Israël est trop divisé pour être gouverné

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Eglises concernées?

Dégager les enjeux d’une telle élection se heurte immédiatement à la divergence qui règne parmi les Eglises entre une lecture millénariste ou non. Pour la première, l’actualité israélienne a un rôle d’horloge et même de catalyseur pour la progression de l’histoire humaine vers son dénouement. Pour les autres, il n’y a aucun enjeu ni portée particuliers, sinon la justice.
Au-delà de ces lectures partisanes, l’analyse géostratégique conclut à dire qu’un affaiblissement politique d’Israël fait le jeu de l’Iran; la puissance perse pourrait être incitée à redoubler l’intensité de ses actions militaires dans la région, en particulier contre les Saoudiens et leur pétrole; les Américains ont provisoirement décidé de se retirer de la région, mais les événements à venir pourraient se répercuter jusqu’à la station service au bas de la rue.
Par ailleurs, plus d’un pasteur ont thématisé, d’après cette actualité, les graves risques encourus par une Eglise elle aussi divisée, comme la société israélienne.

Les résultats des élections générales, tombés le 25 septembre, placent le pays dans une impasse politique. Aucun des deux candidats ne semble en mesure de rallier une majorité suffisante. Réactions et enjeux. Photo: Le parlement israëlien, la Knesset.

L’enjeu des élections du 17 septembre dernier en Israël était de donner un mandat clair à l’un des deux grands partis en lice: le Likoud de Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis plus de treize ans ou le nouveau parti laïque centriste «Bleu-Blanc» mené par l’ancien chef de l’armée Benny Gantz. La victoire de ce dernier est trop courte pour lui permettre de former un gouvernement. Quant aux petits partis susceptibles de faire pencher la balance, ceux-ci vendent chèrement leur soutien.

Situation comparable à l’Angleterre et aux USA
«La fragmentation politique qui est à l’origine de cette situation se retrouve aujourd’hui dans la plupart des pays européens», commente Jean-Pierre Graber, ancien parlementaire suisse et observateur averti de la scène politique israélienne. «La raison de cet éclatement du paysage politique est imputable au fait qu’au classique affrontement entre une gauche étatiste et redistributrice et une droite libérale fondée sur la responsabilité individuelle s’est superposé - depuis une quinzaine d’années - un nouveau clivage entre les mondialistes libre-échangistes enclins à souhaiter une gouvernance mondiale et les souverainistes attachés à l’indépendance des pays ainsi qu’aux identités nationales. Israël n’échappe pas totalement à cette évolution.»

Enjeux internationaux
Quoiqu’il en soit, les trois enjeux principaux du prochain gouvernement israélien seront liés à la politique territoriale, la politique étrangère et la relation entre l’Etat et la religion.
Une coalition de centre-gauche autour de Benny Gantz, réunissant les travaillistes affaiblis et les Arabes d’Israël, est plus qu’improbable. Mais si elle se réalisait, elle se montrerait certainement plus favorable à une solution à deux Etats et mènerait une politique plus proche des vues de la communauté internationale. Un tel gouvernement s’attacherait à préserver la laïcité.
Dans le cas d’une coalition Likoud - partis sécuritaires religieux, la solution à deux Etats serait bel et bien enterrée. Le premier ministre avait annoncé, en pleine effervescence électorale, son intention d’annexer la Vallée du Jourdain.
Reste que les élections américaines auront un impact significatif selon que le prochain président élu soit Donald Trump, républicain et soutien indéfectible d’Israël ou un démocrate. Si les démocrates l’emportaient, ils attendraient d’Israël de se retirer des territoires disputés.
De plus, une coalition de droite sécuritaire et religieuse devrait tenir compte des exigences des Juifs orthodoxes: refus du mariage civil, exemption du service militaire pour les étudiants des écoles rabbiniques, limitation de la circulation les jours fériés, tribunaux rabbiniques et obligation de thérapies visant l’orientation sexuelle.

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Vu de l’extérieur
Jean-Pierre Graber explique qu’une partie des Juifs messianiques et des Arabes en Israël verraient sans doute un certain soulagement dans la constitution d’un gouvernement plus centriste et laïque en raison de leurs rapports difficiles avec les partis religieux. Pour les chrétiens qui privilégient le dialogue et une dynamique de réconciliation, la question territoriale a moins d’importance. Cette lecture se concentre davantage sur le message évangélique du pardon et l’amour du prochain que sur la réalisation des prophéties. Tout effort en direction de la paix est salué.
Un gouvernement incluant les partis sécuritaires et la droite religieuse rencontre davantage de soutien auprès des chrétiens de tendance millénariste. Ces derniers s’attachent fortement à la réalisation des prophéties bibliques en matière de territoire. Dans cette vision, la paix politique n’est pas la priorité, du moins pas à n’importe quel prix. Les textes annoncent d’ailleurs une coalition des nations contre Israël.
Jean-Pierre Graber entrevoit, comme issue au blocage politique actuel, une alliance de la droite sécuritaire. Celle-ci regrouperait le Likoud, les partis religieux et la droite laïque d’Avigdor Liebermann, si ce dernier revoit à la baisse ses exigences de laïcité.
L’alternative, plus probable selon Stéphane Juffa, de Metula News Agency, serait la démission ou le retrait politique forcé de Benjamin Netanyahou, puis une alliance ultérieure Likoud-Bleu-Blanc, lors de prochaines élections.

Nathania Clark

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