Manif par ci, manif par là

La chronique mensuelle d'Hugues Not, qui jette un regard doux-amer sur le protestantisme et la société.

Mais qu’a notre bon vieux monde? Comme un pompier qui ne sait plus où donner de la tête tant de nouveaux foyers s’allument autour de lui, nous ouvrons chaque matin le journal pour découvrir un pays dont les citoyens descendent dans la rue. Bolivie, Chili, Hong Kong, Algérie, Irak, Liban: la liste s’allonge au quotidien.
Difficile de condamner ces manifestants, tant leurs revendications paraissent naturelles en un sens: moins d’emprisonnements d’opposants et de violence policière, le départ des dirigeants qui étaient déjà au pouvoir à l’époque de leurs arrières-grands-parents, bref, quelque chose qui ressemble à de la démocratie.
Même l’Europe, toute pleine qu’elle est de démocratie, ne semble pas épargnée par ces mouvements, qu’on pense à la Catalogne ou chez nous, aux gilets d’une certaine couleur. M’enfin, tous ces peuples se sont-ils passé le mot, afin de mener une action commune?

Trente ans après le chute du mur de Berlin, certains thématisent un modèle de gouvernance qui s’effrite et la récurrence de profonds bouleversements dans des cycles de cette longueur exactement – les «Trente Glorieuses», par exemple.

Bertrand Badie, le politologue français, veut croire pour sa part à un véritable deuxième acte de la mondialisation, dont on ne distingue pas encore quelle forme de gouvernance elle va enfanter, mais certainement un modèle plus centralisé et pyramidal au niveau du pouvoir politique.

Salim Munayer, de l’organisation Musalaha, voulait croire, lui, à une deuxième vage du Printemps arabe, qui aurait enfin touché le Liban. J’ai envie de plaindre le Pays des Cèdres encore plus que tous les autres, tant il est noyauté institutionnellement par les brutes du Hezbollah. Dans la rue, les Libanais réclament juste un Etat… et des services de base tels l’électricité.

Par contre, si le Printemps arabe nous a appris quelque chose, c’est à se montrer prudents dans notre enthousiasme; que les troubles sociaux généralisés ne mènent pas à la liberté et à la démocratie, bien au contraire. Pour les croyants, la pensée d’être face à une nouvelle manifestation des «douleurs de l’enfantement» résonne elle aussi fortement.

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