Les espèces sont en voie de disparation

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Les sociétés développées se détournent toujours plus du cash. Rien n’arrête le progrès... Certains pointent toutefois un risque de recul massif des libertés individuelles, sans parler d’une monnaie toujours plus virtuelle: dénuée de valeur réelle. Analyse.

Et si le monde de demain fonctionnait sans pièces de monnaie ni billets de banque, devenus des pièces de collection comme les disquettes ou les vieux téléphones à fil?
Globalement, les transactions dématérialisées ont explosé. L’avènement des taux négatifs et du Bitcoin ont accéléré cette tendance. Dans le concret, la politique monétaire actuelle pourrait entraîner cette nouveauté paradoxale: que l’achat d’une nouvelle paire de jeans revienne plus cher si vous la payez en liquide que par carte de crédit. Le prix de l’étiquette serait mis à jour en fonction de l’évolution des taux d’intérêts. C’est le très sérieux FMI qui l’annonce dans une étude récente.

La pression va s’amplifier
Jean-Pierre Graber, auteur des Périls totalitaires en Occident (auto-édition), juge que la pression en faveur de la numérisation absolue des transactions financières ne fera que s’amplifier. «Deux facteurs essentiels expliquent cette évolution irréversible: d’une part, la mondialisation des échanges. D’autre part, les avancées techniques qui permettent déjà de se passer des pièces de monnaie et de billets de banque pour effectuer la plupart des paiements.»
Au premier coup d’œil, le paiement dématérialisé est très pratique. Plus de risque de perdre ses valeurs en cas de perte ou de vol de son portefeuille. Et les transactions se font de façon toujours plus rapides: en tout temps, en tout lieu. Jean-Pierre Graber, avec d’autres, est pourtant convaincu d’une grande menace pour la sphère privée de même que pour les libertés individuelles.

Contrôle financier total du citoyen
Kurt Bühlmann, formateur financier des cours chrétiens Compass, fait aussi partie de ceux qui tirent la sonnette d’alarme: «La perspective d’un commerce sans espèces annonce un contrôle financier total du citoyen.»
Pourquoi donc les libertés individuelles seraient-elles concernées? «La suppression attendue de la monnaie permettra à l’Etat de tout connaître de notre situation financière, nos créanciers et les destinataires de nos paiements. Il pourra, entre autres, savoir qui profite de nos libéralités, quelle Eglise ou ONG vit de notre générosité», indique Jean-Pierre Graber. Il ajoute que «depuis une vingtaine d’années, on assiste déjà à un accroissement de l’identification virtuelle mais aussi réelle de nos achats, de nos ventes, de nos transactions, de nos déplacements, de notre présence dans l’espace public et même de nos idées et opinions religieuses, philosophiques et politiques! Notre présence sur Facebook, Twitter ou Instagram laisse des traces indélébiles!» En d’autres termes, se pointe selon le politologue un contrôle de toutes les activités humaines et même de ce que pense l’individu.

Où l’on reparle des micropuces
La réalité, c’est que l’histoire est déjà en marche. Chaque fois, le confort et ou la sécurité sont invoqués pour justifier les changements. En Inde, l’argument de la lutte contre le marché noir a été mis en avant pour justifier le retrait récent des grandes coupures.
Alibaba, «l’Amazon chinois» a développé «Smile to pay», un système de reconnaissance faciale, comme moyen de paiement. Aucun pays n’est à l’abri de cette évolution.
Autre exemple fameux et souvent cité: la puce implantée sous la peau. «Elle a d’abord été utilisée lors de la Guerre du Golfe en 1991. Elle a été testée et implantée sur des militaires, des employés du gouvernement et sur du personnel d’entreprise. En Australie, des banques et leur personnel ont accepté la microchip, qui leur est implantée d’office», rappelle Jean-Pierre Graber. Ce qui hier encore n’était que science-fiction est aujourd’hui déjà toujours plus réel. A ses yeux, le doute n’est pas permis. «Nous assistons à la réalisation graduelle de cette prophétie de l’Apocalypse, selon laquelle plus personne ne pourra acheter ni vendre sans une marque au front ou sur la main droite – la marque de la Bête.»

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Le troc comme solution de repli
Quelle solution reste-il à ceux qui n’auront pas accès au système et qui souhaiteront ne plus en faire partie? Vivre sans argent, l’expérience a déjà été tentée par des convaincus, originaux désireux de s’extraire de la société de consommation. On retrouve leurs témoignages dans la presse alternative.
Certains observateurs estiment par exemple que le troc reviendra en force. L’économiste Laurent Cretegny, qui a notamment travaillé pour la Banque mondiale, rappelle que les cigarettes ont été utilisées comme monnaie d’échange durant la Deuxième Guerre mondiale. D’autres biens, produits ou services qui prendront de la valeur pourraient donc servir de monnaie d’échange en cas de crise.

Le métal n’est pas mort
Kurt Bühlmann fait partie de ceux qui planchent sur des alternatives structurées. Pivot de son système, une coopérative permet de placer son argent dans un fonds garanti par l'argent (métal précieux). L’épargnant se voit garantir une contre-valeur aux sommes qu’il aura déposées. «Les participants pourront toujours récupérer du métal précieux ou effectuer des transactions par le biais de leur compte. Ils achèteront et vendront, ils recevront de l’argent et le paieront en dehors du système bancaire, avec d’autres épargnants de la coopérative.
Cela fait une vingtaine d’années que Kurt Bühlmann dénonce les effets de la disparition du gold standard en 1971 aux Etats-Unis (1992 en Suisse), à savoir la couverture-or qui garantissait la valeur de la monnaie. Cette garantie est remplacée en grande partie par de la dette, emprunt sur l’avenir, comme moyen de financement. «La monnaie actuellement en circulation n’a plus aucune contre-valeur, donc aucune valeur intrinsèque. C’est un chèque en blanc, du papier, dont la “valeur” dépend uniquement de la confiance qu’on lui accorde», prévient-il.

L’histoire à rebours
Ces chrétiens inquiets pour leur liberté et ces «minimalistes» soucieux de revenir aux vraies valeurs paraissent prendre l’Histoire à rebours. Au quotidien, cette quête les poussera à retrouver des pratiques d’antan. 

Christian Willi

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