Les «neo-protestants» seuls à avoir le vent en poupe

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Les Eglises évangéliques dynamisent le protestantisme suisse et français. Chiffres et analyse.

En 2019, les «sans religion» sont majoritaires en France avec 58%. Ils représentent le second groupe confessionnel en Suisse avec 26%, devant les protestants réformés, une des deux confessions nationales. Pourtant, à rebours des grandes tendances, les Eglises évangéliques, nettement minoritaires en France comme en Suisse, poursuivent leur croissance, par la conversion.

La majorité des convertis sont de culture chrétienne
«Les Eglises évangéliques grandissent de 2,3% par an. Elles rassemblent environ 45 000 personnes en Suisse romande, pour environ 250 000 sur l’ensemble du pays» observe Christian Kuhn, secrétaire général du Réseau Evangélique Suisse (RES). «Environ 80% des nouvelles adhésions en Suisse romande sont le fait de personnes qui ont un arrière-plan chrétien; et parmi ces 80%, environ un tiers provient d’un arrière-plan culturel catholique, un tiers d’un arrière-plan culturel réformé et un tiers d’un arrière-plan culturel évangélique» détaille Christian Kuhn. Parmi les 20% qui n’ont pas d’arrière-plan chrétien, une moitié environ provient de l’islam et du bouddhisme, l’autre moitié ayant un passé athée ou dans l’ésotérisme.

La situation en France
En France, 38% des chrétiens évangéliques ne sont pas nés dans une famille évangélique, mais le sont devenus au cours de leur adolescence ou à l’âge adulte, selon l’Enquête auprès des Protestants (Ipsos) de Stéphane Zumsteeg et Mathieu Gallard, en 2017. Avant de devenir protestants évangéliques, 62% étaient catholiques, 2% de religion musulmane, 2% de religion juive, 7% d’une autre religion et 27% sans religion.
On retrouve également cette tendance chez les luthéro-réformés où 20% des fidèles ne sont pas nés dans des familles protestantes et le sont devenus au cours de leur adolescence ou à l’âge adulte. Néanmoins, en valeur absolue, la croissance par la conversion est plus forte au sein des Eglises évangéliques que dans les Eglises luthériennes et réformées.

Au tiers de l’objectif
Le porte-parole du Conseil national des évangéliques de France (CNEF) Romain Choisnet confirme la forte croissance des Eglises évangéliques: «Nous observons une ouverture d’un nouveau lieu de culte évangélique tous les dix jours en France, DROM-COM y compris.» Le CNEF ambitionne de compter une Eglise évangélique pour 10 000 habitants en France. L’objectif n’est pas encore atteint. En 2019, il existe une Eglise évangélique pour 30 000 habitants, toujours selon Romain Choisnet.
Comment le porte-parole explique-t-il la croissance des évangéliques dans son pays? La démarche serait tout d’abord une démarche de foi: «Toute personne qui veut chercher le salut en Christ peut le trouver dans les Eglises évangéliques.» La militance sur les questions de société vient ensuite dans la liste des motivations. Romain Choisnet souligne l’importance des personnes et des communautés issues de l’immigration, principalement d’Afrique francophone, dans la croissance des Eglises évangéliques en France.

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3% de la population
Ce dynamisme des Eglises évangéliques explique en bonne partie la croissance du protestantisme français, observé dans le rapport de l’Observatoire national de la laïcité, remis en juillet au Premier ministre Edouard Philippe. Le rapport révèle que le protestantisme est la troisième religion du pays. Il indique aussi que, de par ses courants évangéliques, il est en expansion depuis quarante ans et qu’il a connu une accélération ces dix dernières années, passant de 2,5% de la population française totale en 2010 à 3,1% en 2019 [Les évangéliques seuls représenteraient quant à eux 1,5% de la France DROM-COM y compris ndlr].

Luthéro-réformés suisses: les raisons d’un déclin
Jörg Stolz, professeur à l’Institut de sciences sociales des religions à l’Université de Lausanne, explique la montée des évangéliques par un rejet toujours plus prononcé de la religiosité «traditionnelle», une désinstitutionalisation et une libération de l’individu. Les personnes entre vingt et quarante ans quittent les Eglises historiques. Le sociologue confirme: «Elles voient le nombre de leurs membres diminuer et vieillir, tandis que les courants de la diversité religieuse et des “sans confession” ont des membres dans la pleine force de l’âge. Ce fait accentue la tendance à la pluralisation religieuse et à la sécularisation sur le long terme.»
Une pasteure réformée suisse explique le déclin des Eglises historiques de son pays: «Leurs lignes morales ne sont pas claires.» Les impôts ecclésiastiques sont eux aussi contestés.
Selon la pasteure, il faudrait passer «d’une Eglise de consommateurs à une Eglise d’acteurs». Ce qu’ont compris les évangéliques, chez qui les responsabilités sont davantage partagées et les responsables en moyenne plus jeunes.

Holger Wetjen

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