Et si les chrétiens étaient les mieux équipés pour assurer la durabilité?

image: Et si les chrétiens étaient les mieux équipés pour assurer la durabilité?
© iStockphoto

«Durabilité», ce néologisme s’est imposé au monde de l’entreprise, avec ses dimensions écologique et sociale. Un panel d’entrepreneurs croyants témoignent que pour eux, ces concepts viennent naturellement.

La durabilité est un mot qui revient de plus en plus fréquemment dans la presse économique et dans la bouche d’entrepreneurs de premier plan.
S’il évoque le développement durable, un terme popularisé dans les années 1990, la notion de durabilité est plus large et plus ancienne que son application actuelle à la préservation de l’environnement. Elle a été théorisée par Hans Carl von Carlowitz, un protestant allemand du 18e siècle et inspirée par sa foi. Ce dernier avait notamment mis en œuvre des moyens pour assurer la pérennité de la culture du bois en assurant une utilisation «continue, cohérente et durable» de la ressource. Synonyme de pérennité, cette valeur s’applique également dans les entreprises aux relations avec les employés, clients et fournisseurs. Pourquoi les entrepreneurs chrétiens d’aujourd’hui devraient-ils davantage s’y intéresser?

Un mandat pour l’humanité entière
Pour Sandra Lo Curto et Natasha Pittet, copropriétaires de l’agence de traduction Scribe installée à Bienne et membres de l’association des Entrepreneurs chrétiens suisses, la réponse est une évidence: «La foi chrétienne nous enseigne précisément qu’il est de notre devoir de prendre soin de la Terre et de tout ce qu’elle contient, parce que Dieu les a créés et nous les a confiés. Mais “nous”, cela ne signifie pas seulement notre génération, mais toute l’humanité jusqu’au retour du Christ.» Cette réflexion est selon elles «plus actuelle que jamais».

En deux mille ans, notre foi a prouvé sa durabilité
Lionel Brenac, dirigeant d’une PME de métallurgie dans l’Ouest de la France et membre protestant du mouvement œcuménique des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, assure que la durabilité a un lien «évident» avec la foi. «Cette foi a plus de deux mille ans, elle est intemporelle, éternelle», note-t-il. «La notion de durabilité est également associée au capital. Celui-ci met du temps à acquérir, à rembourser», indique par ailleurs l’entrepreneur. Dans l’industrie lourde, les investissements sont de longue durée, souvent sur plusieurs décennies.

Les affaires au service de l’être humain
A une époque où les notions d’engagement, de persévérance et responsabilité laissent souvent place à l’immédiateté, les entrepreneurs chrétiens ont-ils un modèle alternatif à proposer? «Sur le plan humain, je considère qu’un homme a besoin de gagner sa vie et à ce niveau-là, le minimum de durabilité, c’est la vie professionnelle de l’employé, soit une quarantaine d’années», estime Lionel Brenac. Selon lui, la responsabilité sociale d’une entreprise est une évidence. Il en fait une volonté personnelle. «Cela va à contresens de l’idée que la personne est jetable, remplaçable. En tant que chef d’entreprise qui a la foi, les affaires doivent être au service de l’être humain.»
Les dirigeantes de l’agence Scribe comparent quant à elles l’entreprise à un «organisme qu’il s’agit de faire vivre». «Les organes sont les salariés, les fournisseurs, les clients et aussi les actionnaires. Une entreprise saine vise la stabilité pour chacun. Ce principe s’applique tant à la très petite entreprise qu’à la multinationale. Garder en tête et appliquer ces valeurs, c’est bon non seulement pour l’entreprise, mais aussi pour l’économie et la société en général», assurent Sandra Lo Curto et Natasha Pittet.

--PAGE--

Résultat payant
Ce constat, Jean-Daniel Bill, patron du garage du Vernay à Gland, le partage. «C’est compliqué de durer et d’apporter une satisfaction aux clients comme aux salariés, si l'on est seulement motivé par le gain immédiat.» Pour le garagiste, sa foi chrétienne l’a conduit à construire «une entreprise solide, en travaillant honnêtement, avec confiance, sur la durée». Il ajoute: «Le Seigneur honore quand on fait les choses de façon honnête.»
Diriger une entreprise c’est vouloir sa pérennisation et un engagement dans la société, estiment Sandra Lo Curto et Natasha Pittet. «Nous sommes convaincues que l’engagement personnel se ressent aussi dans le résultat du travail. Ceci dit, c’est souvent dans les petits gestes que nous vivons notre conception éthique des affaires.»

La qualité est une histoire de temps
Pour revenir à Hans Carl von Carlowitz, son principe économique de la gestion des forêts a changé la donne. Il a obligé à garder un œil sur l’avenir, à faire un inventaire minutieux des ressources (les arbres plantés en l’occurrence), à récolter des graines, planter de nouvelles forêts, etc. Ce processus demande du temps, de la confiance en l’avenir et de la patience. Cette démarche se retrouve chez Jean-Daniel Bill quand il s’agit par exemple de recruter.
«Beaucoup d’entreprises ne veulent plus engager de jeunes, pour ne pas avoir à les former. Nous avons fait le choix inverse. Nous prenons plus de jeunes, dans l’objectif de les construire professionnellement, de leur donner un chance, de les former pour l’avenir. Ma foi en Christ joue un rôle dans ces décisions.»
Comme en sylviculture, accompagner les jeunes pousses, c’est préparer et investir dans l’avenir. 

David Métreau

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°