La "Français courant" fait peau neuve

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«La Bible se lit beaucoup plus difficilement qu’un autre livre», constate avec regret Dimitri Balasoiu. La faute selon lui à la typographie, aux colonnes, aux numéros de versets et de chapitres et aux nombreuses notes. Jeunes professionnels dans les domaines des mathématiques et de l’informatique Dimitri Balasoiu et son ami Benjamin Narang, passionnés par le texte biblique, ont décidé de développer le site «Sola scriptura» qui propose «une lecture fluide» et une «immersion plus facile dans le texte».
«On peut lire en ligne, télécharger le PDF d’un chapitre, d’un livre de la Bible, choisir sa taille de caractère et éventuellement l’imprimer, avec seulement le texte vierge». Une façon pour Dimitri Balasoiu de repérer lui-même la structure des écrits et de les lire de façon linéaire plutôt que verset par verset, «tels qu’ils étaient lus du temps des premiers chrétiens». La Société Biblique de Genève leur a accordé les droits d’utilisation de la version Second 21 pour deux ans. Les initiateurs de Sola scriptura envisagent de proposer d’autres version à l’avenir. David Métreau

La Nouvelle Bible en Français Courant sort ce mois, après trois ans de travail. L’occasion de revenir sur le processus de révision d’une telle traduction.

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer une nouvelle révision de la Bible. Katie Badie est directrice éditoriale à l’Alliance Biblique Française (ABF), la maison d’édition à l’origine des bibles en français courant mais également de plusieurs autres traductions. Elle explique qu’une langue évolue et que, par conséquent, les bibles, en particulier celles ayant fait le choix d’un langage contemporain, vieillissent assez vite. Elle estime ainsi qu’«une version de la Bible nécessite une révision tous les vingt-cinq ans environ», ce qui équivaut plus ou moins à une génération. Pour autant, ce délai n’est pas gravé dans le marbre non plus. La Bible du Semeur, éditée par Excelsis, n’a connu que quinze ans d’écart entre ses deux dernières éditions.
Une autre raison avancée par Katie Badie pour justifier de telles révisions est que «la Bible se travaille tout le temps». Qu’il s’agisse du fruit de la recherche universitaire ou de découvertes archéologiques, ces éléments permettent d’affiner la compréhension des Ecritures et doivent être régulièrement mis à la disposition du public.

Des processus différents
D’un projet à l’autre, le processus de révision et sa durée ne sont pas identiques. Pour la version de la Bible du Semeur parue en 2015, l’équipe restreinte était composée uniquement d’évangéliques et sensiblement la même que celle qui avait collaboré précédemment. Pourtant, d’après Sylvain Romerowski, théologien, membre de son comité de traduction, le travail sur une traduction à équivalence dynamique est plus complexe que pour une traduction littérale. En effet «il faut se poser de nombreuses questions sur le sens exact du texte».
Pour l’actualisation de la Bible en français courant, un projet œcuménique, l’ampleur du travail était plus conséquente car l’ABF a souhaité une révision en profondeur. Une soixantaine de personnes se sont impliquées. Les effectifs ont aussi été largement renouvelés car, comme l’explique Katie Badie, «il est préférable de changer complètement les réviseurs entre deux révisions». L’ensemble du processus a pris un peu plus de trois ans.
Parfois, cela peut être beaucoup plus long. La Segond 21 ainsi mit douze ans à voir le jour. Viviane André, qui en a coordonné la révision pour la Société Biblique de Genève, en donne les raisons : «Nous avons connu un changement de directeur et, en cours de route, nous avons changé d’optique et considéré qu’il fallait aller plus loin.»

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Des modifications variées
Une révision touche différents aspects du texte biblique. Il peut s’agir d’harmonisations de forme mais aussi de modifications plus profondes. Dans la Nouvelle Français courant (NFC), l’Evangile de Jean a connu un certain nombre de remaniements pour essayer de lui redonner un caractère plus poétique.
Parfois, les réviseurs reviennent sur des choix antérieurs. La Bible du Semeur a ainsi réintroduit l’expression habituelle de «craindre l’Eternel» après avoir opté pour «révérer l’Eternel» dans sa version précédente. Certaines formulations sont abandonnées aussi pour éviter les polémiques. Vous ne retrouverez plus «frères de race» pour désigner les Israélites dans la NFC.
Quoi qu’il en soit, le processus de révision d’une traduction est un travail collectif. Sylvain Romerowski, qui a été interrogé sur quelques points pour la Nouvelle Bible Segond, signale que «l’avis de personnes consultées n’est pas toujours suivi». Si un accord est recherché, c’est le comité et l’éditeur qui ont le dernier mot.

Le travail de réviseur
Une fois le projet d’adaptation terminé, ce sont des centaines de milliers - voire des millions - de personnes qui vont avoir cette traduction de la Bible entre les mains. La responsabilité est grande pour les équipes de réviseurs. Viviane André est pleinement consciente de l’enjeu mais pas moins passionnée : «C’est enthousiasmant de participer à faire connaître l’Evangile !».
Par moment, le travail peut aussi s’avérer fastidieux lorsqu’il s’agit de vérifier que toutes les modifications ont bien été prises en compte. «On a un peu le sentiment d’être les scribes d’aujourd’hui», s’amuse Katie Badie, tout en reconnaissant que «les outils numériques facilitent quand même bien la tâche».

Un travail sans fin
Une langue n’arrêtant pas d’évoluer, il faut constamment remettre l’ouvrage sur le métier. Il est ainsi d’ores et déjà prévu, dans les prochains temps, des mises à jour de la Segond 21 et de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB). Par ailleurs, au-delà du texte biblique lui-même, il est aussi nécessaire de retravailler régulièrement les notes des Bibles d’étude. Le travail d’actualisation semble sans fin.
En règle générale, suite à une révision, la traduction précédente n’est plus éditée, à plus forte raison s’il s’agit d’une Bible en langage contemporain. Néanmoins, «tout dépend de la demande du public», précise Katie Badie. «Il arrive que les gens soient attachés à certaines versions.» C’est ainsi que la Colombe continue à bien se vendre alors même que la Nouvelle Bible Segond lui a succédé.

Nicolas Fouquet

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