Témoins aux «portes de l’enfer»

image: Témoins aux «portes de l’enfer»
© DR
Le Hellfest est l’un des cinq plus gros festivals de France, toutes musiques confondues. Depuis trois ans, des chrétiens métalleux s’y rendent pour évangéliser. Entretien avec Jean-Daniel Bonnetot (photo en médaillon), l’un des cinq fondateurs de la Metal Mission.

Qu’est-ce que le Hellfest?
Le Hellfest est le plus gros festival de musique métal en France. Il a lieu tous les ans près de Nantes et rassemble environ 60 000 personnes par jour sur trois jours. Sa particularité est qu’il est quasiment indépendant sur le plan financier. Il ne reçoit que peu de subventions comme le métal fait peur et n’est pas une priorité pour la culture en général.

Qu’y faites-vous avec Metal Mission?
C’est une action d’évangélisation que nous menons une fois dans l’année, en partenariat avec Jeunesse pour Christ et Jeunesse en Mission. Notre objectif est d’aller à la rencontre des métalleux et de leur partager l’Evangile. En missiologie, c’est un public que l’on peut, d’une certaine manière, qualifier de peuple non atteint. C’est un milieu dans lequel il n’y a pas vraiment d’évangélisation.

Qui sont les participants à la mission?
Nous avons commencé à cinq en 2017 et nous étions dix-sept en 2019. Nous sommes tous métalleux ou l’avons été. C’est une nécessité pour nous de bien connaître le milieu. Le zèle pour la mission ne suffit pas. On achète nos billets comme tout le monde. On fait de l’évangélisation une bonne partie de la journée et le soir on profite des concerts. Comme on a une approche de métalleux parmi les métalleux, on n’est pas des intrus et on n’est pas mal reçus.
En 2018, l’un des festivaliers nous a conforté dans notre façon de faire en nous disant : «Merci, vous nous avez apporté la lumière sans nous éblouir.»

--PAGE--

Comment abordez-vous les gens?
Nous avons construit un questionnaire avec des références metal et orienté spiritualité. C’est plutôt fun et ça nous permet de nous intéresser sincèrement aux gens. La dernière question est tournée de manière à pouvoir offrir gratuitement une Metal Bible [texte du Nouveau Testament inséré directement au milieu du témoignage de métalleux chrétiens et des parcours de conversion de musiciens et d’anciens satanistes ndlr]. On ne la donne que si les personnes s’engagent à ne pas la jeter.

Est-ce que vous ressentez un combat spirituel particulier?
L’un des fondateurs du camp est missionnaire à l’année. Il nous dit qu’il est plus facile d’évangéliser au Hellfest que sur la place Bellecour, à Lyon, où il habite. Une des explications qu’il donne, c’est que les métalleux ont une conscience de la spiritualité car elle est véhiculée dans les textes et codes du metal.
Inversement, pour Monsieur et Madame Tout-le-monde, la question de la spiritualité n’est pas du tout une préoccupation. On a ainsi pu distribuer neuf cent Bibles en trois jours cette année.

L’univers du métal est gothique, païen et parfois carrément occulte. Les journaux s’en font écho : Hellfest a ouvert «les portes de l’enfer»…
La part de métalleux qui est vraiment baignée dans l’occultisme est infime, tant parmi le public que parmi les groupes. Sur 2 000 contacts cette année, il n’y a que deux rencontres où nous étions clairement en présence de satanistes. Le reste, c’est de la provoc’ et du folklore. En général, ça marche, puisque ça offusque et fait peur aux gens.

Vous ne voyez donc pas d’incompatibilité entre métal et foi?
Le métal, c’est une esthétique. Dans la Bible, je ne vois aucun passage qui définisse un style de musique qui soit plus «chrétien» qu’un autre. Il n’y a donc pas d’incompatibilité en soi. C’est davantage sur les messages qu’il faut faire attention.
Dans l’équipe, nous avons tous des seuils de tolérance placés à des niveaux différents. Ça relève de la conviction de chacun et nous avons cette règle en interne qui stipule de ne pas juger ce que l’autre a le droit d’écouter ou non.

Votre discours et votre ouverture ne feront sans doute pas l’unanimité...
C’est l’un des autres objectifs que nous nous sommes fixés : nous voulons participer à faire changer le regard sur les métalleux. Les Eglises doivent être prêtes à les accueillir. Ce n’est pas le métal que nous voulons faire aimer aux chrétiens mais les métalleux. Christ n’a jamais fait de différence. Les métalleux sont des pécheurs comme les autres et ils ont tout autant besoin d’être sauvés. Les chrétiens doivent arriver à passer au-dessus du tee-shirt noir et des cheveux longs. 

Propos recueillis Nicolas Fouquet

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°