Elections fédérales: la surprise Norbert Valley

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Des candidats dans plusieurs partis

D’autres personnalités évangéliques sont engagées sur les listes électorales, à gauche comme à droite, dans des partis confessionnels ou non.
Les deux partis confessionnels, PEV et UDF, défendent des valeurs communes, particulièrement sur le plan de la politique familiale et de la bioéthique. Ils font partie de l’Alliance du Centre avec le PDC (Parti démocrate chrétien). Mais la manière d’articuler l'accueil des migrants avec le respect des lois est un des points de divergence. Parmi les candidats affichés évangéliques au sein des partis traditionnels, Philippe Jobin, chef du groupe UDC au Grand Conseil vaudois, se déclare «plus dogmatique que Norbert Valley sur le cadre légal à respecter». Le syndic d’Echichens rappelle que les cantons doivent appliquer les décisions de la Confédération en matière de droit à l’asile. Il souligne que l’obéissance aux autorités est un principe biblique, tout comme l’amour du prochain. «Chacun, au final, agit selon sa conscience, en acceptant les éventuelles conséquences d’une désobéissance civique.»
Au sein des partis traditionnels, on citera encore les candidatures du conseiller national sortant PLR Laurent Wehrli, de son collègue de parti et député Nicolas Suter ou encore de Blaise Vionnet sur la liste des Verts Libéraux.
Par ailleurs, Norbert Valley n’est pas le seul pasteur évangélique à se présenter cet automne. Son colistier du PEV Fribourg, David Hausmann est pasteur apostolique à Bulle, alors que le pasteur charismatique aiglon Philippe Kappeler se présente, lui, sous les couleurs de l’UDF. Le tabou de l’engagement d’un ministre de l’Evangile sur des listes électorales semble révolu. Outre-Sarine, c’est un acquis de longue date.

Le Parti Evangélique a convaincu le pasteur, défenseur médiatisé des migrants refoulés, de se lancer en politique. Il énonce son crédo social et humanitaire. Interview.

Parmi les candidatures aux élections du 20 octobre prochain pour le conseil national, celle de Norbert Valley a créé la surprise. Le pasteur de l’Eglise évangélique de l’Arc jurassien au Locle et du Centre FREE à Morat est même tête de liste du PEV (le Parti évangélique) dans le canton de Vaud. Profitera-t-il de la notériété que lui a valu sa condamnation pour «délit de solidarité»?

Quel a été l’élément décisif qui vous a poussé à vous porter candidat?
J’ai depuis longtemps un intérêt pour la cause publique. C’est au Parlement que l’on prépare les lois et j’ai pu constater qu’elles ne sont pas toujours appropriées et conformes à la dignité humaine.
Accessoirement, j’ai le plaisir de relever le défi qui m’a été adressé par un conseiller national genevois. Celui-ci trouvait qu’il ne fallait pas se plaindre des lois, mais choisir la voie politique pour les changer.

Quelle contribution espérez-vous apporter si vous êtes élu?
Je vais continuer à m’engager pour défendre les plus faibles. Depuis vingt-cinq ans, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a triplé. Le nombre des plus de cinquante-cinq ans bénéficiant de l’aide sociale a plus que doublé depuis 2010. Pour faire court, les inégalités sociales augmentent. Cela veut dire que la politique menée durant ces vingt dernières années a créé de la pauvreté et que le développement économique ne profite pas aux plus faibles.
Je vais aussi m’engager pour une agriculture biologique disponible pour tous. Ce ne sont pas seulement les plus riches qui doivent avoir le droit de se nourrir sainement, or les produits bio coûtent plus cher. Promouvoir la santé de cette manière, c’est aussi réduire les coûts de la santé.

Comment allez-vous concilier votre casquette de pasteur avec celle d’acteur politique?
Pourquoi y aurait-il contradiction? L’Eglise s’est enfermée dans ses murs et par conséquent, elle n’a plus beaucoup de pertinence. Ce que je suis, je le suis à l’Eglise, mais aussi dans tout ce que je fais au quotidien et avec toutes les personnes que je rencontre.
Le Conseil National est un lieu de débat qui doit être accessible à tous les citoyens d’un pays, quelles que soient leur profession ou leur croyance. Je suis totalement en accord avec le préambule de la Constitution qui commence par une invocation au Dieu Tout-Puissant et engage le peuple et les cantons à «respecter la Création, à renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité et à prendre soin du plus faible.» Voilà un beau programme pour chacun de nous, élus ou pas et qui reflète à mon sens les valeurs de l’Evangile.

Et que dites-vous des chrétiens qui s’engagent dans des partis ayant une autre sensibilité, on pense notamment à l’UDC?
Dans les Eglises évangéliques, on a des gens qui défendent des valeurs chrétiennes, mais sur des bases d’exclusion. L’Evangile me porte à l’ouverture: «Aime ton prochain comme toi-même.» La couleur du passeport ne devrait pas être facteur d’exclusion.

Propos recueillis par Nathania Clark

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