«C’est d’abord aux familles de faire des disciples»

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Pacte numérique en famille

Internet, les réseaux sociaux et les smartphones ne vont pas disparaître! Quand nos enfants sont plus jeunes, nous devons définir les limites pour leur protection et leur bien-être. Cependant, avec le temps, ces limites deviennent moins efficaces («Okay Google, comment enlever le contrôle parental de ma PlayStation?»).
Le plus prometteur est de définir certaines limites pour toute la famille et d’en discuter régulièrement ensemble. Appelez cela un pacte de famille numérique! Travaillez ensuite dur pour vous soutenir mutuellement à le respecter.

Terry Williams (photo en médaillon) est sollicité dans le monde entier pour former parents et moniteurs d’école du dimanche à la transmission de la foi. Orateur principal de la Boîte à outils fin septembre en Suisse, il a accordé un entretien exclusif au Christianisme Aujourd’hui. Le point.

Pourquoi un nombre croissant d’enfants nés dans les familles chrétiennes ne «suivent-ils pas»?
L’éclosion du mouvement d’école du dimanche il y a plusieurs siècles a vu l’Eglise prendre la responsabilité de l’éducation chrétienne des jeunes. Cette stratégie missionnaire s’est rapidement imposée au monde entier. Aujourd’hui encore, l’Eglise continue de se positionner comme principal vecteur de formation spirituelle des mineurs. Ce faisant, elle ignore l’importance de la formation biblique qui relève de la famille. Cette réalité s’est accentuée avec la montée en puissance des ministères spécialisés dans l’enfance et la jeunesse, salariés par les Eglises locales.

Que faisons-nous faux?
Il est urgent de retrouver le rôle de la famille dans la vie de disciples. Les plus importants influenceurs du développement holistique des enfants demeurent les parents.
Le temps est devenu une denrée précieuse - et la façon dont nous l’utilisons reflète nos priorités. Les parents investissent à juste titre dans la préparation de leur progéniture à sa carrière et à son avenir. Mais qu’en est-il de leur investissement pour la formation morale et spirituelle de leur enfant? Si l’Eglise se soucie de la formation spirituelle des enfants, elle doit commencer par se préoccuper de la formation spirituelle des parents.
Le pédagogue John Westerhoff affirme sans détour que «le paradigme de l’enseignement scolaire est en faillite. La foi ne peut être enseignée par aucune méthode d’enseignement; nous ne pouvons qu’enseigner la religion. La foi peut en revanche être inspirée au sein d’une communauté de foi.»

Eglise, parents ou absence de révélation divine: qui a échoué?
Pour mieux comprendre certaines causes profondes de notre situation actuelle, nous devons retirer nos lunettes occidentales du 21e siècle et retrouver la compréhension biblique de la «famille». Plusieurs mots en hébreu ont été traduits par «famille» dans nos Bibles modernes. Les deux mots les plus couramment utilisés nous donnent deux objectifs clairs, qui nous permettent d’acquérir une compréhension plus globale de la «famille».
Le mot racine beyth, utilisé plus de deux mille fois, signifie «ménage», ce qui va au-delà des liens de naissance et d’adoption. Le deuxième mot le plus couramment utilisé est mishpakhah, qui porte en lui le sens de «tribu, clan ou communauté»; il s’agit en réalité d’un lien de parenté qui unit les gens à une cause commune.
La formation spirituelle est la responsabilité conjointe des foyers et des communautés religieuses qui travaillent ensemble pour former des disciples de Jésus, tout au long de leur vie.
Une partie de «l’échec actuel» relève du fait que la «transmission» d’informations sur la foi a surclassé les expériences de «formation» qui enrichissent la foi. La «révélation» ne se limite pas à la Parole écrite de Dieu. Elle découle également des riches expériences de vie et de foi influencées par des pairs et des mentors, d’expériences mémorables, de projets de service, de vie personnelle, etc.

Pensez-vous que les Eglises prennent les enfants assez au sérieux?
Des recherches statistiques laissent présager une grave crise mondiale du discipulat. Se pourrait-il qu’elle soit liée à notre accompagnement spirituel des enfants? Tant que nous continuons à décider des besoins des jeunes sans le leur demander, à mettre les enfants sur scène pour jouer devant des adultes plutôt que de les inviter à nous guider dans le culte, de séparer systématiquement les activités adultes-enfants, l’impact ne va pas changer.
Prendre les enfants au sérieux, c’est s’intéresser aux grandes questions de leur monde et les reconnecter avec la sagesse des anciens.

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Comment concrètement?
Certains chercheront à trouver des familles modèles dans la Bible. Mais comme à l’époque des récits bibliques, nous vivons dans un monde marqué par les cœurs et les foyers brisés.
Je suis convaincu que les parents demeurent les agents clés. Le rôle de l’Eglise est de former et soutenir les parents dans cette mission. Autrement dit, la formation spirituelle des enfants commence par la formation spirituelle de leurs parents.
Une des raisons courantes pour lesquelles les jeunes quittent l’Eglise et la foi, c’est, disent-ils, que «mes parents et l’Eglise n’ont pas répondu à mes questions». En réalité, aucun espace pour explorer ces questions n’était prévu. A l’ère du relativisme, il est plus important que jamais que les ménages explorent ensemble la foi et trouvent des moyens de la concrétiser en famille et en communauté.
Cette démarche devrait se produire aussi naturellement que ce que Moïse décrit dans Deutéronome 6,7: autour de la table, en voiture, en ballade, etc. Plus de discussions, moins de débat. Plus de prières ensemble, moins de prédication. Plus de «nous», moins de «nous et les autres». Moins de programmes, plus d’intentionnalité.

Etes-vous confiant pour la transmission de la foi aux prochaines générations?
Je suis encouragé par le foisonnement de réflexions autour de cette question et par les nombreuses initiatives mises en place autour d’une approche intergénérationnelle.
Là où je suis plus pessimiste, c’est en voyant que l’Eglise ne s’adapte pas aux besoins actuels. C’est comme si elle continuait à voir la transmission avec des lunettes anciennes, à l’époque où le christianisme était au centre de la vie culturelle occidentale.
Sans vouloir charger encore les responsables d’Eglises, nous devons reconnaître l’influence qu’ils exercent sur leurs congrégations. Mon désir profond est de voir ces hommes et ces femmes explorer avec sérieux et Bible en main des stratégies dirigées par l’Esprit qui produisent de meilleurs résultats que ceux que nous présentons aujourd’hui dans nos efforts pour la formation de la foi.

Propos recueillis par Christian Willi

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