Eglises face au handicap: un bref état des lieux

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Le début du mois d’octobre est l’une des périodes de l’année où la thématique du handicap fait l’objet d’actions collectives, avec notamment, en France, la journée nationale de l’accessibilité (8 octobre). Mieux accueillir, mieux aimer: un dossier-supplément pour évoquer les enjeux pour la foi et pour les Eglises. Supplément: Eglises et handicap

L’Evangile est riche en récits où le Christ va à la rencontre de personnes en situation de handicap. Aveugles, sourds, paralytiques et personnes souffrant d’un trouble mental, tous trouvent un accueil en Jésus, en dépit des normes sociales et des obstacles sur leur chemin. On pourrait dès lors attendre des Eglises qu’elles soient des sources d’inspiration pour la société par la qualité de leur accueil. Qu’en est-il vraiment? Quels sont les points forts et les faiblesses? Comment grandir dans ce domaine?

Les lois en vigueur pour les lieux de culte
Sur le plan architectural, la situation varie selon la vétusté des locaux.
En France, la loi handicap de 2005 exige que tous les établissements recevant du public (ERP) soient accessibles aux personnes à mobilité réduite, mais son application a été plusieurs fois repoussée.
En Suisse, la loi prévoit un aménagement architectural pour tous les nouveaux bâtiments et une adaptation, autant que possible, pour les anciens. De nombreux lieux de culte récents disposent de locaux avec rampes et sanitaires adaptés, ainsi que de places de parc réservées.
Serge Herren, membre d’une Eglise évangélique en banlieue de Lausanne et paraplégique, se réjouit des infrastructures offertes. Il se souvient d'avoir sensibilisé le conseil au moment de la construction en faisant part des normes et des besoins. La communication et l’écoute sont essentielles. Diverses associations (APF France handicap, Avacah, Pro Infirmis, etc.) offrent des conseils pour des lieux sans obstacles.

Handicaps sensoriels
Il reste pourtant des progrès à faire, notamment pour intégrer les personnes porteuses de handicaps sensoriels. Dans ce sens, La Porte Ouverte de Mulhouse offre un culte diffusé en ligne et traduit en langage des signes.
Toutefois, la question de l’accueil ne saurait se limiter à des aménagements techniques. S’ils sont importants, ils ne répondent pas à la question fondamentale posée par le handicap, celle de l’accueil.

Accueil inconditionnel et bienveillant
Sur le plan doctrinal, les Eglises partagent l’essentiel. «Jésus nous a montré l’exemple, en se souciant, en prenant soin et en guérissant des personnes en situation de handicap», commente Thierry Moehr, pasteur de l’église C3 à Lausanne. «L’Evangile, c’est l’amour de Dieu manifesté pour chaque personne et un appel à accueillir tout le monde comme Jésus le faisait, en particulier ceux qui sont dans le besoin.»
On se souvient des disciples questionnant Jésus à propos d'un aveugle de naissance (Jean ch. 9). Leur compréhension les incitait à chercher la faute commise par les parents pour qu’il soit frappé d’une infirmité. L’attitude de Jésus prend la question à revers. Il part d’un constat, celui d’une infirmité et y voit une occasion de manifester l’amour et la gloire de Dieu.

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Maladroite compassion
En pratique, le regard varie, de même que l’attitude qui en découle. Aujourd’hui, si le rejet n’a plus cours ou si rarement, la gêne demeure et fait mal, en témoigne la maman d’un petit garçon trisomique. Elle raconte son chagrin devant la tristesse de certains membres de l’Eglise à l’annonce de la naissance. La famille se réjouissait pourtant de la venue de ce «petit être merveilleux» et certaines paroles se voulant empathiques ont pu blesser. «Je vous admire, je n’aurais jamais pu supporter» ou le laconique «Chacun sa croix...». La gêne se mêle à la compassion.
Pourtant, du point de vue de la personne en situation de handicap, la question reste fondamentalement la même: «Que vois-tu en moi? Un handicapé? Ou un frère, une sœur?» Et c’est sans doute là que se joue l’accueil qui est offert.

Agir comme en famille
Pour le pasteur David Buc, de l’Eglise protestante évangélique de Grenoble-Eybens, «l’Eglise est une famille, pas une association. Dès lors, il est juste de prendre soin des membres comme on le ferait pour sa famille.» Son lieu de culte comportant des contraintes architecturales, l’accueil a été mûrement réfléchi. A l’issue de la réunion de prière, un membre de la communauté raccompagne un frère atteint de myopathie et l’aide à se mettre au lit, lui permettant ainsi de participer à la vie communautaire. Le dimanche matin, quelques moniteurs se relaient auprès des enfants handicapés pour qu’ils profitent de l’animation ou d’une promenade, pendant que les parents peuvent se ressourcer au culte.
Une aide de ce type est également proposée à l’Eglise des Uttins, à Yverdon, où la maman d’un jeune garçon autiste exprime sa reconnaissance pour le soutien offert lors des cultes. Mais cette offre n’est pas disponible partout. De nombreux parents éprouvent une grande solitude dans la prise en charge de leur enfant.

Accepter les expressions singulières
A l’Eglise évangélique de Bussigny, on favorise l’expression des personnes dans leur différence. Une dame infirme danse sa louange, un jeune homme handicapé crie sa joie, un homme à l’élocution difficile élève une prière de foi. A C3, l’équipe de louange se réjouit de la belle voix d’une jeune femme atteinte d’une maladie invalidante.
«Là où nous pouvons très certainement progresser, c’est dans le ministère auprès des enfants et la formation des moniteurs», reconnaît Thierry Moehr, qui résume bien un constat commun à la plupart des Eglises.

Nathania Clark

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