réformé à la retraite et engagé dans le mouvement «Prière pour la Suisse».
Philippe Corthay, œnologue et intercesseur pour le pays, demeure convaincu de l’importance du Jeûne. Celui-ci serait pour lui «une occasion de réaffirmer le message biblique et d’inviter nos concitoyens à réfléchir aux enjeux actuels de notre pays». En ce sens, il resterait ce «jour de conscience», tel qu’il fut défini par le poète Gottfried Keller.

Aux chrétiens de montrer l’exemple
«On parle beaucoup aujourd’hui des vertus du silence, du recueillement, de l’écoute. On s’interrogation sur le sens de la marche du monde, etc. Ce sont des points d’ancrage pour un appel», commente Jean-Pierre Besse, tout en reconnaissant que ce sont les chrétiens engagés qui peuvent pleinement saisir la nécessité d’une reprise au sérieux de cette journée de Jeûne. Pourtant, lorsqu’on interroge les Eglises locales à ce sujet, force est de constater que le Jeûne fédéral est rarement marqué par une action particulière.
Le mouvement Prière pour la Suisse a organisé, par le passé, des journées à l’occasion du Jeûne. C’est la difficulté à rassembler les différentes confessions et une certaine lourdeur administrative qui ont freiné cet élan. Toutefois, l’intercession pour le pays reste au cœur de leur mission et une journée de prière et de louange aura lieu le 7 septembre au Chasseral.
Selon Michaël Muztner du Réseau évangélique suisse, il n’y a pas de projet rassembleur pour le moment à cette occasion, mais le RES pourrait bien se pencher sur la question à l’avenir.
Philippe Corthay rappelle les trois axes fondamentaux du Jeûne fédéral que sont la reconnaissance, la repentance et l’intercession. Selon lui, cette journée doit rester une démarche communautaire de gratitude pour les conditions favorables dans lesquelles les chrétiens vivent en Suisse. «La reconnaissance prépare à la louange, à ouvrir nos cœurs à Dieu et à nous amener à confesser les péchés que nous avons identifiés. En comprenant ce que Dieu nous appelle à changer, nous pouvons entrer dans une démarche d’intercession qui perdure toute l’année.»

Interpeller les autorités
La pratique du jeûne développe la sensibilité spirituelle et ouvre à l’écoute de la «voix discrète du Saint-Esprit», ajoute-il. Il invite à prier pour les autorités, à les encourager et à les interpeller.
Ainsi, en 2011, 89 parlementaires de différents partis avaient signé un appel à la prière et à la repentance pour le pays. Pour Jean-Pierre Besse, un renouveau du Jeûne fédéral pourrait passer par une participation d’acteurs politiques ouverts à cette démarche et un rassemblement large des Eglises confessantes et des Juifs.
Jean-Pierre Besse souhaite que Dieu suscite des personnes pour «lancer un appel pour un retour à l’Eternel en ces temps troublés marqués par un vide spirituel». Si elle y répondait, conclut Jean-Pierre Besse, «la Suisse, par sa situation géopolitique, pourrait être comme un “essieu spirituel” pour l’Europe.»

Nathania Clark

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